Des jus qui bouclent la boucle

Partenaires en amour et en affaires, Julie Poitras-Saulnier et David Côté ont créé un nouveau modèle d’entreprise en lançant Loop.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Partenaires en amour et en affaires, Julie Poitras-Saulnier et David Côté ont créé un nouveau modèle d’entreprise en lançant Loop.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateur. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, trois partenaires qui unissent leurs forces pour lutter contre le gaspillage alimentaire et changer la manière dont vous regardez le contenu de votre frigo.

David Côté aurait pu demeurer à la tête des compagnies qu’il a fondées il y a 10 ans et profiter de leur succès. Après tout, Rise Kombucha est en pleine croissance et Crudessence n’en finit plus de grossir. Mais ce n’est pas vraiment son genre.

« Je ne suis pas entrepreneur pour avoir une maison, un chalet et une piscine creusée. Ce n’est pas pour ça que je travaille. Je veux faire des projets qui inspirent le monde, qui font triper, lance-t-il. On n’est pas ici longtemps, donc je veux sentir que je suis utile. »

En créant Loop avec un distributeur dont il ne connaissait pas l’existence et une partenaire qui partage désormais sa vie, il a trouvé un projet à la hauteur de ses attentes.

Il y a quelques années, David commence à évoquer l’idée de créer des jus pressés à froid, en profitant de l’expérience acquise chez Rise Kombucha. Sans s’y attendre, il reçoit un appel d’un certain Frédéric Monette, de l’entreprise de distribution Courchesne Larose, qui veut faire affaire avec lui.

« Je ne savais même pas c’était quoi, Courchesne Larose, se rappelle-t-il. J’ai manqué le premier rendez-vous, je pensais que j’allais perdre mon temps. Mais quand j’ai vu ce que c’était, j’ai su qu’il y avait quelque chose à faire. »

 

 

 

Pendant que David et Frédéric songent à une nouvelle occasion d’affaires, Julie Poitras-Saulnier, elle, mène des projets de développement durable au sein de grandes entreprises. Elle aime son travail, mais elle sent que son impact est limité. « Je me disais que, pour opérer un vrai changement, il fallait changer le modèle d’affaires à la source », se souvient-elle.

Les astres s’alignent lorsqu’elle rencontre David. C’est le début d’une relation d’amour et d’affaires hors du commun : en février 2016, Loop voit le jour.

Limiter les pertes

Depuis près de 9 mois, Loop vend des jus pressés à froid pas comme les autres. L’entreprise les produit en utilisant une partie des 16 tonnes de fruits et légumes que Courchesne Larose est forcée de jeter chaque jour, puis elle trouve des débouchés pour les résidus. « Les surplus d’une entreprise deviennent notre matière première et nos surplus deviennent la matière première de quelqu’un d’autre », résume Julie.

Le problème, explique David, c’est que les distributeurs sont contraints d’acheter plus de fruits et légumes que nécessaire, pour être certains de suffire à la demande. Lorsque les commandes des épiciers ne sont pas au rendez-vous ou que les produits approchent de leur fin de vie avant même d’avoir quitté l’entrepôt, il y a forcément des pertes. Et mis à part les dons à des banques alimentaires, les distributeurs ne peuvent pas donner leurs surplus, puisque cela ferait chuter les prix sur le marché.

« Quand les produits vont être trop murs dans deux ou trois jours, c’est à ce moment-là qu’ils sont à leur meilleur. Ils sont juteux, ils sont délicieux, mais ils sont jetés parce qu’ils ne survivraient pas dans le cycle de distribution. Et c’est ceux-là qu’on utilise », affirme Julie.

En agissant de la sorte, tout le monde est gagnant, insistent les entrepreneurs : Courchesne Larose peut vendre des produits qu’elle devait auparavant jeter et les consommateurs obtiennent un jus santé à un prix inférieur à celui de la compétition.

Au-delà du jus

Pour l’instant, Loop utilise environ 3 % des pertes de Courchesne Larose, mais elle ne veut pas s’arrêter là. L’entreprise veut éventuellement réutiliser tous ses surplus, pour ensuite se tourner vers d’autres distributeurs.

Ses produits sont actuellement distribués dans plus de 250 points de vente au Québec. La jeune compagnie compte s’étendre dans le reste du Canada d’ici la fin de l’année et percer le marché américain dès l’an prochain. « Le problème est le même à Paris, à Londres, à Johannesburg », glisse David, qui a visiblement des idées de grandeur.

Entre-temps, Loop continue de développer de nouveaux jus. Sur les tablettes, vous pouvez déjà reconnaître le Beach Bum — ananas, poivron jaune, gingembre, lime et curcuma — ou l’Undercover — poire, épinard, pomme verte, kale et bien plus —, mais la compagnie veut éventuellement développer des recettes à partir des produits de saison et écouler la production en ligne, pour limiter encore davantage les pertes.

Et David, « un peu hyperactif » de son propre aveu, pense déjà à l’étape suivante. « On ne se voit pas comme une entreprise de jus. On se voit comme une entreprise alimentaire d’économie circulaire. […] Notre but est de trouver les surplus dans l’industrie alimentaire et de créer de la valeur », dit-il, en prenant l’exemple de la drêche, le résidu issu de la fabrication de la bière, qui permettrait de faire du pain ou des craquelins.

« Ce qu’on propose, ça touche les consommateurs. Et pas seulement les millenenials du Mile-End. Le problème du gaspillage alimentaire, ça touche tout le monde. »

 

 


 
1 commentaire
  • Hélène Gervais - Abonnée 14 mai 2017 07 h 18

    Félicitations ....

    c'est une idée excellente et si j'en trouve dans les Laurentides, je vais l'essayer. Mais ce qui me chicotte par contre, c'est pourquoi toujours trouver des noms anglais pour vos produits? on dirait que les idées viennent des provinces anglophones et jamais d'ici, vous avez beaucoup d'imagination, alors, n'ayez pas peur, essayez pour des noms de produits en français, vous verrez que les autres provinces en achèteront quand même.