Le dilemme d’Apple: que faire de tant d’argent?

Apple a annoncé mardi qu’il consacrerait plus de 300 milliards de dollars à son programme de rachat d’actions d’ici mars 2019.
Photo: Getty Images Apple a annoncé mardi qu’il consacrerait plus de 300 milliards de dollars à son programme de rachat d’actions d’ici mars 2019.

Le succès d’Apple et de l’iPhone a permis au groupe de Cupertino (Californie) de se retrouver assis sur une montagne de plus de 250 milliards de dollars d’argent. Mais tout son problème est maintenant de savoir qu’en faire.

Selon ses résultats trimestriels publiés mardi soir, Apple avait au 31 mars 258,8 milliards de liquidités disponibles, dont la vaste majorité est stockée à l’étranger. Cela représente l’équivalent du PIB d’un pays comme le Chili. De tels moyens lui permettraient de racheter nombre de ses concurrents, voire de se diversifier dans d’autres secteurs comme la voiture électrique, un produit auquel il accorde un grand intérêt, en rachetant le constructeur Tesla par exemple.

Mais pour cela, Apple devrait rapatrier cet argent aux États-Unis, ce qui lui coûterait très cher compte tenu de la législation fiscale en vigueur qui impose à environ 35 % les revenus des multinationales engrangés à l’étranger même si elle leur permet aussi de les défalquer de leur assiette fiscale aux États-Unis. Le président Donald Trump vient de proposer d’abaisser à 15 % l’imposition des entreprises aux États-Unis et de les autoriser à rapatrier l’argent détenu à l’étranger à un taux favorable, mais sa réforme doit encore passer sous les fourches caudines du Congrès.

« Cela a quelque chose de pas très sain », estime Roger Kay, consultant pour Endpoint Technologies Associates, en commentant la fortune d’Apple. « En temps normal, cet argent devrait servir à financer des investissements, mais de toute évidence, Apple n’en a pas l’utilité. »

258,8
Nombre de milliards en liquidité dont dispose Apple

En faire profiter les actionnaires ?

Un moyen d’utiliser l’argent serait d’en faire profiter les actionnaires. Apple a annoncé mardi qu’il consacrerait plus de 300 milliards de dollars à son programme de rachat d’actions d’ici mars 2019. Cela permet de faire monter le cours en Bourse, et aux actionnaires d’engranger de confortables plus-values. Apple verse déjà 12 milliards de dollars par an à ses actionnaires sous forme de dividendes, se plaçant au premier rang mondial pour ce type de récompense.

« La plupart des entreprises seraient ravies d’avoir un tel problème sur les bras, mais structurellement cela pose un peu problème car les investisseurs veulent être les premiers à en profiter », souligne Patrick Moorhead de Moor Insights Strategy. Or, récompenser les actionnaires n’est pas toujours dans l’intérêt stratégique à long terme des entreprises, en les privant des moyens nécessaires pour innover ou se développer. Une des solutions serait d’acquérir un fabricant de microprocesseurs afin de « verticaliser » la production des téléphones intelligents et autres tablettes, estime-t-il. Le service de vidéos en ligne Netflix pourrait aussi compléter l’offre d’Apple TV.

D’autres analystes évoquent le service de musique en ligne Spotify ou Tesla. « Mais le défi est alors d’intégrer une acquisition aussi grosse », souligne Bob O’Donnell de Technalysis Research, en soulignant que cela n’est pas dans la culture de l’entreprise développée par Steve Jobs, décédé en 2011.

300
Nombre de milliards qu’Apple allouera à son programme de rachat d’actions d’ici mars 2019

Prise d’otage

Apple n’est pas la seule entreprise américaine aux prises avec ce problème. Le montant des liquidités détenues par des entreprises américaines à l’étranger est estimé à entre 2500 et 3000 milliards de dollars. Selon Lisa De Simone, professeure à l’Université de Stanford spécialisée dans la fiscalité internationale, le code des impôts américain « encourage les entreprises à accumuler autant qu’elles le peuvent leurs bénéfices à l’étranger ».

En 2004, une « fenêtre temporaire » leur avait permis d’en rapatrier une partie à un taux favorable, mais cela ne s’est pas traduit par une forte progression des investissements, l’argent allant plutôt aux actionnaires. Les multinationales attendent maintenant une nouvelle exemption pour recommencer, explique Lee Pinkowitz, professeur à l’Université de Georgetown, assimilant la situation à une « prise d’otage » du gouvernement par les entreprises. Il estime lui aussi qu’une nouvelle période d’exemption, voire un taux favorable appliqué de manière permanente, n’aurait pas nécessairement un effet notable sur l’investissement.

Dans le cas d’Apple, l’essentiel de l’argent se trouve en Irlande, mais la marque à la pomme « détient presque 50 milliards de dollars en bons et titres du Trésor américain donc techniquement cet argent est déjà ici, c’est simplement qu’il n’est pas imposé », indique-t-il.

Apple pourrait aussi promettre d’utiliser l’argent pour construire une usine aux États-Unis et entrer dans les bonnes grâces de Donald Trump, qui veut rapatrier l’emploi dans le pays. Jan Dawson de Jackdaw Research estime cette hypothèse peu probable, « car nous n’avons simplement pas la main-d’oeuvre pour alimenter une telle production », alors que le taux de chômage est sous les 5 %. Roger Kay, au contraire, estime qu’il n’est pas impossible qu’Apple décide de le faire « et forme des ouvriers américains à être aussi efficaces que des ouvriers chinois ».


 
1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 4 mai 2017 09 h 21

    L'avenir nous le dira

    faire plus avec cet argent,pourquoi faire, il n'est pas démontrer qu'avec plus de moyens, que l'humanité se porterait mieux, nous n'arrivons meme pas a vraiment nous adapter au monde cyber, peut etre faudrait-il le demander aux nantis qui sont souvent hyper équipés pour savoir qu'elle effet ca, sur eux, je ne crois pas que ce soit l'augmentation des moyens qui améliore la nature humaine, a mon humble avis c'est plutôt le contraire, peut etre faudrait-il se souvenir des légendes de Sodome et Gomorrhe, j'ai tendance a croire certains fondamentalistes , adeptes de la sobriété et de la frugalité, enfin l'avenir nous le dira, je crois que le monde actuel est a un tournant