Trump inquiète agriculteurs, syndicats et secteur résidentiel

Les agriculteurs américains se sont lancés à la défense de l’ALENA.
Photo: Scott Olson Agence France-Presse Les agriculteurs américains se sont lancés à la défense de l’ALENA.

Les attaques répétées de Donald Trump contre les accords commerciaux créent de la division aux États-Unis. Les inquiétudes se manifestent parmi les agriculteurs, les syndicats et les constructeurs d’habitations au sud de la frontière.

Sur la scène syndicale, le gouvernement américain a possiblement ouvert un nouveau front en commandant mercredi une enquête sur les importations d’aluminium, estimant qu’elles pouvaient nuire aux intérêts américains, notamment en matière de défense. Les Métallos des États-Unis et du Canada ont immédiatement réitéré l’union de leurs forces pour demander au secrétaire d’État au Commerce Wilbur Ross d’exclure l’aluminium canadien du périmètre de l’enquête. Pour eux, le problème de « dumping » vient de la Chine. Ce qu’a reconnu Wilbur Ross, qui a souligné lors d’une conférence de presse que « les subventions chinoises ont provoqué une surcapacité ».

« Au moment même où notre industrie militaire a besoin de plus d’aluminium de très haute qualité, nous en produisons de moins en moins et ne disposons que d’un producteur d’aluminium fournissant la qualité utilisée dans l’aéronautique », a ajouté le secrétaire d’État.

Le puissant syndicat américain avait réclamé il y a un an une surtaxe de 50 % sur les importations d’aluminium sans autre discernement, suscitant la surprise des représentants syndicaux canadiens. United Steelworkers (USW — syndicat international des Métallos) avait finalement retiré sa requête, ne voulant pas que le Canada subisse les effets collatéraux de la surproduction et des politiques commerciales de la Chine. « La Chine inonde les marchés mondiaux et fait chuter les prix. Le problème, c’est la Chine, pas le Canada et les autres pays qui respectent les règles. Notre but, ce sont des échanges commerciaux équitables et non le cloisonnement du marché américain », a martelé jeudi le président international du Syndicat des Métallos, Leo Gerard.

Non isolée

Quelque 9000 travailleurs canadiens produisent cet aluminium de haute qualité, à faible empreinte carbone et à coût concurrentiel, pour qu’il soit transformé par plus de 160 000 travailleurs américains, a précisé l’Association de l’aluminium du Canada.

Cette résistance américaine n’est pas isolée. La semaine dernière, la National Association of Home Builders (NAHB) avait vivement contredit l’affirmation de Wilbur Ross selon laquelle l’imposition de droits compensateurs de 19,88 % sur le bois d’oeuvre sera sans impact sur le prix des maisons. Le président du conseil de la NAHB a plutôt calculé, que si ce droit prévalait sur l’ensemble de 2017, il en résulterait une perte de 500 millions $US en salaires pour les travailleurs américains, de 350 millions en taxes et autres revenus pour le gouvernement et l’équivalent d’une perte de 8200 emplois à temps plein. L’Association a observé une hausse de 22 % du prix du bois d’oeuvre depuis le début de l’année en prévision de l’annonce de Washington, ce qui ajoute quelque 3600 $US au prix d’une résidence unifamiliale.

Secteur agricole

Puis, dans une dépêche de l’Agence France-Presse, les agriculteurs américains se sont lancés à la défense de l’ALENA, les marchés canadien et mexicain étant respectivement leurs deuxième et troisième clients derrière la Chine. Depuis l’entrée en vigueur en 1994 de cet accord, les ventes de produits agricoles et agroalimentaires vers ces deux destinations ont progressé beaucoup plus vite qu’avec le reste du monde : elles ont presque quadruplé vers le Canada et ont été multipliées par cinq vers le Mexique.

En 2016, plus de 20,5 milliards de dollars de produits agricoles et agroalimentaires américains ont pris la direction du Canada, soit 15 % des exportations américaines totales. En tête des produits achetés par le Canada, les aliments transformés, suivis par les légumes et les fruits. Pour sa part, le Mexique a acheté au total pour 17,9 milliards de dollars aux fermiers américains, soit 13 % de leurs exportations, essentiellement auprès des producteurs laitiers et de maïs, est-il écrit.


Trump était prêt à sortir de l’ALENA, affirme Trudeau

Ottawa— Justin Trudeau affirme que Donald Trump songeait à retirer les États-Unis de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) jusqu’à ce que les deux politiciens s’entretiennent au téléphone, mercredi soir. Devant les journalistes en Saskatchewan, jeudi, le premier ministre a dit avoir souligné au président américain qu’ils avaient tous les deux été élus avec des programmes similaires visant à maintenir ou à créer des emplois pour la population. Justin Trudeau ajoute avoir mentionné que plusieurs emplois et entreprises ont été créés dans le cadre de l’ALENA et qu’un accord rompu causerait trop de perturbations. Les deux hommes se sont entendus pour revoir l’ALENA ensemble et l’améliorer, une renégociation semblable à ce qui a déjà été fait par le passé, a précisé M. Trudeau. Pour sa part, Donald Trump affirme qu’il était prêt à décréter un retrait « d’ici deux à trois jours », mais il a expliqué jeudi qu’il « aimait beaucoup » Justin Trudeau et Enrique Peña Nieto, qu’il avait beaucoup de respect pour leur pays respectif, et que leur relation est « très spéciale ». Le président américain a finalement estimé qu’il serait plus facile de rouvrir l’ALENA que de l’annuler — un geste qui aurait ébranlé l’économie, selon lui. La Presse canadienne
1 commentaire
  • André Côté - Abonné 28 avril 2017 08 h 29

    Diriger par instinct...

    Dernièrement, Donald Trump avouait diriger par instinct et non par connaissance approfondie des dossiers; il laissait cela aux spécialistes. Le problème, c'est que son instinct le dirige dans des directions différentes jour après jour, commme un marcheur dans le noir. Faudra lui expliquer, s'il veut bien entendre.