L’industrie forestière retient son souffle

L’attente aura duré des mois. Craintive, l’industrie forestière sait enfin à quoi s'en tenir : en réponse aux demandes des producteurs américains, convaincus de faire face à une concurrence canadienne injustement subventionnée par les gouvernements, Washington imposera des droits compensateurs de 20 % sur les importations de volumes de bois.


Du coup, Washington déclenche un conflit commercial de la plus haute importance pour une cinquième fois depuis le début des années 80. Lors du dernier épisode, de 2001 à 2006, la hauteur des sommes engagées s’était élevée à plus de 5 milliards, dont une partie seulement a été remboursée.

 
« Le gouvernement du Canada défendra vigoureusement les intérêts de l’industrie canadienne du bois d’œuvre résineux, y compris en recourant aux tribunaux, a indiqué dans un communiqué le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr. Dans les décisions qui se sont succédé depuis 1983, les tribunaux internationaux ont réfuté les allégations non fondées de subvention et de préjudice portées par l’industrie américaine. Nous avons eu gain de cause dans le passé et il en sera de nouveau ainsi. »


Invité à commenter lundi soir, le Conseil de l’industrie forestière du Québec a indiqué qu’il réagirait mardi. De manière concrète, a indiqué la coalition des producteurs américains en soirée lundi, Produits forestiers Résolu fera face à des droits compensateurs de 12,82 %, comparativement à 20,26 % pour Canfor, 24,12 % pour West Fraser et 3,02 % pour J.D. Irving. Des droits de 19,88 % s’appliquent au reste.

Autre décision

Alors que la décision sur des droits compensateurs est attendue formellement mardi, celle sur les droits antidumping a récemment été repoussée du 4 mai au 23 juin.

Les gouvernements du Québec et de l’Ontario ont déjà demandé au fédéral de se joindre à eux pour soutenir les entreprises forestières par l’entremise de garanties de prêt. « Ottawa attend aussi de voir comme on va réagir dans les autres provinces, a dit Luc Bouthillier, professeur titulaire au Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval. Quand je dis “ autres provinces ”, il faut comprendre “ Colombie-Britannique ”. Si celle-ci adopte la même stratégie que le Québec, le fédéral va emboîter le pas dans les semaines suivantes. »

 
L’industrie de la Colombie-Britannique est caractérisée, entre autres choses, par des scieries de plus grande taille que celles du Québec, ce qui facilite les économies d’échelle.

Les mesures découlent d’une doléance de l’industrie américaine devenue pratiquement éternelle, soit que le bois canadien inonde le marché américain à des prix trop bas en raison des conditions favorables dont les sociétés bénéficient ici. Une entente a été en place de 2006 à 2013. L’accord a été prolongé jusqu’en 2015, mais les discussions qui ont eu lieu dès 2016 n’ont pas permis de le renouveler sur une base pluriannuelle.

Au Québec, l’industrie compte environ 60 000 emplois et représente la principale activité économique de quelque 220 municipalités. Selon le Conseil de l’industrie forestière du Québec, la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est celle qui regroupe le plus de travailleurs (près de 12 000), suivie de la Mauricie (7800) et de l’Abitibi-Témiscamingue (7600). Ces chiffres ont déjà été plus élevés, mais les producteurs ont durement souffert des creux de l’immobilier américain et de sommets du dollar canadien pendant les années 2000.

Trouver des débouchés
En 2013 toutefois, le régime forestier du Québec a été refondu dans l’espoir de répondre aux accusations américaines. Depuis, une partie des volumes de bois est mise aux enchères. Ensuite, le prix est pris en considération par le Bureau de mise en marché des bois afin de fixer les redevances des compagnies pour les quantités dont elles se servent par rapport à leur garantie d’approvisionnement.

Plus récemment, le spectre d’un nouveau conflit a eu pour effet de stimuler la recherche de nouveaux débouchés pour le bois d’oeuvre. Des émissaires du gouvernement Trudeau se sont d’ailleurs rendus en Chine au cours des derniers jours afin d’établir des ponts commerciaux.

Le Canada « défendra vigoureusement son industrie », a dit dans un communiqué lundi le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne. « Nous chercherons également de nouveaux débouchés et offrirons un meilleur accès aux économies en plein essor dans le monde pour les produits de haute qualité du Canada, notamment le bois résineux. »

Outre le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique, le Nouveau-Brunswick a lui aussi une importante industrie forestière. Dans la province, 25 scieries appartiennent à 14 entreprises, ce qui représente au bout du compte de l’emploi pour 22 000 personnes.
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 25 avril 2017 08 h 14

    Boycott ?

    Si les USA boycottent notre bois, pourquoi certaines organisations ici, comme le NPD, des syndicats, n'orgainiseraient pas des boycotts de produits américains, de la laitue aux médias sociaux en passant par les autos et Netflix?