Le FMI optimiste malgré la menace d’une «guerre commerciale»

La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde
Photo: Jose Luis Magana Associated Press La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde

Le FMI se montre plus optimiste quant à la croissance mondiale pour la première fois en deux ans, tout en s’inquiétant d’une possible guerre commerciale alimentée par les poussées protectionnistes en Europe ou aux États-Unis.

Après avoir progressé de 3,1 % en 2016, le PIB mondial devrait s’accélérer à 3,5 % cette année, marquant une légère amélioration de 0,1 point par rapport aux précédentes prévisions de janvier, indique le Fonds monétaire international (FMI) dans son nouveau rapport semestriel sur la conjoncture paru mardi, en amont de ses réunions de printemps à Washington. C’est la première fois depuis avril 2015 que l’institution relève ainsi ses prévisions mondiales, même si elle qualifie elle-même cette embellie de modeste. « La question de savoir si l’élan actuel est durable reste en suspens », a ainsi indiqué le chef économiste du FMI, Maurice Obstfeld, lors d’une conférence de presse à Washington.

Pour 2017, ses prévisions sont pour l’heure relevées pour la zone euro (1,7 %) — notamment en France et en Allemagne —, mais aussi pour le Japon (1,2 %) et la Chine (6,6 %), et sont maintenues à un rythme élevé pour les États-Unis (2,3 %). Malgré des prédictions catastrophistes, notamment du FMI, la victoire du Brexit en juin 2016 n’a par ailleurs pas encore eu l’impact redouté. Cette année, l’économie britannique devrait ainsi progresser de 2 %, soit 0,5 point de plus que prévu en janvier.

Élections et incertitude

Les législatives anticipées annoncées mardi par la première ministre britannique, Theresa May, risquent toutefois d’ajouter une nouvelle couche d’incertitude au moment où commencent déjà de délicates négociations entre Londres et Bruxelles sur leur future relation. « En général, davantage d’incertitude n’est pas une bonne chose », a commenté M. Obstfeld, tout en espérant que ces nouvelles élections permettront de lever une part de cette incertitude « plus tard ».

L’élection présidentielle en France, où plusieurs candidats défendent des thèses antieuropéennes et antimondialisation, suscite également des inquiétudes au sein du Fonds. « Il y a, c’est évident, une incertitude sur le résultat de l’élection, une préoccupation croissante », a assuré la patronne de l’institution, Christine Lagarde, dans un entretien accordé à plusieurs journaux européens. « La France compte par son rôle dans le monde, par le poids de son économie dans l’euro et parce que certaines idées viendraient y perturber l’architecture même de l’Union européenne », a-t-elle ajouté.

Dans son rapport, le FMI reprend d’ailleurs la même antienne en assurant que l’embellie de l’économie mondiale est menacée par la tentation croissante « de repli sur soi » économique, qui s’est manifestée avec la victoire du Brexit et celle de Donald Trump aux États-Unis. Même s’il a récemment atténué ses attaques, le président américain a plusieurs fois menacé ses partenaires commerciaux, dont la Chine, le Mexique, mais également l’Allemagne, de mesures de représailles, dont des droits de douane.

Antimondialisation

« Une importante menace vient d’un virage vers le protectionnisme conduisant à une guerre commerciale », prévient M. Obstfeld. Selon le Fonds, ce courant antimondialisation surfe sur l’aggravation des inégalités depuis la crise financière de 2008 et menace aujourd’hui de « saper les relations commerciales internationales et, plus généralement, la coopération multilatérale » au sein des pays riches.

Selon l’institution, cette incertitude brouille le tableau actuel. « L’économie mondiale semble gagner de l’élan, nous pourrions être à un moment charnière. Mais, même si les choses semblent aller de l’avant, le système de relations économiques internationales de l’après-Seconde Guerre mondiale est sous une intense pression », indique M. Obstfeld.

Un autre risque guette, en provenance des États-Unis : la relance budgétaire promise par Donald Trump pourrait doper l’inflation et forcer la banque centrale américaine à relever ses taux plus rapidement que prévu, au risque de provoquer une brusque appréciation du dollar et des turbulences financières ailleurs sur le globe. L’Amérique latine et l’Afrique subsaharienne n’en ont pas besoin : les deux régions sont encore loin d’être tirées d’affaire et voient déjà leurs perspectives amputées cette année par la perte de revenus provoquée par la chute des cours des matières premières.

« La conjugaison de conditions météorologiques difficiles et de troubles civils menace plusieurs pays à faible revenu de famine de masse », assure par ailleurs le chef économiste du FMI.

Prévisions maintenues pour le Canada

Toronto — Le Fonds monétaire international s’attend à une croissance de l’économie canadienne cette année, mais croit que cette amélioration sera plus modeste que celle prédite la semaine dernière par la Banque du Canada en raison du renforcement inattendu de plusieurs secteurs. L’agence installée à Washington croit toujours que le PIB canadien s’engraissera de 1,9 % cette année, soit la même hausse que celle anticipée précédemment. En revanche, la Banque du Canada attend une amélioration de 2,6 % cette année, comparativement à la progression de 2,1 % prédite antérieurement. La Banque du Canada a aussi abaissé sa prédiction de croissance à 1,9 % pour l’an prochain, comparativement à 2 % pour le FMI. La plus récente analyse du FMI souligne que le Canada pourrait profiter d’un renforcement du cours des matières premières et d’une amélioration de l’économie américaine.