Manipulation du yuan: les États-Unis dédouanent la Chine

Avant son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a plusieurs fois ciblé Pékin en l’accusant notamment de pratiques commerciales déloyales.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Avant son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a plusieurs fois ciblé Pékin en l’accusant notamment de pratiques commerciales déloyales.

Les États-Unis ont conclu vendredi que la Chine ne manipulait pas sa monnaie pour doper ses exportations, officialisant le récent revirement de Donald Trump sur la question, tout en mettant en garde l’Allemagne contre ses excédents commerciaux.

Pendant sa campagne, le président américain n’avait cessé d’accuser Pékin de sous-évaluer artificiellement le yuan et s’était engagé à mettre le pays à l’index dès le premier jour de son mandat, au risque de déclencher une guerre commerciale entre les deux pays. M. Trump est toutefois revenu mercredi sur ces affirmations et a opéré une spectaculaire volte-face, concrétisée dans le rapport semestriel du Trésor américain sur les changes paru vendredi.

« Aucun grand partenaire commercial des États-Unis ne remplit les critères […] définissant une manipulation des taux de change », conclut ce rapport qui passe au crible les pratiques de six pays accumulant des excédents vis-à-vis des États-Unis (Chine, Allemagne, Japon, Corée du Sud, Taïwan, Suisse).

Le Trésor prend ainsi acte du changement de cap effectué au cours des dernières années par la Chine, qui a décidé de laisser sa monnaie flotter plus librement au gré des demandes du marché. Mais il se garde de donner un blanc-seing à la deuxième économie mondiale et réclame ainsi des preuves que cette évolution représente « un changement politique durable » et pas une simple évolution de circonstance.

Le gouvernement américain prévient également qu’il surveillera étroitement les pratiques chinoises en matière de taux de change et appelle par ailleurs Pékin à davantage ouvrir ses marchés aux marchandises et services américains. « La Chine continue de s’engager dans une vaste politique qui limite l’accès à son marché aux biens et services importés », soutient le Trésor, qui fait part de son inquiétude face à la persistance du colossal déficit américain vis-à-vis de Pékin (347 milliards de dollars en 2016 sur les échanges de biens).

Avant son arrivée à la Maison-Blanche en janvier, M. Trump a plusieurs fois ciblé Pékin en l’accusant de pratiques commerciales déloyales et en le menaçant de droits de douane massifs sur ses marchandises. Le président américain a toutefois là aussi considérablement atténué ses critiques en laissant entendre cette semaine qu’il pourrait s’accommoder des déficits avec la Chine en contrepartie de son soutien pour régler la crise avec la Corée du Nord.

Signe de ce changement de ton, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a appelé vendredi les partenaires commerciaux des États-Unis à éviter des « pratiques déloyales liées à leur monnaie » sans toutefois expressément se référer à la Chine.

Pression sur l’Allemagne

Dans son rapport, le Trésor met également de nouveau la pression sur l’Allemagne en faisant part de sa préoccupation devant le vaste excédent commercial également accumulé par ce pays vis-à-vis des États-Unis (près de 65 milliards de dollars). Selon le gouvernement Trump, Berlin doit utiliser sa marge de manoeuvre budgétaire pour stimuler son marché intérieur afin de corriger ce déséquilibre. « L’Allemagne, en tant que 4e puissance économique mondiale […] doit contribuer à une croissance de la demande et à des flux commerciaux plus équilibrés », assure le Trésor.

De proches conseillers de M. Trump s’en sont déjà plusieurs fois pris à l’Allemagne en l’accusant notamment d’exploiter ce qu’elle estime être la faiblesse de l’euro pour doper son commerce extérieur. Par le passé, le gouvernement Obama avait lui aussi exhorté Berlin à lâcher les cordons de la Bourse pour stimuler sa demande intérieure, mais s’était heurté à une fin de non-recevoir des autorités allemandes.