McKesson revient à la charge pour acheter Groupe Uniprix

Déjà distributeur des médicaments pour Uniprix depuis près de trois décennies, McKesson dit vouloir préserver l’indépendance de la chaîne québécoise. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Déjà distributeur des médicaments pour Uniprix depuis près de trois décennies, McKesson dit vouloir préserver l’indépendance de la chaîne québécoise. 

Après une première tentative ratée en 2009, la filiale canadienne du géant pharmaceutique américain McKesson est revenue à la charge pour conclure une entente avec le Groupe Uniprix afin de mettre la main sur les 330 pharmacies de la chaîne québécoise qui a vu le jour il y a 40 ans.

La transaction, dont la valeur n’a pas été dévoilée, a été annoncée mercredi aux pharmaciens-actionnaires d’Uniprix réunis en assemblée extraordinaire, à Drummondville, dans le Centre-du-Québec. Elle devra toutefois obtenir l’aval de ces derniers, lors d’un vote prévu le 16 mai, ainsi que celui du Bureau de la concurrence du Canada.

À la fin de 2016, McKesson Canada — dont le siège social se trouve à Montréal — avait élargi de façon significative son empreinte en réalisant l’acquisition de la chaîne de 470 pharmacies Rexall pour 2,9 milliards. Déjà propriétaire de 275 pharmacies Proxim au Québec, le rachat des succursales d’Uniprix permettrait à McKesson Canada d’exploiter un réseau provincial qui compterait plus d’établissements que les 382 du Groupe Jean Coutu.

330
Nombre de pharmacies que possède la chaîne québécoise

Rentabilité à long terme

« La réforme de la santé a accéléré notre réflexion, et nous nous sommes demandé quelle était la meilleure option, dans le contexte réglementaire actuel, pour assurer la croissance de l’enseigne », a expliqué le président et chef de la direction d’Uniprix, Philippe Duval, au cours d’un entretien avec La Presse canadienne. Celui-ci s’est gardé d’évoquer certains changements législatifs apportés par le gouvernement Couillard, mais la hausse des allocations professionnelles — les rabais offerts par les fabricants de médicaments génériques — versées aux pharmaciens-propriétaires, ainsi que le projet de loi 92 sur la ventilation du prix des médicaments ont certainement dû peser dans la balance.

M. Duval affirme que le Groupe Uniprix, dont les ventes annuelles sont estimées à un peu plus de 1,6 milliard, n’était pas dans une situation financière précaire. Selon lui, il s’agit d’une « question de rentabilité à long terme » qui permettra à la chaîne québécoise de profiter de l’expertise de McKesson en matière de développement d’applications destinées à la clientèle et de plateformes électroniques de gestion, par exemple. Les pharmacies de la chaîne continueront à être exploitées de façon indépendante.

À l’Assemblée nationale, malgré les inquiétudes des partis d’opposition, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a affirmé que le gouvernement Couillard n’allait pas bloquer la transaction. « C’est une décision d’affaires, a-t-il dit, lors de la période des questions. Je ne vois pas en quoi le gouvernement devrait intervenir. »

Conserver le réseau

Déjà distributeur des médicaments pour Uniprix depuis près de trois décennies, McKesson dit vouloir préserver l’indépendance de la chaîne québécoise. Pas question, donc, de toucher à son siège social situé dans l’arrondissement montréalais de Saint-Léonard, ou de procéder à des réductions d’effectifs, assure la présidente canadienne du géant américain, Paula Keays. « Nous allons continuer d’exploiter Uniprix de la même façon. C’est une marque de commerce importante pour nous. » La société ajoute du même souffle qu’elle conservera aussi la bannière Proxim et que les deux chaînes ne seront pas regroupées dans un avenir prévisible.

En mars 2009, McKesson avait retiré son offre après que les pharmaciens indépendants de la chaîne québécoise se sont prononcés contre l’entente d’acquisition. À l’époque, la valeur de l’entente était estimée à 72 millions.

Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, ne s’est guère montrée surprise de cette nouvelle entente. « Même si le résultat demeure inconnu pour l’instant, l’annonce confirme que McKesson compte devenir un joueur important du secteur de la pharmacie de détail », écrit l’analyste dans une note.

En tenant compte de l’empreinte canadienne de McKesson, Philippe Jordan, associé en transactions chez PwC, a estimé que l’offre ne représentait pas « nécessairement le passage d’un fleuron québécois aux mains des Américains », ajoutant qu’il s’agissait d’une « pure consolidation du marché ». Au cours d’un entretien téléphonique, il a souligné que les pharmaciens-propriétaires devraient bénéficier de la « sécurité financière » d’un géant comme McKesson. « Quand on se bat contre d’autres joueurs et qu’un allié de taille se positionne à nos côtés, ça aide, a affirmé M. Jordan. Les pharmaciens-propriétaires vont avoir l’assurance qu’il y aura des ressources financières pour améliorer le réseau. On peut s’attendre à des investissements à court terme. »

Par courriel, l’Association québécoise des pharmaciens-propriétaires a indiqué qu’elle ne commentait pas la nature d’une transaction privée. Elle a tout de même ajouté qu’il était dommage de voir une compagnie qui était entre les mains de pharmaciens-propriétaires passer dans le giron d’une entreprise qui n’est pas gérée par des pharmaciens.

Un passé controversé

La filiale canadienne de McKesson avait fait les manchettes pour les mauvaises raisons en 2013, lorsqu’elle avait versé 40 millions à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) au terme d’une enquête sur ses pratiques commerciales avec certains pharmaciens chez Proxim. Questionnée sur le sujet, Mme Keays a affirmé que cet épisode ne constituait pas un obstacle à la transaction, affirmant que la page avait été tournée.


Un portrait des pharmacies au Québec :

— Groupe Jean Coutu : 382

— Familiprix : 358

— Uniprix (incluant Uniprix Santé et Uniprix Clinique) : 330

— Proxim : 250

— Brunet (incluant Brunet Plus, Brunet Clinique et Clini Plus) : 200

— Pharmaprix : 172