L’UE valide une deuxième mégafusion, cette fois entre ChemChina et Syngenta

La Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a expliqué la décision de donner le feu vert à la fusion.
Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse La Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a expliqué la décision de donner le feu vert à la fusion.

Après son feu vert au mariage Dow-DuPont il y a dix jours, l’Union européenne a validé mercredi la deuxième des trois fusions en cours dans l’agrochimie, le rachat du suisse Syngenta par le géant chinois ChemChina.

L’autorisation de cette opération à 43 milliards $US, la plus grosse acquisition jamais lancée par un groupe chinois à l’étranger, n’est pas une surprise.

Elle survient d’ailleurs juste après la validation de cette fusion mardi par la Commission de la concurrence américaine, qui a, comme l’UE, posé ses conditions.

Les États-Unis ont demandé en échange de leur bénédiction la vente de trois pesticides appartenant à Syngenta pour le marché aux États-Unis. Quant à la Commission européenne, gardienne de la concurrence dans l’UE, elle a réclamé la cession d’une partie de l’activité pesticides en Europe du géant chinois de la chimie.

À ces deux unions, la purement américaine Dow-DuPont et la sino-suisse ChemChina-Syngenta, vient s’ajouter une troisième, le rachat de l’américain Monsanto par l’allemand Bayer pour 66 milliards.

Cette dernière n’a toutefois pas encore été notifiée aux autorités de la Concurrence européenne et est en cours d’examen aux États-Unis.

Vague inquiétante

Cette vague de concentration dans l’agrochimie, poussée notamment par la baisse des marges des groupes de ce secteur, avec des prix agricoles qui restent bas, suscite de nombreuses inquiétudes parmi les défenseurs de l’environnement.

« Permettre à un petit nombre d’entreprises géantes de dominer l’approvisionnement en nourriture du monde entier sera mauvais pour les fermiers, les consommateurs et l’environnement », a aussitôt réagi mercredi l’ONG Friends of the Earth Europe.

Avant le feu vert donné à Dow-DuPont, plusieurs ONG, dont Friends of the Earth et Greenpeace, avaient d’ailleurs adressé une lettre à la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, lui faisant part de leur inquiétude.

Pour ChemChina-Syngenta, la commissaire danoise a estimé que la concurrence restait préservée sur le marché européen.

« Il importe pour les agriculteurs et, en fin de compte, pour les consommateurs européens, que la concurrence soit effective sur les marchés des pesticides, même après le rachat de Syngenta par ChemChina », a déclaré Mme Vestager.

« ChemChina a proposé d’importantes mesures correctives, qui répondent pleinement à nos préoccupations en matière de concurrence, ce qui nous a permis d’autoriser l’opération », a-t-elle ajouté.

Doper la production agricole en Chine

Cette fusion, annoncée en février 2016, devrait permettre à la Chine de doper sa production agricole nationale pour nourrir sa population de 1,3 milliard d’habitants, alors que la surface des terres cultivables se réduit inexorablement dans le pays.

Pékin attache en effet une importance accrue au contrôle des semences et des technologies agricoles susceptibles de l’y aider.

Avant cette union, ChemChina n’était pas présent dans l’élaboration et la commercialisation de semences.

Ce rachat par une entreprise chinoise d’un groupe dont le siège se trouve à Bâle n’a pas suscité de réactions de défiance en Suisse, alors que les vagues d’investissements chinois en Europe et aux États-Unis avaient suscité une inquiétude de plus en plus prononcée de la part de responsables politiques, en Allemagne notamment.

Selon Syngenta, cette approbation de l’UE « marque une étape cruciale vers la finalisation du rachat qui est attendue au courant du deuxième trimestre 2017 ».