Bombardier a répondu aux critiques, estiment Québec et Ottawa

Québec et Ottawa estiment que Bombardier a répondu aux critiques de la population entourant les salaires de ses patrons en décidant de retarder d’un an — jusqu’en 2020 — une partie de leur rémunération pour l’année 2016.

En marge du coup d’envoi de la Semaine internationale de l’aérospatiale, lundi, à Montréal, les deux ordres de gouvernement n’ont toutefois pas voulu dire si le constructeur d’avions et de trains devrait aller encore plus loin pour calmer la grogne.

La ministre québécoise de l’Économie, Dominique Anglade, a affirmé que Bombardier avait « besoin d’entendre ce que la population avait à dire », ajoutant que la proposition annoncée la veille par l’entreprise reflétait « cette compréhension ».

« Je pense que ce qu’ils ont présenté reflète le fait qu’ils ont compris le message de la population, a-t-elle affirmé au cours d’une mêlée de presse. Je crois qu’ils ont entendu les Québécois dans les gestes qu’ils ont posés. »

Plusieurs ont fait part de leur indignation en raison du montant global — qui tient compte des primes, de la rémunération en actions et de la valeur du régime de retraite — de 32,6 millions $ US, en hausse de 50 % sur un an, octroyé aux six plus hauts dirigeants. Ce montant était jugé indécent, alors que Québec a injecté 1,3 milliard dans la CSeries et que le gouvernement Trudeau vient de consentir un prêt de 372,5 millions. D’ici la fin de 2018, Bombardier devrait en plus avoir éliminé quelque 14 500 postes à travers le monde.

La pression populaire avait incité le président directeur du conseil de Bombardier, Pierre Beaudoin, à renoncer à son augmentation de salaire pour 2016. Cela n’avait toutefois pas empêché la tenue d’une manifestation dimanche à Montréal pour dénoncer les salaires octroyés aux patrons de la société.

Mme Anglade n’a pas voulu dire si elle était à l’aise de voir les dirigeants de la société conserver leurs primes de rendement en argent alors que Bombardier a affiché une perte nette de 981 millions $ US l’an dernier et que ses revenus ont reculé.

Réaction du ministre Bains

De son côté le ministre fédéral de l’Innovation, Navdeep Bains, a estimé que l’avionneur avait commencé à prendre des moyens pour calmer la grogne entourant la rémunération de sa haute direction.

« Ils ont clairement reconnu qu’il y avait des changements à apporter, a-t-il commenté avant la sortie de Mme Anglade. Comme plusieurs Canadiens, j’avais des préoccupations, j’ai été déçu et la compagnie a pris des mesures pour se pencher sur la question. »

Au terme d’une tempête médiatique de plusieurs jours, Bombardier a compris cette frustration, a ajouté M. Bains. Selon lui, Bombardier se devait d’adopter une « approche différente ».

Le ministre fédéral de l’Industrie n’est toutefois pas allé jusqu’à dire qu’il aimerait voir l’avionneur aller encore plus loin. « C’est difficile de spéculer, a dit M. Bains en réponse à une question. La compagnie a plusieurs actionnaires, dont le gouvernement fédéral et Québec. Elle a la responsabilité d’être sensible [aux critiques]. »

Le PQ maintient sa motion
Malgré le report annoncé par la direction de Bombardier sur les hausses salariales de ses dirigeants, l’opposition péquiste maintient la pression et déposera mardi comme prévu sa motion visant à faire annuler ces hausses.

Soulignant que l’entreprise est « un fleuron de l’industrie québécoise », la motion indique que « l’importante aide financière de l’État à l’entreprise aurait dû limiter l’octroi de bonis aux dirigeants ». Elle demande à tous les dirigeants de Bombardier de renoncer à l’augmentation de leur rémunération et invite le premier ministre Philippe Couillard à faire « une demande formelle en ce sens à la direction de l’entreprise ».

Le Parti québécois dit déjà avoir l’appui de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire« On s’est fait un peu rouler dans la farine », a dit le député péquiste Pascal Bérubé, lundi matin.

« Moi je vais rappeler qu’on a perdu des milliers d’emplois, que l’action est descendue de façon considérable, que l’entreprise était près de la faillite. C’est comme si quelqu’un nous demandait de l’argent pour son loyer et son épicerie, puis il décidait de partir sur la rumba en augmentant ses conditions personnelles », a-t-il ajouté.

« Pour en débattre, ça prend l’approbation du gouvernement, alors j’ai hâte de voir la réponse. Mon homologue Jean-Marc Fournier était à la manifestation [dimanche]. S’il est si préoccupé par la grogne des Québécois et l’augmentation de salaires des cadres de Bombardier, il va dire à ses troupes de l’approuver. Il y a un test demain, un test sur la capacité de l’Assemblée nationale de parler d’une seule voix dans un enjeu qui touche pour vrai les Québécois », a dit M. Bérubé.

10 commentaires
  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 3 avril 2017 11 h 46

    Méa-culpa ou opération de marketing ?

    "« Je pense que ce qu’ils ont présenté reflète le fait qu’ils ont compris le message de la population, a-t-elle affirmé au cours d’une mêlée de presse. Je crois qu’ils ont entendu les Québécois dans les gestes qu’ils ont posés. » et ils vont continuer à faire la même chose dès qu'ils le pourront !
    Quelle conscience sociale minmale peut-on accorder à des personnes qui ne pensent pas d'elles-mêmes à ce qu'il y a d'indécent socialement dans les gestes qu'ils posent ? Sont-ils à ce point coupés de la population où est-ce du mépris ?
    Quelle compagnie de marketing leur a suggéré de faire ce pseudo-méa-culpa ?
    Ah l'argent et le pouvoir comme horizon de toute une vie...les pôvres !

    Pierre Leyraud

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 3 avril 2017 11 h 56

    Des quémandeurs millionnaires...


    Les six membres de la haute direction de Bombardier qui se sont votés des rémunérations à même les fonds publics viennent de milieux forts différents.

    À part, peut-être, M. Laurent Beaudoin, petit-fils du fondateur, les autres membres nommés pour la plupart à la haute direction depuis moins de deux ans, n'avaient à l'évidence que faire de la "sensibilité" et du "capital de sympathie" des Québécois à l'endroit de la compagnie mère fondée par le "patenteux" et mécanicien Joseph Armand Bombardier en 1941.

    Dans quelle mesure les Troger, Cromer, Coleal, Di Bert, voire même Bellemare se préoccuperaient-ils des "sensibilités" envers une entreprise fondée à même l'invention des moto-neiges en pleine guerre mondiale?

    La direction de Bombardier n'avait d'autre choix que de reculer. Les yeux et les oreilles du gouvernement Couillard, par l'entremise de l'ancien premier ministre libéral Daniel Johnson, siège sur le conseil de la direction. Les liens entre le PLQ et Bombardier sont tissés serrés depuis longtemps. Le gouvernement Couillard ne se serait jamais remis de cette truanderie.

  • Francois Cossette - Inscrit 3 avril 2017 12 h 32

    Une vraie honte !!!!

    C'est vraiment pathétique de voir nos gouvernements faire du 'Dommage Control' pour sauver la mise a Bombardier. En ce qui me concerne il n'y a rien de changer avec ce qui s'est passé la semaine passé. Il faudrait être un peu niet ou naif pour se contenter de si peu.

    En ce qui me concerne nos gouvernements ne devraient plus donné 1 cent a Bombardier. Ils se disent une compagnie privé, qu'il assume. Ce qui n'est pas le cas présentement quand on voit la quantité d'argent qu'ils recoivent. Il ne faut pas oublier que cet argent provient de gens qui gagnent a peine $20,000 par année.

    C'est une vraie honte de voir comment se comporte ces gens. Ils veulent le beurre et l'argent du beurre, a deux maisn dans le pot de bonbons et, pour justifier cela, on nous sert la poutine des meilleurs, laissez moi rire, les meilleurs n'auraient pas été obligé de mettre a la rue 17,000 personnes.

  • Pierre Robineault - Abonné 3 avril 2017 13 h 28

    Rassurant

    Il est tellement rassurant de pouvoir compter sur de grands gouvernements tels que les nôtres pour nous protéger en veillant avec autant de bienveillance sur nos biens collectifs.
    N'est-ce pas?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 avril 2017 13 h 37

    Trop tard

    Le mal est fait.