Le projet Mine Arnaud est au point mort

Le milieu des affaires de la Côte-Nord tente de mettre son poids dans la balance en vue du démarrage du projet de mine, dans une région où la vitalité économique est très dépendante du secteur minier.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le milieu des affaires de la Côte-Nord tente de mettre son poids dans la balance en vue du démarrage du projet de mine, dans une région où la vitalité économique est très dépendante du secteur minier.

Le projet Mine Arnaud, à Sept-Îles, devait être la preuve de la réussite du Plan Nord du gouvernement Couillard. Mais deux ans après avoir promis le démarrage de la mine, Québec n’a toujours rien de concret à annoncer aux travailleurs de la Côte-Nord. Le maire de la ville, Réjean Porlier, préfère d’ailleurs ne plus évoquer le projet, afin de ne pas susciter de faux espoirs dans cette région frappée par plusieurs mauvaises nouvelles économiques.

Selon ce qu’Investissement Québec a confirmé au Devoir, l’imposant projet de mine à ciel ouvert, détenu à 62 % par le gouvernement, est toujours à la recherche de partenaires financiers et d’acheteurs pour son éventuelle production minière. On mise d’ailleurs beaucoup sur une nouvelle étude de faisabilité pour tenter de faire progresser ce projet, dont le démarrage pourrait nécessiter des investissements de plus de 800 millions de dollars.

« Le projet Mine Arnaud avance, assure pourtant la porte-parole d’Investissement Québec, Chantal Corbeil, dans une réponse écrite. Une firme externe doit valider les nouveaux faits de l’étude de faisabilité (amélioration des coûts du projet et amélioration des processus) afin de confirmer la meilleure rentabilité du projet. Cette amélioration de la rentabilité intéresse des investisseurs potentiels. » L’étude doit être complétée à la mi-avril, précise-t-elle.

Consultez la carte présentant le projet Mine Arnaud

Le hic, c’est que malgré des démarches menées par Québec depuis deux ans sur la scène internationale, aucun partenaire ne s’est engagé à investir dans le projet Mine Arnaud. « Nous sommes en discussion avec d’autres investisseurs. Notre volonté est de trouver un troisième partenaire », indique simplement Mme Corbeil. Une formule qui revient constamment depuis deux ans.

Pour le moment, Investissement Québec est associé à un seul partenaire, la firme Yara, une entreprise du secteur de l’engrais. Une association logique, puisque l’apatite qui serait extraite du sol de Sept-Îles servirait à produire du phosphate, qui sert à fabriquer des engrais. Mais comme le gouvernement a promis de limiter sa participation dans le projet à 120 millions, il doit impérativement trouver d’autres investisseurs. « Des discussions ont lieu avec plusieurs groupes », soutient d’ailleurs la directrice des communications de Mine Arnaud, Émilie Paquet.

Acheteurs recherchés

En plus des embûches pour la construction et l’exploitation, Québec tarde à trouver des acheteurs pour la production de 1,3 million de tonnes de concentré par année. Yara pourrait en acheter la moitié, mais qu’adviendrait-il des 650 000 tonnes restantes ? « Nous sommes en discussion avec d’autres acheteurs pour le restant de la production », répond Investissement Québec, sans plus de précisions.

Le marché ne joue toutefois pas en faveur de cette nouvelle mine. Selon les prévisions de prix du phosphate publiées en janvier par la Banque mondiale, le prix de la tonne devrait osciller entre 110 $ et 104 $ d’ici 2030. Or, selon Mine Arnaud, le seuil de rentabilité du projet se situerait à 120 $.

Même si le montage financier n’est toujours pas complété, Mine Arnaud prévoit réaliser cette année « des travaux préparatoires pour le terrain en vue de la construction », selon Mme Paquet. Il est question d’aménager un « chemin d’accès » vers le site de la mine, qui serait creusée non loin de la route 138, au fond de la vaste baie de Sept-Îles. Quant à la fosse, elle atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Si elle voit le jour, cette mine à ciel ouvert sera la plus importante à être exploitée en milieu habité au Québec.

Le milieu des affaires de la Côte-Nord tente aussi de mettre son poids dans la balance en vue du démarrage du projet, dans une région où la vitalité économique est très dépendante du secteur minier. Développement économique Sept-Îles a d’ailleurs participé il y a deux semaines à un sommet de l’industrie du phosphate. Des gens d’affaires ont aussi lancé récemment un appel à Québec, afin que le gouvernement débloque des fonds pour tenter de faire décoller le projet.

Mine Arnaud ne fait pas pour autant l’unanimité, puisque plusieurs citoyens redoutent les impacts environnementaux du projet. Le rapport produit par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) était d’ailleurs très critique. Et depuis le feu vert donné par Québec en mars 2015, le gouvernement n’a jamais répondu aux demandes de la Ville, qui souhaite que Québec vienne répondre aux questions des citoyens.

Faux espoirs

Maire de Sept-Îles depuis 2013, Réjean Porlier connaît bien le projet Mine Arnaud, mais aussi les espoirs qu’il a suscités, surtout en raison de sa promesse de création de 330 emplois bien rémunérés. Mais il ne se fait plus d’illusions quant à l’imminence de sa réalisation.

« À un certain moment, le gouvernement nous disait que c’était imminent. Moi, j’ai toujours dit que si le projet doit se concrétiser, ce sera parce qu’il y aura des investisseurs. Et je sais que le gouvernement continue de chercher. Mais pour ma part, je préfère cesser d’en parler, parce que je ne veux pas créer de faux espoirs », explique-t-il, en entrevue au Devoir.

Il se pose d’ailleurs des questions sur la rentabilité de ce projet, actuellement soutenu principalement par le gouvernement du Québec, faute d’investisseurs privés. « Si le projet avait été dès le départ très rentable, je ne suis pas certain qu’on se poserait des questions. En général, quand il y a de l’argent à faire, le monde des affaires est au rendez-vous. »

Réjean Porlier souhaiterait d’ailleurs que la région dépende moins des projets miniers, et donc des cycles économiques de cette industrie, qui passent de « l’euphorie » à « la déprime ».

Il estime toutefois que certains investissements annoncés récemment dans le secteur du fer pourraient être très bénéfiques pour Sept-Îles, une ville de près de 30 000 habitants. Il salue aussi la décision de Québec d’investir 68 millions dans le rachat d’installations de l’ancienne minière Cliffs Natural Resources, situées le long de la baie. Des installations qui pourraient servir à Mine Arnaud, si le projet voit le jour.
 

6 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 avril 2017 07 h 49

    Le mirage du Plan Nord

    Le Québec est le cinquième endroit le moins cher au monde pour l’industrie minière. Mais il l’est parce que le Canada en général et le Québec en particulier est un paradis fiscal pour les minières.

    Le Plan Nord est un grand bar ouvert pour les minières. En vertu de Plan Nord, l’État prend à sa charge la route qui mène à la mine, l’extension du réseau électrique pour desservir la mine, l’aéroport, le dispensaire, l’école (s’il y a lieu), un ou deux ports en eau profonde dans le Nouveau-Québec, etc. Bref, le tapis rouge.

    Cela est très intéressant… à la condition de pouvoir délocaliser les profits. Sinon, le Québec cesse d’être le cinquième endroit le moins cher au monde.

    Quand l’État québécois possède 62% des parts de la mine, cela est différent; les profits resteront au Québec. L’État québécois ne peut être complice d’une évasion fiscale parce qu’il se tirerait dans pied.

    Donc aucun investisseur n’est intéressé. C’était prévisible.

    Ce qui est triste dans cet échec, c’est que le gouvernement libéral, depuis 15 ans, n’a aucune stratégie industrielle. Il a mis tous nos oeufs dans le panier du Plan Nord.

    Le résultat de ce manque de vision économique, c’est que nous sommes tombés au dernier rang canadien du revenu disponible par citoyen. En somme, les Libéraux nous appauvrissent depuis qu’ils sont au pouvoir. C'est la punition des Québécois d'avoir voté pour eux.

    • Serge Lamarche - Abonné 3 avril 2017 14 h 27

      Il semble ici y avoir un problème de rentabilité d'abord. Puis un problème d'écoulement du produit. Les mines sont excessivement dispendieuses et le risque de perdre son investissement est aussi grand que de faire fortune. Si le dollars et les profits sont la seule motivation, il y a hésitation. C'est pourquoi les partenaires actuels sont partants mais pas les investisseurs motivés seulement par les profits.

    • Luc Falardeau - Abonné 3 avril 2017 16 h 42

      Beaucoup d'investisseurs ne se contentent pas du beurre, ils demandent aussi l'argent du beurre... le pot de beurre, le frigo à beurre, la maison et la ville qui va avec...

      Est-ce possible aussi que ce projet soit un peu trop "public" pour les compagnies minières et leurs manigances fiscales ?

  • Bernard Terreault - Abonné 3 avril 2017 07 h 51

    Terre de Caïn

    On ne s'installe pas là pour le doux climat. Ce qui y a attiré les hommes à diverses époques, c'était la pêche, puis le bois, puis les mines. Quand cela ne paye plus, il faut retourner à Québec, Drummondville ou Montréal où il y a du travail.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 avril 2017 09 h 33

    Notre bon gouv.

    en dorera surement la pilule avant les prochaines élections.

  • Robert Beaulieu - Abonné 3 avril 2017 13 h 57

    Solution de rechange

    Le gouvernement (nous) est prêt à investir 120 millions (330 emplois) dans un projet qui va à coup sûre être néfaste pour l'environnement et encourager la culture de surconsommation et de gaspillage.
    En plus on va détruire ce qui reste de naturel et de beau (la baie de Sept-Iles) pour une entreprise non rentable.
    Pour le même montant on pourrait subventionner 300 projets de $400,000. chacun, avec des conditions raisonnables d'acceptabilité du milieu et qui n'entre pas en conflit avec des entreprises existantes mais travaille en synergie avec elles.
    Ex: Énergies vertes, efficacité énergétique, rénovations, sériculture (agriculture nordique) fertilisation à base d'algues, tourisme (expéditions, vie en forêt, chasse, pêche), produits de la forêt transformés,
    éducation, vie culturelle, etc.
    Pensez-vous qu'il y aurait un impact économique sur la région? À long terme?
    Bien sûre il faudrait se servir de sa tête... Et de son coeur.