Des mesures favoriseront la croissance du secteur des microdistilleries

Après les microbrasseries québécoises, c’est au tour des microdistilleries de susciter l’engouement.
Photo: iStock Après les microbrasseries québécoises, c’est au tour des microdistilleries de susciter l’engouement.

À l’ombre des investissements en santé et en éducation, le budget déposé mardi par le gouvernement Couillard prévoit une série de mesures qui promettent d’accélérer la croissance du secteur des microdistilleries, déjà en pleine effervescence, et de favoriser la multiplication de spiritueux 100 % québécois.

   

Le budget 2017-2018 répond à des demandes répétées de l’industrie québécoise des microdistilleries en consacrant 5,2 millions sur cinq ans au développement de l’industrie de la distillation. Un montant en apparence minime, qui donne néanmoins un coup de pouce attendu depuis longtemps.

Premier changement important : le gouvernement autorisera tous les titulaires d’un permis de distillateur à vendre leurs produits à l’endroit où ils les fabriquent et d’y organiser des dégustations. À l’heure actuelle, seuls les producteurs qui détiennent un permis pour distiller leur récolte peuvent le faire.

Déguster et vulgariser

Plusieurs producteurs québécois de spiritueux achètent de l’alcool neutre ontarien, qu’ils utilisent comme base pour créer un gin ou une vodka. Au-delà du débat sur la définition d’un spiritueux « 100 % québécois », cette nouvelle mesure leur permettra donc de mieux faire connaître le fruit de leur travail.

« Les distilleries vont pouvoir recevoir les gens pour faire de la vulgarisation et des dégustations », se réjouit le président de l’Association des microdistilleries du Québec (AMDQ), Stephan Ruffo. « Je pense qu’on pourrait facilement créer une route des gins », illustre-t-il, pour démontrer l’impact que ce changement pourrait avoir sur l’industrie agrotouristique.

« Ça va nous donner un autre canal de distribution », renchérit JoAnne Gaudreau, vice-présidente de la microdistillerie montréalaise Cirka.

Aide financière

Le second changement instauré par le quatrième budget Leitão concerne la commercialisation des spiritueux d’ici. Le gouvernement annonce qu’il élargira la portée du Programme d’appui au positionnement des alcools québécois dans le réseau de la Société des alcools du Québec (PAPAQ) en incluant les spiritueux, qui n’étaient jusqu’à maintenant pas admissibles.

Concrètement, tous les distillateurs québécois pourront obtenir une aide financière correspondant à un pourcentage des ventes qu’ils effectueront dans le réseau de la SAQ ou sur les lieux de fabrication : 4 % des ventes pour les spiritueux fabriqués « à partir de matières premières québécoises » et 14 % des ventes pour les produits « composés d’un alcool distillé par le fabricant, exclusivement à partir de matières premières québécoises ».

Pour ces spiritueux entièrement québécois, un montant de 2 $ par bouteille sera par ailleurs ajouté pour les alcools vieillis trois ans ou plus. L’aide financière pourra atteindre un maximum de 200 000 $ par entreprise et de 30 000 $ par type de produits.

Matière première québécoise

Les changements proposés, qui doivent entrer en vigueur au cours de la prochaine année, seront précisés prochainement par le ministre des Finances, indique-t-on dans les documents budgétaires. Entre-temps, les producteurs savourent leur victoire.

« Pour les petits joueurs, c’est l’oxygène dont on avait besoin. On voulait des mesures qui valorisent la matière première du Québec, sans limiter le rôle d’une distillerie, explique M. Ruffo. C’est un incitatif pour utiliser de plus en plus la matière première du Québec. »

« Pour avoir sa place dans le monde du spiritueux, il faut cultiver la matière première, poursuit-il. Ça prend du grain et de l’eau, et on a tout ça. »

Pour Mme Gaudreau, de Cirka, qui offre une vodka et un gin entièrement produits ici, de la cuisson des céréales à la distillation, cette nouvelle aide gouvernementale permettra d’absorber une partie des coûts de production et de se distinguer de la concurrence. « C’est une occasion de réinvestir dans la compagnie et les matières premières », dit-elle.

Secteur en croissance

Dans son budget, le gouvernement Couillard souligne que le développement du secteur des boissons alcooliques « offre une occasion d’encourager l’emploi, de soutenir le milieu agricole et touristique, de développer de nouveaux marchés et de stimuler l’exportation ».

Québec a senti l’importance d’agir en observant l’impressionnante croissance du secteur des spiritueux. Au cours des cinq dernières années, les ventes de ce type de produits dans le réseau de la SAQ ont augmenté de près de 30 % en moyenne chaque année.

Après les microbrasseries québécoises, c’est donc au tour des microdistilleries de susciter l’engouement. « On veut que le Québec reprenne sa place dans le monde du spiritueux », insiste le président de l’AMDQ, qui se dit persuadé que les Québécois retrouvent peu à peu le goût pour ce type d’alcool.