Le Canada pourrait profiter du scandale du boeuf brésilien

Des experts analysent de la viande saisie lors de l’une des 200 perquisitions effectuées par la police brésilienne.
Photo: Vanderlei Almeida Agence France-Presse Des experts analysent de la viande saisie lors de l’une des 200 perquisitions effectuées par la police brésilienne.

Le scandale qui frappe des producteurs de viande brésiliens pourrait avoir des retombées positives pour l’industrie canadienne, estime un regroupement d’entreprises du secteur, en mentionnant toutefois qu’il reste encore trop d’inconnues pour prédire la suite des choses.

La Chine, Hong Kong et l’Union européenne refusent les importations de viande rouge du Brésil depuis les perquisitions policières menées vendredi dans plusieurs abattoirs du pays. Ceux-ci sont soupçonnés de vendre de la viande avariée ou de mener leurs activités dans des conditions insalubres.

Plus grand producteur au monde, le Brésil compte pour environ le tiers des achats de viande en Chine, considérée comme un marché capital en raison de sa masse critique et des perspectives de croissance. Bien qu’ils soient davantage orientés vers les États-Unis, les producteurs canadiens envoient en Chine environ 10 % de leur production. « Il est tôt »,a indiqué mardi Ron Davidson, directeur du commerce international et des relations gouvernementales au Conseil des viandes du Canada. « Cependant, le Brésil est un gros exportateur, et si la durée de l’interruption s’avérait importante, il pourrait y avoir une hausse de prix dans le marché. Tous les producteurs en bénéficieraient. »

Le Conseil des viandes du Canada représente une cinquantaine de membres permanents, dont plusieurs sociétés québécoises de traitement et d’abattage de boeuf et de porc.

Les deux pays ne produisent pas le même boeuf. Le Brésil nourrit son bétail à l’herbe, ce qui produit une viande plus maigre. C’est également le cas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.

De leur côté, les producteurs canadiens utilisent principalement du grain et vendent leur viande légèrement plus cher. Selon M. Davidson, la plus forte teneur en gras des bovins alimentés au grain contribue à une viande plus goûteuse. Cela dit, l’élevage de bovins est un effort de longue haleine et les producteurs ne peuvent pas tout simplement réorienter leurs exportations au gré du moment.

Selon le ministère fédéral de l’Agriculture, la Chine figure parmi les cinq premiers marchés d’exportation pour le boeuf et le veau canadiens. Les autres pays sont les États-Unis, Hong Kong, le Japon et le Mexique.

Récession

 

Le Brésil traverse une récession depuis 2014 et certains observateurs font remarquer que le scandale pourrait retarder le retour de la croissance. En 2015, l’économie s’est repliée de 3,8 %, repli qui a été suivi d’un nouveau recul de 3,6 % en 2016.

Le scandale concerne les pratiques en abattoirs et des allégations de pots-de-vin destinés à corrompre les inspecteurs de salubrité. La police a mobilisé plus de 1100 agents et effectué près de 200 perquisitions. Une quarantaine d’entreprises sont nommées dans l’enquête et une vingtaine d’abattoirs feront l’objet de contrôles.

À la Bourse brésilienne, les actions de BRF et de JBS, deux grands producteurs visés par l’enquête, ont encaissé des gifles de 10 % lundi. Mardi, la situation semblait s’être stabilisée.

La marque BRF possède une très grande notoriété au Brésil. Le chiffre d’affaires de l’entreprise, qui compte 100 000 employés, est d’environ 14,5 milliards de dollars canadiens. Quant à JBS, il s’agit du plus important transformateur de viande au monde. Il emploie 200 000 personnes et enregistre des revenus annuels de 74 milliards.

« La Chine est le marché qui connaît la croissance la plus forte »,a écrit dans son plus récent rapport la division du département américain de l’Agriculture qui surveille l’évolution du marché à l’international. La production brésilienne est en croissance, en raison notamment d’une devise faible et de l’« amélioration de son accès » à la Chine, à l’Arabie saoudite et aux États-Unis.

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