L’intelligence artificielle arrive dans les téléphones portables

Des visiteurs devant le stand d’un fabricant au Congrès mondial du mobile, à Barcelone
Photo: Josep Lago Agence France-Presse Des visiteurs devant le stand d’un fabricant au Congrès mondial du mobile, à Barcelone

Grâce à l’intelligence artifielle, les téléphones multifonctions pourront bientôt accomplir des tâches sans l’aide d’Internet, voire prendre des décisions par eux-mêmes, un prélude à l’arrivée d’autres produits plus spectaculaires comme les voitures autonomes.

Dans un premier temps, seuls les modèles haut de gamme seront concernés, à l’instar des téléphones présentés par le fabricant chinois Huawei au Congrès mondial du mobile, qui se tient de lundi à jeudi à Barcelone, en Espagne. Mais cela représentera tout de même déjà, courant 2017, un portable sur cinq équipé de fonctions dites de d’auto-apprentissage contre quasiment aucun actuellement, prévoit une étude du cabinet Deloitte. « C’est un des domaines essentiels sur lesquels nous investissons. Après le « smartphone », on aura le « superphone » grâce à l’intelligence artificielle », explique Vincent Vantilcke, directeur marketing France pour Huawei.

À Barcelone, le Coréen LG et le finlandais Nokia ont annoncé l’arrivée sur leurs téléphones de l’assistant vocal de Google, qui utilise l’intelligence artificielle pour répondre aux questions de son utilisateur. « Toutes les grandes entreprises du secteur investissent dans la R D » sur ce thème, assure Annette Zimmermann, directrice de recherche pour le cabinet Gartner.

Comme un cerveau qui apprend

Pour faire fonctionner leurs applications, nos téléphones actuels vont chercher des informations hébergées sur des serveurs extérieurs, en se connectant à Internet. Mais de nouvelles puces électroniques, bien plus puissantes, vont bientôt leur permettre de « réfléchir » par eux-mêmes, en se basant sur les données accumulées pendant les périodes de connexion, ou sur l’observation de la manière dont une personne utilise son téléphone.

L’objectif est d’imiter la manière dont le cerveau humain apprend. À terme, l’idée « en théorie, serait presque que le « smartphone » prenne la décision avant vous : quand vous allez quelque part, qu’il sache où vous voulez aller » en fonction de vos schémas habituels de comportement, explique Dexter Thillien, analyste au sein du cabinet BMI Research.

La jeune pousse californienne Neura, présente à Barcelone, cherche ainsi à décoder de manière très fine les habitudes du propriétaire d’un téléphone. Elle combine les données recueillies par les différents capteurs de l’appareil, comme le GPS, avec des algorithmes. L’objectif est d’obtenir un téléphone capable de savoir si son propriétaire « court pour attraper le bus ou parce qu’il est en train de faire un jogging », promet le p.-d.g. de Neura, Gilad Meiri. Et qui pourra donc attendre le moment approprié pour lui envoyer une notification, par exemple un rappel pour prendre un médicament. Neura vise le marché de la santé numérique.

Un côté Big Brother qui « fera peut-être un peu peur au consommateur », souligne Dexter Thillien. Pour autant, « on en est pas aujourd’hui à avoir une intelligence artificielle qui sait tout faire, comme l’homme », temporise Mouloud Dey, directeur innovation chez SAS. À court terme, les téléphones progresseront surtout dans « la reconnaissance vocale, la traduction, la reconnaissance des images », et permettront de s’orienter dans des lieux sans connexion, comme des parkings, détaille Ariane Bucaille, associée chez Deloitte.

Et les profits ?

Cela suffira-t-il à relancer un marché du smartphone en stagnation ? « D’où viendra le profit, c’est une grande question. Pour le moment, [les fabricants] sont centrés sur la recherche d’applications amusantes », afin de se distinguer des concurrents, selon Annette Zimmermann.

Mais les téléphones dotés d’intelligence artificielle « seront plus chers et deviendront encore plus indispensables dans la vie des gens », estime Ariane Bucaille. Pour les géants de l’électronique, ils permettent surtout d’habituer le consommateur à l’intelligence artificielle, avant d’atteindre à moyen-long terme « d’autres types de produits » comme les voitures autonomes ou la maison connectée, analyse Dexter Thillien.

Face à ces téléphones très gourmands en données pour nourrir leur « intelligence », quid de la vie privée ? Paradoxalement, ils pourraient être « plus protecteurs, car les données ne seront plus sur un serveur extérieur », estime Ariane Bucaille. Une réglementation européenne est à l’étude pour interdire que les algorithmes prennent seuls des décisions.

Reste à savoir si les fabricants iront au bout de la logique d’intelligence artificielle. Un téléphone complètement autonome ne serait pas forcément dans leur intérêt, qui est « de récupérer les données de l’utilisateur. La connaissance intime de chacun reste le nerf de la guerre », rappelle M. Dey.


Plus de 5 milliards de possesseurs d’un téléphone portable en 2017

Plus de cinq milliards de personnes devraient détenir un téléphone portable à la fin de l’année, selon une étude réalisée par l’Association mondiale des opérateurs, publiée lundi. À l’horizon 2020, 5,7 milliards d’humains posséderont un mobile, soit les trois quarts de la population mondiale, principalement du fait de l’équipement rapide des populations asiatiques, à commencer par l’Inde, qui contribuera pour moitié à cette croissance.

Autre signe de l’évolution des usages, 55 % des mobiles détenus dans le monde permettent d’offrir une connectivité à Internet mobile, qu’il s’agisse de la 3G ou de la 4G, une proportion qui devrait atteindre les 75 % en 2020. La 4G, en particulier, devrait progresser rapidement, passant de 23 % des mobiles détenus à 41 % à la fin de la décennie. Le passage de la 3G à la 4G puis à la 5G durant la décennie se fait au prix d’un investissement majeur de la part des opérateurs, souligne l’étude, qui estime à 1000 milliards de dollars les investissements réalisés depuis 2010 dans les réseaux au niveau mondial et à 700 milliards supplémentaires ceux qui seront réalisés d’ici à 2020.

Concernant la cinquième génération de technologies mobiles (5G), l’étude prévoit un lancement des offres commerciales en 2019, avec une couverture du tiers de la population mondiale à l’horizon 2025, et un usage qui devrait concerner plus de 1 milliard de téléphones multifonctions à cette date.