La gestion de l’offre doit cesser d’être une monnaie d’échange, dit Agropur

Le chef de la direction d’Agropur, Robert Coallier, entrevoit l’année 2017 d’un bon œil.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le chef de la direction d’Agropur, Robert Coallier, entrevoit l’année 2017 d’un bon œil.

Au moment où une renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est évoquée par le président américain, Donald Trump, le gouvernement Trudeau ne doit pas se servir du système de la gestion de l’offre comme monnaie d’échange, estime la coopérative laitière Agropur.

Sa haute direction croit que le système régissant les productions de lait, d’oeufs et de volaille au pays a déjà fait les frais de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne (UE) ainsi que du Partenariat transpacifique — dont l’avenir semble nébuleux en raison de l’acte de retrait signé par M. Trump peu après son arrivée à la Maison-Blanche.

   

Être conséquent

« Notre gouvernement dit haut et fort qu’il soutient la gestion de l’offre et je ne doute pas de ses intentions, a dit jeudi le président d’Agropur, Serge Riendeau, qui présidait sa 15e et dernière assemblée générale, à Montréal. Malgré cette affirmation, dans des négociations antérieures, on a ouvert l’accès à notre marché. Si on veut être conséquent avec ce que l’on dit, il faut poser les gestes qui viennent avec. »

Ces commentaires de M. Riendeau surviennent à quelques jours de la première rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et M. Trump, prévue lundi à Washington. Un document récemment produit par le gouvernement américain laisse croire qu’il pourrait vouloir aborder le dossier des produits laitiers advenant une renégociation de l’ALENA étant donné que l’accès au marché canadien est restreint pour les producteurs américains.

Préoccupation

Depuis quelques années déjà, Agropur a fait part de ses préoccupations quant à l’avenir de la gestion de l’offre. En 2015, la coopérative avait retenu les services du cabinet Boston Consulting Group (BCG) pour réaliser une étude qui suggérait entre autres que l’abolition intégrale du système canadien menacerait 40 % de la production laitière réalisée au pays. À l’occasion de sa 78e assemblée annuelle, la coopérative avait également préparé un document résumant les impacts de la gestion de l’offre sur l’industrie laitière canadienne.

« Nous comprenons que le Canada [doit élaborer] sa stratégie de négociation, a dit M. Riendeau. Peut-être que toutes les intentions ne sont pas bonnes à mettre sur la table avant de commencer à discuter. »

À ses côtés, le chef de la direction, Robert Coallier, a affirmé qu’il entrevoyait l’année 2017 d’un bon oeil malgré l’incertitude provoquée par l’arrivée de M. Trump et le processus de ratification de l’accord de libre-échange avec l’UE, qui se traduira par l’arrivée de 17 700 tonnes supplémentaires de fromages. La situation actuelle n’empêchera pas Agropur de continuer à investir et effectuer des acquisitions au Canada ainsi qu’aux États-Unis, qui représentent désormais 44 % des recettes totales de la coopérative exploitant 39 usines en plus de compter 8000 employés des deux côtés de la frontière.

Par ailleurs, après deux années de déclin, les ristournes versées aux 3345 membres sont reparties à la hausse l’an dernier pour atteindre 60,1 millions, ce qui constitue une augmentation de 48 %.

L’excédent net avant impôts et ristournes s’est chiffré à 154 millions, en hausse de 75,3 %, alors que le bénéfice d’exploitation ajusté a bondi de 34,6 %, à 411,7 millions. La croissance a toutefois été moins marquée du côté du chiffre d’affaires, qui n’a enregistré qu’une faible progression pour s’établir à 6 milliards.