L’État doit encourager les Canadiens à être plus actifs sur le marché du travail

Le président du Conseil consultatif sur la croissance économique du gouvernement fédéral, Dominic Barton
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le président du Conseil consultatif sur la croissance économique du gouvernement fédéral, Dominic Barton

Le Conseil consultatif en matière de croissance économique du gouvernement fédéral recommande à Ottawa de hausser l’âge d’admissibilité à la retraite et d’explorer la possibilité de lancer un programme national pour la garde d’enfants afin d’accroître la participation des Canadiens au marché du travail.

Ces propositions ont été rendues publiques lundi par le Conseil formé par le gouvernement. Les idées proposées relèvent de cinq thèmes et devraient aider le gouvernement à façonner son prochain budget.

Les conseillers parlent notamment d’un besoin, pour le Canada, d’accroître la participation au marché du travail dans les groupes sous-représentés, comme les Premières Nations, les personnes à faible revenu, les mères et les personnes plus âgées.

Travailler plus longtemps

Pour encourager les Canadiens à travailler plus longtemps, le Conseil recommande de hausser l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse et au Régime de pensions du Canada. Cette idée vient contredire le choix du gouvernement libéral d’annuler une décision controversée des conservateurs précédemment au pouvoir en ramenant l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse à 65 ans. Les conservateurs l’avaient fait passer à 67 ans.

Selon le rapport du Conseil, hausser l’âge d’admissibilité réduirait l’écart entre le Canada et les pays industrialisés ayant le plus haut taux de participation à la main-d’oeuvre chez les 55 ans et plus et pourrait ajouter 56 milliards au PIB.

Le rapport propose aussi de donner un coup de pouce à l’économie en facilitant l’accès au marché du travail pour les mères de famille, grâce à la création de places de garde subventionnées, un modèle semblable à celui du Québec. Les autres idées proposent de positionner le Canada comme un partenaire commercial de choix, de libérer le potentiel de croissance de secteurs clés, comme celui de l’agriculture, et d’exploiter l’innovation afin d’accroître la productivité.

Automatisation

Une autre proposition consiste à aider les travailleurs à moderniser leurs habiletés afin qu’elles correspondent aux besoins changeants du marché du travail grâce à la création d’une organisation nationale. Selon le Conseil, près de la moitié des emplois canadiens pourraient être touchés par de futurs changements technologiques, comme l’automatisation.

Le rapport recommande ainsi à Ottawa d’investir 100 millions par année pendant cinq ans pour mettre en place un « laboratoire des compétences futures » qui créerait de nouvelles approches de formation. On y offre aussi certaines étapes pour favoriser l’innovation et ainsi hausser la productivité, en améliorant l’accès aux capitaux pour les firmes prometteuses et en s’assurant que les politiques d’approvisionnement aident à soutenir les entreprises en pleine croissance.

Le Conseil a également mis en place une stratégie pour profiter au maximum du potentiel non exploité de plusieurs secteurs clés — comme l’agriculture et l’industrie alimentaire —, en recensant et en retirant les obstacles comme une réglementation excessive. Il conseille de plus de créer des liens commerciaux plus forts avec les États-Unis, le Mexique, la Chine, le Japon et l’Inde.

Les 14 membres du Conseil consultatif en matière de croissance économique ont été choisis par le ministre des Finances, Bill Morneau, afin de conseiller Ottawa sur les façons de favoriser la croissance économique à long terme. Le groupe est formé d’experts du monde des affaires et des universités et est présidé par Dominic Barton, directeur général de la firme-conseil McKinsey Co.

Le gouvernement Trudeau choisira sans doute de suivre au moins quelques-unes — et peut-être plusieurs — des suggestions du conseil dans l’élaboration du budget qui sera déposé dans les prochaines semaines.


Nouveaux contrats sociaux

Dominic Barton a livré son évaluation des changements dans le paysage économique et technologique lundi, lors d’un discours donné pendant une conférence universitaire, quelques heures avant que le groupe de conseillers économiques du gouvernement Trudeau publie de nouvelles recommandations.

Le président du Conseil consultatif sur la croissance économique du gouvernement fédéral estime que les gouvernements doivent offrir de « nouveaux contrats sociaux » aux Canadiens pour éviter d’élargir les inégalités de revenus. Dominic Barton affirme que le gouffre entre les riches et les pauvres ne pourra que s’élargir au fur et à mesure que les Canadiens à qui ne sont pas familières les plus récentes technologies seront laissés de côté.

Selon lui, environ 40 % des emplois existants au Canada disparaîtront au cours de la prochaine décennie à cause de l’automatisation. Il croit que le Canada devrait consacrer son énergie et ses finances à certains secteurs clés plutôt que de tenter d’être bon dans tout. Il affirme également que le marché devrait décider dans quels secteurs investir, citant l’agroalimentaire parmi les bons choix, puisqu’on s’attend à ce que la demande dans ce secteur augmente de 50 % dans les deux prochaines décennies.
2 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 6 février 2017 15 h 22

    Des propos sensés.

    Comment se fait-il que peu de lecteurs réagissent aux propos très sensés de monsieur Barton? Sommes-nous enfermés dans nos préjugés et nos vieux concepts?
    Les avancées de la technologie vont transformer de nombreux emplois.Une partie importante de la main d'oeuvre ne pourra pas s'adapter.Qu'allons-nous faire de ces travailleurs?
    Monsieur Barton demande aux gouvernements d'être ambitieux et d'adopter de nouveaux contrats sociaux. Je pense comme lui..

    Un tel programme entrainerait plus de taxes et d'impôts, bien sûr.

    Les Égoïstes penseront qu'il serait moins coûteux d'envoyer ces gens inutiles dans des camps de réfugiés. disons en Afrique?

  • Mario Jodoin - Abonné 6 février 2017 22 h 06

    40 % en 10 ans?

    «Selon lui, environ 40 % des emplois existants au Canada disparaîtront au cours de la prochaine décennie à cause de l’automatisation.»

    Il est difficile de savoir sur quoi il se base pour affirmer cela, car aucune source autre que «selon lui» n'est mentionné, mais cela vient sûrement de l'étude de Frey et Osborne qui estimait en 2013 que 47 % des emplois aux États-Unis sont vulnérables à l'automatisation d'ici 20 ans (et l'application de cette méthode au Canada arrivait à 42 %). Non seulement M. Barton passe d'une vulnérabilité à une certitude et réduit le délai de 20 à 10 ans, mais l'étude en question a été contredite de nombreuses fois depuis, notamment par l'OCDE, avec des études bien plus crédibles. Cette dernière étude parle plutôt de 9 % d'emplois vulnérables en 20 ans.

    Quand un conseiller venant du secteur privé transforme ainsi une étude déjà peu crédible, je me pose des question sur ses intérêts réels, ou sur ses compétences. Cela dit, cela ne veut pas dire que cela n'est pas une bonne idée d'investir dans l'agroalimentaire, la sécurité alimentaire étant de fait essentielle...