L’analyse prendra du temps, dit le ministre Garneau

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau

Combien de milliards la vente des aéroports pourrait-elle générer, et avec quelles conséquences sur le service ? L’analyse visant à cerner les implications financières d’une privatisation des aéroports canadiens n’est pas terminée et ne le sera peut-être pas d’ici le budget fédéral, a indiqué vendredi le ministre des Transports.

Le ministre Marc Garneau, dont le gouvernement étudie plusieurs scénarios pour l’avenir des aéroports, a affirmé au Devoir que « c’est un enjeu assez complexe » et qu’« on va certainement prendre tout le temps nécessaire ».

La firme Crédit Suisse a reçu en 2016 le mandat d’étudier les retombées d’une privatisation, mais de nombreuses voix — aéroports, lignes aériennes — se sont élevées au cours des derniers mois pour dire que la vente de ces infrastructures à des intérêts privés entraînerait une hausse des coûts pour les voyageurs et l’industrie.

De passage au centre-ville de Montréal pour un discours devant l’Association canadienne des fournisseurs de chemins de fer, M. Garneau a répété lors d’un entretien que le gouvernement Trudeau ne fait que poursuivre un examen entamé par le précédent gouvernement et qu’« aucune décision n’a encore été prise ».

« Quand on parle des aéroports, la priorité, c’est le service aux passagers »,a dit le ministre Garneau. « Mon but, c’est d’améliorer ce service, soit du côté des coûts, des choix [la concurrence], du temps qu’il faut pour traverser les douanes et la sécurité. Ce sont des choses qui nous motivent. On regarde différentes options. »

En réponse à un autre journaliste l’invitant à dire si l’analyse serait finie cette année, M. Garneau a dit qu’il ne pouvait pas garantir cela.

Sans but lucratif

Dans les années 1980, Ottawa a changé la nature des aéroports de manière à en faire des organismes sans but lucratif, lesquels ont l’obligation de payer un loyer au gouvernement en raison de leurs activités sur des terrains fédéraux. Bon an mal an, les grands aéroports versent à Ottawa un milliard de dollars en loyers et autres frais. Dans le cas d’Aéroports de Montréal (ADM), par exemple, le bail se termine en 2072. À la fin, l’aéroport doit retourner entre les mains du fédéral, mais sans dette.

Le patron d’ADM, James Cherry, a déjà fait valoir publiquement que cette structure peut être embêtante, car l’emprunt est pour le moment la seule manière de lever des capitaux. (ADM est ouverte à plusieurs options, mais attend de voir ce qui est proposé, a indiqué une porte-parole mercredi.)

Cette semaine, les aéroports de Calgary, Vancouver et Ottawa ont lancé une campagne officiellement contre un scénario de privatisation, unissant leur voix à celle du président d’Air Canada, Calin Rovinescu, qui a présenté son point de vue dans le Globe and Mail en décembre dernier.

Le Conseil national des lignes aériennes du Canada est lui aussi opposé.

Certains observateurs font valoir que les investisseurs susceptibles d’investir dans ce type d’infrastructure — par exemple de grandes caisses de retraite — exigeront un rendement sur leur investissement, ce qui mettra de la pression sur la direction des aéroports afin de réduire les coûts et d’augmenter la rentabilité.

M. Garneau a indiqué qu’il est en contact avec les aéroports et les lignes aériennes, incluant Air Canada. « Je les écoute et je prends note de tous les points qu’ils soulèvent », a-t-il dit.

Sans prendre position, l’Autorité aéroportuaire du Grand Toronto a indiqué dans une déclaration écrite que le changement de la structure de propriété est « un enjeu complexe » qui demande « une attention particulière d’un certain nombre de parties prenantes ».

« Nous étudierons les diverses options et sommes impatients de travailler avec le gouvernement fédéral, de même qu’avec la province, les municipalités et autres parties prenantes tout en analysant les approches », a ajouté l’Autorité torontoise.

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