Le nombre de touristes chinois devrait grimper de 30% en 2017 à Montréal

Jeunes touristes chinois de passage à Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jeunes touristes chinois de passage à Montréal

La nouvelle liaison aérienne directe entre Montréal et Shanghai, qui sera offerte dans deux semaines, fera bondir de 30 % le nombre de touristes chinois dans la métropole québécoise en 2017, selon les dernières estimations de Tourisme Montréal obtenues par Le Devoir.

Après avoir vu plus de 84 000 touristes chinois débarquer à Montréal en 2016, en grande partie grâce à la liaison directe Montréal-Pékin offerte depuis septembre 2015, Tourisme Montréal prévoit une nouvelle progression fulgurante cette année.

110 000
Nombre de touristes chinois attendus à Montréal en 2017, sur un total estimé de 10,7 millions de visiteurs.

L’ajout de la liaison Montréal-Shanghai sans escale, offerte à partir du 16 février prochain, devrait faire passer le nombre de touristes chinois à 110 000, a indiqué mardi le vice-président, relations publiques, recherche et développement de produits de Tourisme Montréal, Pierre Bellerose. En comparaison, Montréal devrait accueillir un total de 10,7 millions de touristes en 2017 pour son 375e anniversaire, ce qui représente une hausse de 5,3 % par rapport à l’année précédente.

« Nous sommes en avance sur les prévisions qui datent de quelques années, même s’il s’agissait de prévisions de croissance forte », dit M. Bellerose au sujet des visiteurs chinois. Dans un document de référence publié en 2015, Tourisme Montréal prévoyait plutôt atteindre le cap des 80 000 touristes chinois en 2018.

L’ajout de deux liaisons directes a changé la donne : trois vols par semaine font désormais la route Montréal-Pékin — bientôt quatre, souligne M. Bellerose — et sept autres vols hebdomadaires feront bientôt le trajet Montréal-Shanghai, pour un total de onze vols par semaine. Cela équivaut à une capacité d’environ 3000 sièges.

Clientèle particulière

Reste à voir si le milieu touristique montréalais et québécois est prêt à faire face à l’afflux de touristes chinois, lesquels viendront à la fois pour brasser des affaires et visiter la province.

Un document préparé en 2015 par le ministère du Tourisme du Québec à l’intention des intervenants de l’industrie touristique fait remarquer que les besoins spécifiques de cette clientèle sont mal connus.

Les Chinois de 40 ans et plus sont par exemple attirés par les voyages en groupe, avec des horaires très chargés, tandis que les plus jeunes recherchent plutôt la découverte, avec des expériences dépaysantes.

De manière générale, les Chinois préfèrent les buffets aux repas formels et souhaitent par-dessus tout avoir une bouilloire dans leur chambre d’hôtel pour se préparer du thé ou des nouilles.

« Il faut prendre le virage »

Or, à l’exception de quelques attraits teintés par la communauté chinoise de Montréal, rares sont les entreprises touristiques de la métropole qui ont décidé d’adapter leur offre de service à cette clientèle en forte progression.

« Il faut prendre le virage, il faut faire de la formation. Il faut que les entreprises prennent conscience de ce qui s’en vient d’ici la fin de la décennie », affirme M. Bellerose, de Tourisme Montréal.

La présidente-directrice générale de l’Association des hôtels du Grand Montréal, Ève Paré, admet elle aussi que le paysage hôtelier de la métropole ne s’est pas transformé pour accommoder les nouveaux venus d’Orient.

« Je ne pense pas qu’on doive avoir des employés qui parlent le mandarin, du moins pour l’instant, mais ça va sans doute demeurer dans l’esprit des hôteliers », note-t-elle.

Sirop d’érable en mandarin

Si les restaurants, auberges et hôtels montréalais sont à la recherche d’une source d’inspiration pour courtiser la clientèle chinoise, ils peuvent se tourner vers la cabane à sucre Chez Dany, située à Trois-Rivières, qui accueille chaque année près de 80 000 touristes provenant de 80 pays, y compris 20 000 touristes chinois.

« 2017, ça va être très, très fort, lance Dany Néron, le propriétaire de l’établissement ouvert onze mois par année depuis 1994. La machine est partie et, avec ce qui s’en vient, on pense doubler le nombre de touristes chinois. »

Son menu est traduit en huit langues, dont le mandarin, et chaque visiteur chinois retourne à la maison avec un dépliant lui expliquant les étapes de production du sirop d’érable dans sa langue natale.

M. Néron a lancé sa cabane à sucre dans le but précis d’attirer des touristes de partout à travers le monde. Il a commencé par accueillir des Français et des Allemands, puis des Mexicains, et il s’est mis à courtiser les Chinois il y a 15 ans. Il est notamment allé cogner aux portes des agences de voyages établies à Vancouver, qui ont inclus son établissement dans l’itinéraire de leurs tours guidés.

« Au début, personne ne prenait l’arrivée des touristes chinois au sérieux, raconte-t-il, convaincu que sa stratégie a été la bonne. Les gens n’ont pas prévu que ce serait si gros, mais on n’a encore rien vu. »