Les Américains feraient les frais de leur protectionnisme

<p>Le port de Lewiston, en Idaho</p>
Photo: Nicholas K. Geranios Associated Press

Le port de Lewiston, en Idaho

Les États-Unis se tireraient dans le pied en mettant en avant des mesures protectionnistes unilatérales, révèle une étude publiée mercredi par l’Institut C.D. Howe en réponse au discours du nouveau président Donald Trump. Une barrière tarifaire de 10 % améliorerait la balance commerciale du pays, mais ferait chuter son PIB réel et entraînerait une diminution des investissements étrangers, prédit le groupe de recherche.

« Une politique protectionniste mise en place par les États-Unis aurait un impact sur les exportations et les importations américaines, et redonnerait vie au secteur industriel, mais elle ébranlerait d’autres secteurs de l’économie américaine et réduirait les investissements aux États-Unis », concluent Dan Ciuriak et Jingliang Xiao dans leur analyse.

Les deux chercheurs admettent d’emblée qu’il est difficile de prédire comment se matérialiseront les visées protectionnistes de Trump. Pour tenter d’évaluer les impacts potentiels d’une barrière tarifaire américaine, ils ont choisi de s’inspirer d’un précédent politique : en 1971, le président républicain Richard Nixon a imposé une taxe de 10 % sur toutes les importations américaines, à l’exception de quelques produits.

Jugeant la comparaison imparfaite, mais pertinente, les chercheurs ont évalué les répercussions qu’une politique semblable aurait en 2022 si elle était appliquée dès 2017.

Gagnants et perdants

Pour les États-Unis, les impacts positifs seraient pratiquement effacés par les répercussions négatives, souligne le rapport. La valeur du PIB américain augmenterait de 575 milliards de dollars américains, mais le PIB réel — qui ne tient pas compte de l’inflation — diminuerait de 0,83 %.

Les exportations diminueraient, mais les importations chuteraient encore davantage, ce qui ferait grimper la balance commerciale des États-Unis de 25 milliards $US.

En contrepartie, les investissements étrangers diminueraient de 2,2 % et seraient redirigés vers d’autres destinations, notamment asiatiques. Les auteurs estiment par ailleurs que la politique protectionniste permettrait à des compagnies américaines moins performantes de conserver leurs parts de marché, ce qui ferait diminuer la productivité de manière globale.

Plus concrètement, les projections de C.D. Howe indiquent que le secteur manufacturier en sortirait gagnant, tandis que les secteurs reposant sur l’exportation, comme les énergies fossiles ou les équipements de transport, seraient grandement désavantagés.

Ne pas répliquer

L’étude de l’institut de recherche basé à Toronto s’est par ailleurs attardée aux effets d’une contre-attaque canadienne. Les auteurs concluent que, si le Canada imposait à son tour une taxe frontalière de 10 % en guise de représailles, les impacts sur son économie seraient encore plus importants que s’il choisissait simplement d’encaisser le coup.

« Des mesures de représailles de la part du Canada doubleraient les dommages causés à l’économie du pays, tout en n’ayant qu’un impact limité sur le PIB réel ou la production des États-Unis », écrivent-ils.

Avec l’imposition d’une taxe américaine de 10 %, le PIB réel canadien diminuerait de 0,87 %, mais l’ajout d’une taxe canadienne de 10 % rendrait la chute encore plus abrupte (–1,96 %).

Le Canada ne devrait donc pas céder à la tentation de se lancer dans une guerre tarifaire avec son voisin américain. Il devrait plutôt continuer de viser de nouveaux marchés et tenter de s’adapter aux transformations technologiques qui affectent ses entreprises, insistent les chercheurs.

Il y a deux semaines, une analyse de la Banque Nationale a elle aussi prédit qu’une taxe d’ajustement de 10 % minerait l’économie canadienne. L’économiste Krishen Rangasamy a évalué que l’ensemble des exportations canadiennes reculerait de 9 %.

1 commentaire
  • Clermont Domingue - Abonné 26 janvier 2017 12 h 44

    Investissements étrangés

    Les États-Unis n'ont pas besoin des investissements étrangers. En 2008 et 2009, pour sortir de la crise, ils ont eu recours à la Fed, qui a procédé à une énorme création monétaire.

    La Fed pourra à nouveau faire des investissements (made in USA).

    Vous pouvez avoir peur d'une dévaluation du dollar, mais moi non. Le dollar restera fort parce que, depuis 1945, il est le roi. De plus, il peut ajouter un diamant à sa couronne par une alliance avec la livre sterling.