L’essor «des populismes» risque de nourrir la corruption dans le monde

Les pays qui ont des populistes à leur tête ont tendance à perdre des points au classement de Transparency International. La Turquie de Recep Tayyip Erdogan en est un exemple.
Photo: Adem Altan Agence France-Presse Les pays qui ont des populistes à leur tête ont tendance à perdre des points au classement de Transparency International. La Turquie de Recep Tayyip Erdogan en est un exemple.

Berlin — L’ONG anticorruption Transparency International (TI) a dénoncé mercredi l’émergence d’un cercle vicieux où essor des populismes et corruption se nourrissent mutuellement, lançant à cet égard une mise en garde au président américain, Donald Trump.

« 2016 a montré que la corruption systémique mondiale et les inégalités sociales se renforcent mutuellement, conduisent au désenchantement populaire » et « fournissent un terrain fertile à la montée des populismes », indique dans un communiqué l’ONG basée à Berlin, qui publie son nouvel indice de « la perception de la corruption » dans le monde.

Mais « le populisme est le mauvais remède », poursuit-il. « Les pays qui installent des dirigeants autocrates populistes [à leur tête] descendent vraiment dans le classement » établi par TI, a dit à l’AFP Finn Heinrich, directeur de recherche à Transparency International. L’ONG pointe à ce titre la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan, passée en un an du 66e au 75e rang, et la Hongrie du premier ministre Viktor Orban, 57e cette année (50e en 2016).

Aggraver les choses

Les dirigeants populistes promettent de combattre la corruption, « mais ils ne le font pas, ils aggravent les choses en sapant la démocratie et la liberté de la presse », déplore M. Heinrich.

TI observe également avec circonspection les débuts de Donald Trump, investi vendredi : « Ses premiers pas ne sont pas prometteurs. Quand on voit [qu’il] a nommé son gendre [Jared Kushner] haut conseiller à la présidence, ça n’est pas bon signe », estime M. Heinrich. Selon lui, « si [M. Trump] tient sa promesse de combattre la corruption, […] les États-Unis » — 16es l’an passé et 18es cette année — « peuvent s’améliorer ». Mais, au vu de ses décisions, « nous craignons qu’il y ait une chute ».

Le directeur de la recherche a déclaré à l’Associated Press que l’organisation observe la performance de Donald Trump avec attention, mais qu’elle a déjà des préoccupations importantes. « Donald Trump […] a été élu en promettant de “drainer le marais”, a dit M. Heinrich. Mais si on regarde ses gestes jusqu’à présent, on voit du népotisme […]. Les membres de son cabinet ont plusieurs conflits d’intérêts. Ce ne sont pas des défenseurs de la transparence. »

Chaque année, Transparency International établit un Rapport sur la perception de la corruption, une évaluation (portant cette année sur 176 pays) sur une échelle de 0 à 100 allant du pays le plus corrompu au plus vertueux. Ce travail s’appuie sur des données collectées par 12 organismes internationaux, dont la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou le Forum économique mondial.

Sans surprise, les pays nordiques — Danemark (1er), Finlande (3e), Suède (4e), Norvège (6e) — occupent le haut du classement dévoilé mercredi. Quatrième l’an passé, la Nouvelle-Zélande occupe cette fois la 1re place, ex aequo. Le Canada se maintient parmi les dix premiers (9e). La France est 23e.

En bas de classement figurent plusieurs pays ravagés par des conflits, comme la Somalie (176e), le Soudan du Sud (175e) ou la Syrie (173e).

Le Qatar a connu la plus grosse chute de sa note (moins dix points), qui s’explique largement par les accusations de corruption autour de l’attribution du mondial 2022 de foot.

Près de 70 % des 176 pays étudiés obtiennent un score inférieur à 50 à cette échelle. Le rapport prévient que, cette année, plus de pays ont vu leur score se détériorer plutôt que s’améliorer.

Le classement de TI

Danemark et Nouvelle-Zélande (1ers)

Canada (9e)

États-Unis (18es)

France (23e)

Russie (131e)

Somalie (176e)

 
4 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 janvier 2017 08 h 52

    Le pouvoir au peuple, pour le peuple, par le peuple

    Par les temps qui courent, le terme «populiste» est la plupart du temps utilisé de façon péjorative.

    Un coup d'oeil dans le dictionnaire me fait réaliser la minceur de son sens, mais je comprend que : est populiste, quelqu'un ou quelque chose qui est proche du peuple.

    C'est quoi le problème alors? Se rapprocher du peuple serait un défaut, une maladie, une tare?

    Être à l'écoute du peuple et de ses préoccupations serait malsain? Ce serait perdre son temps en se disant que le peuple « ne comprend pas la chose politique», que seul l'élite peut saisir ses subtilités?

    Que le peuple soit contre la mondialisation à tout vent, c'est être rétrograde?

    Les frontières entre les pays sont un concept dépassé?

    Sur cette planète, nous ne sommes qu'une grande famille multiculturelle en attendant que ses nations deviennent bientôt une copie conforme les unes des autres?

    Non merci!!! No way josé!!! Basta!!!

    • André Côté - Abonné 26 janvier 2017 13 h 01

      Être populiste, dans le sens où nous l'entendons, c'est adopter un discours qui plait au peuple, leur dire qu'on va régler tous leurs problèmes en moins de temps qu'il faut pour y penser. Une fois élu, on fait ce qu'on peut, ou pire encore, on fait le contraire de ce qu'on a promis. Voilà où se situe le danger des politiciens et politiciennes populistes.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 janvier 2017 16 h 40

      M. Côté,

      Peut-être l'entendez-vous ainsi. Et il semble que plusieurs font de même et c'est dommage.

      En ce qui me concerne, je trouve que ce mot n'est pas, à l'origine, péjoratif mais est en train rapidement de le devenir parce qu'on ne fait pas l'effort de trouver l'expression juste.

      Pour le moment, le Petit Robert nous définit ainsi le populisme :

      Attitude politique cherchant à attirer la sympathie du peuple par des mesures sociales populaires;
      Idéologie de certains mouvements politiques se fondant sur le peuple;
      Mouvement politique russe de la fin du XIXe siècle;
      Genre littéraire s'attachant à dépeindre la vie dans les milieux populaires.

      Je ne vois rien de négatif, ni de péjoratif dans les définitions qui précèdent.

      Pour le rendre négatif, il faudrait peut-être ajouter un qualificatif tel que : populisme manipulateur, ou encore populisme machiavélique... etc

  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 26 janvier 2017 11 h 25

    L'agence France-Presse aurait pu dénoncer haut et fort nos deux partis "libéraux" au Québec et au Canada concernant leur haut niveau de corruption.