L’accord commercial canado-américain a été bénéfique

Le Canada envoie aux États-Unis les trois quarts de ses exportations bon an, mal an.
Photo: Getty Images Le Canada envoie aux États-Unis les trois quarts de ses exportations bon an, mal an.

Le caractère très revendicateur du gouvernement Trump sur l’ALENA est une manoeuvre politique visant principalement le Mexique, mais le Canada, qui a son propre accord avec les Américains, doit garder son calme et traiter l’affaire avec grand sérieux, affirme un négociateur d’expérience.

« Une fois que vous franchissez le chahut, la réalité, c’est que les États-Unis bénéficient énormément de leur relation avec nous, et nous avec eux. Point final », a dit en entrevue Gordon Ritchie, négociateur en chef adjoint pour le Canada lors de l’Accord de libre-échange avec les États-Unis, en vigueur de 1989 à 1994.

« Mais on ne peut pas dire la même chose au sujet de l’ALENA, a mentionné M. Ritchie. Il n’y a aucun doute qu’il s’est produit un exode, surtout aux États-Unis, mais au Canada aussi, d’activités manufacturières au sud de cette frontière [américaine]. Par exemple, Trump a récemment menacé Toyota pour la production des modèles Corolla au Mexique. En fait, cette production était autrefois au Canada. »

Avant l’entrée en vigueur de l’entente tripartite, fait valoir M. Ritchie, le Canada avait son propre accord avec les Américains, ce qui pourrait servir de rempart advenant une décision radicale du gouvernement Trump au sujet de l’ALENA. « Nous avons quand même un fondement assez substantiel pour nous protéger », selon lui, même s’il faudrait « certains ajustements et des négociations ».

Millions d’emplois

Le gouvernement canadien estime qu’aux États-Unis, neuf millions d’emplois dépendent des échanges transfrontaliers avec le Canada, qui a acheté en 2015 pour 432 milliards de dollars de biens et services américains. Le commerce bilatéral aurait ainsi triplé depuis 1989.

Le président Donald Trump a signé lundi un décret annonçant le rejet du Partenariat transpacifique (PTP) par les États-Unis, jetant à la poubelle un accord faisant partie de l’héritage de Barack Obama. Il n’a pas signé de décret présidentiel concernant l’ALENA, mais il a déjà signalé son intention d’aborder le sujet avec Justin Trudeau et Enrique Peña Nieto en vue de sa renégociation.

Lorsqu’il a entendu M. Trump parler de la fin de l’ALENA, il y a de cela un certain temps déjà, M. Ritchie dit avoir eu la réaction suivante : « Ça repart encore une fois. » Il ne faudrait pas oublier, a-t-il ajouté, que Barack Obama a été très critique de l’ALENA lorsqu’il s’est présenté comme candidat à la Maison-Blanche en 2008. « Ce que les gens disent en campagne et ce qu’ils font en réalité sont deux choses différentes. Mais cet homme, je pense qu’il est plutôt sérieux dans sa démarche. »

Il est bien connu que 35 États américains ont l’économie canadienne pour principal partenaire commercial, et que le Canada envoie aux États-Unis les trois quarts de ses exportations bon an, mal an. Cette relation commerciale a été marquée ces dernières années par des grincements ponctuels, notamment dans le dossier du bois d’oeuvre. Par ailleurs, les Américains n’aiment pas le système canadien de la gestion de l’offre dans le secteur des produits de l’agriculture. L’ALENA a ses propres enjeux, mentionnent souvent des voix critiques, notamment son chapitre 11 qui permet à des entreprises étrangères de poursuivre les gouvernements si elles estiment être lésées.

Se tourner vers qui ?

Alors que le PTP est mort, l’accord de libre-échange avec les pays de l’Europe est en voie d’approbation, mais certains observateurs font valoir que l’avenir est peut-être du côté des ententes bilatérales.

Cependant, a dit M. Ritchie, « il faudrait faire très attention avant de commencer à parler de libre-échange avec la Chine ». Il indique que l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce a eu un impact certain sur l’industrie manufacturière américaine. « Pour les États-Unis, on pourrait dire que c’est un problème plus gros que le Mexique. Il serait imprudent de prendre cette même route. » Une entente prudemment structurée et gérée serait préférable. « On devrait conclure une entente bilatérale avec le Japon. Pas un accord de libre-échange, mais un accord commercial. »

En 1992, celui qui était alors premier ministre du Canada, Brian Mulroney, a signé l’ALENA, accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.