Critiquée, la BCE juge qu’il est tôt pour réduire ses aides à l’économie

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi
Photo: Michael Probst Associated Press Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi

Francfort — La BCE a promis jeudi de réduire dès que possible sa politique interventionniste très critiquée en Allemagne, mais a appelé à la patience, jugeant que l’heure n’est pas encore venue faute de progrès convaincants sur le front de l’inflation.

« Je suis quasiment sûr que le moment viendra » de réduire les nombreuses mesures de soutien que prodigue la BCE à l’économie européenne, a déclaré son président, Mario Draghi, lors d’une conférence de presse à Francfort. À ce moment-là, « nous devrons avoir une discussion et une analyse très prudente de la situation, mais nous n’en sommes pas là » et le sujet « n’a pas été discuté » jeudi, a souligné le banquier central.

Réduire la voilure

Cette mise au point intervient à un moment où de plus en plus d’observateurs — principalement en Allemagne — s’inquiètent des effets négatifs à long terme d’une politique monétaire très accommodante et appellent la banque centrale à réduire la voilure.

Jeudi, le conseil des gouverneurs de l’institution monétaire, auquel siègent six directeurs et les 19 gouverneurs des banques centrales nationales de la zone euro, a sans surprise maintenu ses taux directeurs, qui stationnent à leur plus bas niveau historique depuis mars 2016. Elle n’a pas touché non plus au « QE », son vaste programme de rachats de dettes, qui avait été prolongé le mois dernier jusqu’en décembre.

Ce statu quo « n’est pas une surprise », a réagi dans une note Carsten Brzeski, économiste chez ING. Il faudra « une hausse significative de l’inflation et des salaires pour que la BCE envisage » de revoir sa politique, ce qui ne devrait pas se produire avant 2018, selon lui.

Politique « requise »

Début décembre, la BCE s’était inquiétée d’une inflation toujours faible, ainsi que des conséquences encore incalculables du Brexit britannique et de l’élection du nouveau président américain Donald Trump, chantre du protectionnisme. Dans ce contexte et malgré des perspectives économiques légèrement meilleures, elle avait décidé d’étendre son vaste programme de rachat de dettes publiques et privées déclenché début 2015, qui prévoyait d’acquérir pour 80 milliards d’euros de titres tous les mois jusqu’à fin mars. Passée cette date, l’institut poursuivra ses rachats jusqu’à la fin de décembre, au rythme toutefois de 60 milliards d’euros par mois.

Jeudi, M. Draghi a réaffirmé qu’une politique monétaire très accommodante restait « requise pour garantir le retour de l’inflation à des niveaux proches, mais inférieurs à 2 % », ce qui correspond pour la BCE à la définition de la stabilité monétaire. En décembre, les prix à la consommation dans la zone euro ont bondi de 1,1 % sur un an, après 0,6 % en novembre, et devraient grimper encore plus fortement ces prochains mois.