Il en faudra plus, préviennent les administrateurs

L’enjeu de la retraite est débattu depuis des années, en raison notamment de l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement de la population.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’enjeu de la retraite est débattu depuis des années, en raison notamment de l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement de la population.

Si rien n’est fait, le système actuel ne pourra pas régler à lui seul le problème des revenus à la retraite, estiment des experts en gestion de régimes qui signalent notamment l’insuffisance des programmes d’épargne volontaire.

De plus, ont affirmé les représentants de l’Association canadienne des administrateurs de régimes de retraite (ACARR) au jour deux d’une commission parlementaire, le projet de bonification actuel du Régime des rentes du Québec par le gouvernement Couillard n’arrivera pas non plus à résoudre l’enjeu.

« Les prestations bonifiées en vertu de la proposition québécoise nous semblent trop faibles pour permettre de résoudre le problème de la suffisance des revenus de retraite pour les travailleurs à revenu moyen qui ne participent pas à un régime de retraite en entreprise », a indiqué l’ACARR, qui représente une panoplie de gestionnaires et de cabinets-conseils comme Aon, Desjardins, Manuvie, Teachers, Sun Life et Great-West. Sans prendre position pour l’option de Québec ou d’Ottawa, le groupe mentionne toutefois qu’il privilégie l’harmonisation des règles à travers le pays.

Exemption supplémentaire

La Commission des finances publiques doit entendre pendant cinq jours des groupes sur la bonification du Régime des rentes. Québec a choisi de mener cette consultation après avoir refusé, en juin 2016, de se joindre aux autres provinces pour signer un accord avec Ottawa sur la majoration des régimes publics, soit le Régime de pensions du Canada et le RRQ.

Selon le document de consultation préparé par Québec, une personne gagnant 40 000 $ verra le taux de remplacement de son revenu à la retraite passer de 25 % à 27,9 %. Pour se rendre là, la personne verrait ses cotisations annuelles passer de 1971 $ à 2097 $. Les personnes gagnant moins de 27 500 $ ne subiraient pas d’augmentation de cotisation, mais leur taux de couverture de 70 % serait inchangé.

Pour cela, Québec veut proposer à Ottawa une exemption supplémentaire des revenus qui servent au calcul du Supplément du revenu garanti (SRG), cela visant à éviter que ceux qui reçoivent le SRG subissent une réduction.

De son côté, Ottawa compte faire passer de 25 % à 33 % le taux de remplacement des revenus de travail à la retraite, mais veut imposer une hausse de cotisation même aux travailleurs dont les revenus sont moins élevés.

L’enjeu de la retraite est débattu depuis des années, en raison notamment de l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement de la population, deux facteurs qui augmentent la pression sur les régimes. L’espérance de vie a d’ailleurs mis en lumière au fil des ans une réalité criante : chez les moins de 50 000 $, six travailleurs sur dix ne mettent pas d’épargne de côté en vue de la retraite. Québec a forcé les entreprises à implanter un nouvel outil, le Régime volontaire d’épargne-retraite, mais celui-ci ne fait que commencer.

Se rallier aux autres

La FTQ, de son côté, est venue demander au ministre Leitão de se rallier aux autres provinces, car les retraités québécois se retrouveraient avec des conditions de retraite inférieures à celles du reste du pays. « Le document de consultation déposé par Québec est reçu comme une douche froide », a dit son président, Daniel Boyer. « C’est décevant, et loin de répondre aux besoins des Québécois. Dans les faits, nos retraités vont hériter du pire régime de retraite public au Canada. » La Centrale des syndicats du Québec a fait la même demande.

Encore une fois, il a été question mercredi du délai de préparation qu’ont eu les groupes après la publication du document de consultation en décembre. « Notre position est annoncée depuis le mois de juin, on a eu amplement le temps de connaître les positions », a répondu le ministre des Finances, Carlos Leitão. « Je veux aussi vous rassurer, aucune décision n’a été prise. »

Par ailleurs, a dit M. Leitão, la proposition fédérale sera mise en oeuvre « en 2019, alors on a le temps, on n’a pas besoin de se précipiter ».