Le Canada perd des plumes dans un classement mondial des compagnies «durables»

Enbridge, l’entreprise albertaine spécialisée dans le transport du pétrole, est l’une des rares compagnies d’ici à apparaître au classement.
Photo: Larry MacDougal La Presse canadienne Enbridge, l’entreprise albertaine spécialisée dans le transport du pétrole, est l’une des rares compagnies d’ici à apparaître au classement.

Le Canada perd du terrain dans le classement annuel des entreprises les plus « durables » dévoilé mardi dans le cadre du Forum de Davos. Six compagnies canadiennes se sont taillé une place dans le top 100, soit deux fois moins qu’il y a deux ans.

Chaque mois de janvier depuis plus de dix ans, la firme torontoise Corporate Knights profite de la rencontre des leaders internationaux dans les Alpes suisses pour dévoiler le Global 100, son classement des 100 entreprises les plus durables (« sustainable ») au monde.

Si le Canada faisait bonne figure dans l’édition 2015 avec douze entreprises dans le groupe sélect, son étoile a pâli depuis. Elle n’en compte cette année que six : la Banque Royale du Canada, Enbridge, la Financière Sun Life, la Banque TD, la Banque de Montréal et Cameco Corp., une compagnie productrice d’uranium basée en Saskatchewan. Cette année encore, les États-Unis mènent le bal avec 19 entreprises dans le top 100, suivis de la France (12) et du Royaume-Uni (11).

L’Allemagne (six entreprises), qui se retrouve à égalité avec le Canada, peut quant à elle se targuer d’occuper la première place du classement grâce à Siemens. La compagnie de haute technologie, active dans les secteurs industriel, énergétique et de la santé, a obtenu la meilleure note parmi les quelque 4000 entreprises passées sous la loupe de la firme de recherche et de communication.

Divulgation publique

Le classement du Global 100 tient compte de 14 indicateurs, qui concernent notamment la consommation énergétique, la gouvernance et les émissions de gaz à effet de serre. Mais il faut savoir que l’évaluation des entreprises se fait à partir des données qu’elles dévoilent publiquement.

« C’est pour cette raison qu’on trouve souvent de très grosses compagnies, qui ont les moyens de faire une divulgation beaucoup plus complète de leurs activités, souligne Olivier Gamache, le président-directeur général du Groupe investissement responsable (GIR), une firme indépendante établie à Montréal. Il y a possiblement des compagnies qui font encore mieux, mais qui ne font pas une divulgation publique de leurs données. »

Le recul du Canada dans ce classement annuel est donc dû au fait que plusieurs pays ont introduit des normes de divulgation obligatoire, a résumé au Globe and Mail le président-directeur général de Corporate Knights, Toby Heaps. Cela a permis à leurs entreprises d’être considérées au moment d’établir le classement.

Durable, vraiment ?

M. Gamache estime que la méthodologie utilisée par Corporate Knights est valable, claire et détaillée. Il faut cependant consulter ce classement en sachant ce qu’il évalue, prévient-il. « On regarde l’utilisation qui est faite des ressources par rapport à la génération de revenus, et non la vocation de l’utilisation de ces ressources. Il n’y a que du quantitatif, pas de qualitatif. »

Voilà pourquoi une entreprise comme Enbridge, qui est connue au Québec pour l’inversion du flux de pétrole de l’oléoduc 9B, a sa place dans le top 100, tout comme la française Total et la norvégienne Statoil.

« Enbridge fait une utilisation efficace des ressources. C’est pour cette raison qu’elle se positionne bien. Mais est-ce que l’utilisation des ressources est faite dans un objectif qui est durable ? Ça, c’est une autre question », souligne Olivier Gamache.

Besoin d’uniformité

En évaluant les entreprises qui procèdent à une divulgation publique et détaillée de leurs informations, la firme Corporate Knights en laisse peut-être de côté, mais elle veut par le fait même inciter les compagnies négligées à faire preuve de plus de transparence.

Elle souhaite, par exemple, que les régulateurs canadiens instaurent des exigences et des normes de divulgation pour les compagnies inscrites à la Bourse de Toronto, à l’image de ce qui se fait déjà au Royaume-Uni et de ce qui se fera à partir de 2018 au sein de l’Union européenne.

Pour évaluer les entreprises, les comparer entre elles et mesurer les progrès accomplis, il faut qu’elles montrent patte blanche, mais aussi qu’elles utilisent des unités de mesure semblables, fait remarquer M. Gamache, du GIR. Les efforts internationaux visant à atteindre cet objectif se poursuivent, notamment grâce à l’apport de la Global Reporting Initiative, une organisation indépendante.

« Il y a encore beaucoup de défis à relever sur le plan de la standardisation, soupire-t-il. Comme professionnels du marché, on y travaille, mais on a hâte que ça débouche. »

 

Les entreprises canadiennes dans le «top 100»

37e Banque Royale

39e Enbridge

45e Financière Sun Life

58e Banque TD

61e Banque de Montréal

71e Cameco Corp.
3 commentaires
  • Jean-François Robert - Abonné 18 janvier 2017 07 h 17

    Un top 100 incohérent et insignifiant !

    Comment peut-on écarter la finalité d'une entreprise, ce qu'elle produit, de l'analyse de sa performance sur le plan environnemental ?

    JF Robert
    St-Félicien

  • Bernard Terreault - Abonné 18 janvier 2017 13 h 02

    Classement carrément idiot

    Ce sont les banques qui occupent le haut du palmarès. Évidemment, quand la seule machinerie utilisée ce sont des ordis, il est facile de moins polluer qu'une aciérie!

  • René Pigeon - Abonné 18 janvier 2017 13 h 06

    méthodologie fautive.

    La méthodologie est fautive non pas parce qu’elle exclut « la vocation (non durable) de l’utilisation de ces ressources (internes à l’entreprise) » des entreprises encensées mais parce que le ratio retenu pour mener les comparaisons est constitué d’un dénominateur (« par rapport à la génération de revenus ») qui est essentiellement le fruit des économies d’échelle et de synergies inhérentes au processus d’une industrie, qui dilue les indicateurs mesurés au numérateur. Un transporteur de pétrole transporte un produit d’une grande valeur, de l’or noir, en utilisant peu d’intrants (« peu de ressources »). C’est inhérent au processus de cette industrie et non à l’efficacité des entreprises de cette industrie. On peut en dire autant d’une entreprise de transport de lingots d’or ou de papier-monnaie, qui aura toujours un meilleur rendement durable que les banques qu’elle désert !

    Au mieux, cette méthodologie permet de comparer des entreprises appartenant à la même industrie ; comparer les entreprises d’industries foncièrement différentes revient à comparer des pommes et des oranges sans avoir fait les ajustements nécessaires.