Une taxe frontalière ralentirait les exportations canadiennes

Environ 75% des produits exportés par des entreprises canadiennes en 2015 l’ont été à destination des États-Unis.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Environ 75% des produits exportés par des entreprises canadiennes en 2015 l’ont été à destination des États-Unis.

Hypothétique pour le moment, l’imposition d’une taxe d’ajustement aux frontières de 10 % aurait pour effet de réduire de 9 % les exportations canadiennes dans leur ensemble, selon une analyse de la Banque Nationale.

Cette estimation se base sur des propos tenus mercredi par le directeur du comité d’investiture de l’équipe Trump, Tom Barrack, qui évoquait une barrière de 10 %, soit deux fois moins élevée que le scénario de 20 % qui circulait jusqu’ici dans la documentation républicaine.

« Comme si l’économie mondiale déjà vulnérable avait vraiment besoin de ça, le protectionnisme commercial pourrait s’intensifier cette année, a écrit l’économiste Krishen Rangasamy. Bien que nos exportations pétrolières vers les États-Unis ne soient pas touchées de façon significative, les biens non pétroliers pourraient reculer de près de 11 %, ce qui entraînerait une baisse globale de 9 %. »

Une taxe d’ajustement aux frontières est appliquée en fonction du lieu de vente d’un produit, ce qui a pour effet voulu de taxer les importations et d’exempter les exportations.

Régions les plus touchées

Dans une deuxième note d’analyse envoyée à ses clients en après-midi, la Banque Nationale a prédit que l’Ontario et le Nouveau-Brunswick seraient les deux provinces les plus touchées. En prenant pour base les exportations du secteur automobile, la foresterie et les biens de consommation, le Québec serait quatrième au classement des régions touchées.

Le président désigné des États-Unis, qui entre en fonction dans six jours, a fait du protectionnisme la pierre angulaire de son programme et n’hésite pas à cibler des entreprises qui délocalisent une partie de leur production ou investissent dans un autre pays, notamment le Mexique.

Bien qu’il n’ait pas identifié le Canada comme un ennemi commercial, son désir de renégocier l’ALENA suscite l’étonnement chez les exportateurs canadiens. D’autant plus que 34 États américains ont le Canada pour principal partenaire commercial.

Vagues propositions

Il demeure ardu de mesurer l’impact concret des barrières frontalières brandies par l’administration Trump, car « nous travaillons à partir de propositions vagues », a affirmé Matthew Wilson, vice-président principal aux Manufacturiers et Exportateurs du Canada. Il mentionne entre autres qu’environ 40 % du commerce bilatéral est « intra-entreprise », ce qui complique la tâche d’évaluer l’impact pour la production de voitures, d’avions, d’autobus, etc.

De manière générale, les entreprises sont partagées sur les conséquences des politiques de Donald Trump à l’approche de son entrée en fonction. Dans le sondage annuel effectué par la Banque du Canada, certaines entrevoient avec optimisme l’augmentation des dépenses en infrastructures tandis que d’autres appréhendent le vent protectionniste qui ne cesse de souffler.

Aérospatiale et automobile

Environ 75 % des produits exportés par des entreprises canadiennes en 2015 l’ont été à destination des États-Unis. Selon l’agence fédérale EDC, les secteurs les plus actifs sont l’aérospatiale, l’automobile, les télécommunications, l’agroalimentaire et le secteur des hydrocarbures.

La moitié des économistes ont récemment révisé à la baisse les prévisions de croissance pour l’économie canadienne en 2017, selon les résultats d’un sondage de l’agence Reuters publiés jeudi. Ils prévoient en moyenne un gain de 1,9 %, comparativement à une croissance de 2 % prévue par la Banque du Canada.