Ottawa est impuissant quant aux pointeurs lasers

Un laser dirigé vers le cockpit d’un appareil en vol peut déranger le pilote, l’éblouir, et même causer une cécité temporaire.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Un laser dirigé vers le cockpit d’un appareil en vol peut déranger le pilote, l’éblouir, et même causer une cécité temporaire.

Les campagnes de sensibilisation lancées au cours des deux dernières années par Transports Canada n’ont pas réussi à faire chuter le nombre de cas de pilotes visés par des pointeurs lasers. Les plus récentes données colligées par Le Devoir indiquent que ces incidents pouvant compromettre la sécurité du transport aérien continuent de se multiplier sans que les autorités arrivent à mettre la main au collet des contrevenants.

Devant la croissance fulgurante du nombre de pilotes éblouis par un pointeur laser dirigé vers leur appareil à partir du sol, Transports Canada a lancé une campagne de sensibilisation en juin 2015. Le ministère fédéral a récidivé en mai dernier en diffusant de nouvelles vidéos et en mettant à jour une page Web intitulée « Pointer un laser vers un aéronef, pas brillant comme idée ! ».

« Le fait de pointer un laser vers un aéronef expose le pilote, l’équipage, les passagers et les personnes au sol à de sérieux risques. Ce geste pourrait entraîner un grave accident », met en garde Transports Canada.

Niveaux records

Or, depuis ces deux offensives, le nombre de cas rapportés s’est maintenu à des niveaux records. Selon les données officielles transmises par Transports Canada, 590 incidents ont eu lieu en 2015 à travers le Canada, une augmentation de 155 % en l’espace de cinq ans. À lui seul, le Québec a enregistré 214 cas, ce qui représente une croissance de 127 % par rapport aux données de 2011.

Pour 2016, le ministère fédéral rapporte 444 incidents en date du 21 novembre, mais la base de données publique du gouvernement fait état de 560 incidents au Canada pour l’ensemble de l’année, dont 198 au Québec. Des chiffres à peine inférieurs à ceux de l’année précédente.

« La campagne [de sensibilisation] a eu des retombées positives, soutient la porte-parole de Transports Canada, Natasha Gauthier. Des dizaines d’intervenants et de partenaires ont participé à la conversation sur les lasers dans les médias sociaux. Pendant la campagne, nous avons constaté un plus grand nombre de visiteurs qui ont consulté la page [Web]. »

 

Lourdes peines

Pas plus tard qu’en août dernier, un pilote de la compagnie WestJet se dirigeant vers Fort McMurray, en Alberta, a fait appel aux services médicaux après avoir été ébloui par un laser. La compagnie aérienne a été contrainte d’annuler le vol suivant, le temps de lui trouver un remplaçant.

Même si la plupart des incidents liés aux pointeurs lasers sont sans conséquence, des exemples comme celui-là sont nombreux.

Transports Canada rappelle sur son site qu’un laser dirigé vers le cockpit d’un appareil en vol peut déranger le pilote, l’éblouir, et même causer une cécité temporaire. Le gouvernement s’efforce de rappeler qu’une personne reconnue coupable d’avoir pointé un laser vers un aéronef est passible d’une amende pouvant atteindre 100 000 $ et d’une peine d’emprisonnement maximale de cinq ans.

Habituellement, lorsqu’un pilote dit avoir été victime d’un « brouillage laser », les autorités locales sont avisées et des patrouilleurs sont dépêchés à l’endroit d’où provenait le faisceau lumineux. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) reçoit plusieurs appels chaque année concernant des incidents survenus sur son territoire, mais depuis 2011, elle n’a effectué aucune arrestation.

« C’est vraiment compliqué de retrouver des gens qui ont utilisé des pointeurs lasers », explique la porte-parole du SPVM Mélanie Lajoie. Lorsque les policiers arrivent à destination, les contrevenants sont déjà loin, le pointeur laser rangé dans leur poche.

Encore pire aux États-Unis

Le Canada n’est pas seul à faire face à ce problème. Au sud de la frontière, la Federal Aviation Administration (FAA), l’agence gouvernementale réglementant l’aviation civile américaine, a vu le nombre de cas de pilotes éblouis par un laser passer de 384 en 2006 à 3894 en 2014, puis à 7442 en 2016. Cela signifie que, l’an dernier, plus de 20 incidents ont eu lieu chaque jour à travers les États-Unis.

En 2011, la FAA a mis à jour l’interprétation de ses règles, qui permettent désormais d’imposer une amende de 15 000 $ à toute personne qui dirige un pointeur laser vers un avion. « Ce n’est pas une blague, avait alors indiqué l’agence gouvernementale par voie de communiqué. Ces lasers peuvent temporairement aveugler un pilote et l’empêcher d’atterrir de manière sécuritaire, compromettant ainsi la sécurité des passagers et des personnes au sol. »

Ce changement n’a pas empêché le nombre d’incidents d’exploser quatre ans plus tard.