Vague de désyndicalisation chez Couche-Tard

Le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard

Cinq des six dépanneurs de Couche-Tard couverts par une convention collective à compter d’octobre 2013 ne sont plus syndiqués, confirment des décisions rendues en rafale à l’automne par le Tribunal administratif du travail (TAT).

Ces magasins avaient fait l’objet d’un accord de paix global visant à tourner la page sur une longue bataille entre l’entreprise et la CSN, pour laquelle il s’agissait d’une percée significative dans le monde du dépanneur.

La convention collective de trois ans couvrait 70 personnes dans six magasins situés à Saint-Liboire, à Montréal-Nord, à Saint-Hubert, à Pierrefonds, à Boisbriand et à Victoriaville. L’entente de paix comprenait aussi une « contrepartie » pour 24 employés de deux dépanneurs fermés dans la controverse en 2011.

Taux de roulement

Or, à la fin du mois d’août 2016, des demandes de révocation ont été déposées pour l’ensemble des six magasins, dont cinq étaient franchisés à l’époque alors qu’un autre appartenait à Couche-Tard.

Au début de l’automne, le TAT a livré ses conclusions, accessibles par un registre en ligne qui regroupe tant des décisions d’arbitrage que des conventions collectives. Seul le syndicat du dépanneur de Saint-Liboire a survécu à la procédure, en raison du rapport d’un agent de relations du travail signalant que « l’association existe toujours » et qu’elle « groupe la majorité absolue des salariés qui font partie de l’unité de négociation ».

« Ce n’est pas une très grande surprise », dit David Bergeron-Cyr, vice-président de la Fédération du commerce de la CSN. Deux facteurs ont été déterminants, selon lui, soit le fait que Couche-Tard a étendu au reste de sa main-d’oeuvre québécoise les conditions négociées pour ces six dépanneurs ainsi que le roulement de personnel. « Ceux qui étaient là au moment de la syndicalisation ne travaillaient plus pour l’entreprise. »

La convention fixait le salaire des nouveaux préposés à 10,15 $, lequel grimpait à 10,45 $ après un an. Elle prévoyait aussi deux congés mobiles après un an de service, en plus d’offrir une troisième semaine de vacances après quatre ans.

Au moment où la CSN s’entendait avec Couche-Tard, le président de la centrale syndicale, Jacques Létourneau, avait affirmé qu’« entente de principe en main, nous pouvons affirmer que nous sommes heureux du dénouement positif que trouve enfin ce dossier ». Dans une déclaration transmise à certains médias, l’entreprise s’était également dite satisfaite d’avoir pu rassembler « les intérêts de tous ».

Lors d’une tournée médiatique pour promouvoir sa biographie à l’automne 2016, le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard, a assuré que les deux dépanneurs fermés en 2011 n’atteignaient pas leurs objectifs, mais il a ajouté que son entreprise aurait peut-être pu faire les choses autrement.

Pas inhabituel

Une révocation syndicale n’est pas particulièrement inhabituelle. Dans un autre dossier extrêmement médiatisé, celui de Wal-Mart, des succursales syndiquées par la FTQ au cours des années 2000 avaient fini, elles aussi, par faire l’objet de demandes de révocation. Au fil des ans, trois magasins s’étaient syndiqués : Saint-Hyacinthe, Gatineau (secteur Hull) et Weyburn, en Saskatchewan. Dans le cas de Saint-Hyacinthe, les employés avaient été 147 à signer la demande de révocation, sur un total de 205 travailleurs.

Une telle demande peut être effectuée tant par les employés que par le syndicat ou l’employeur. Les deux motifs pouvant être invoqués sont la disparition de l’association et le fait que l’association ne regroupe plus une majorité de salariés « pour laquelle elle a été accréditée », peut-on lire dans la documentation du TAT.

En ce qui concerne le dépanneur de Saint-Liboire, l’expiration récente de la convention collective a déclenché des préparatifs en vue d’une nouvelle ronde de négociations, a dit M. Bergeron-Cyr. La CSN a également mis sur pied un site Internet qui, moyennant des frais de 5 $ par année, offre des services et conseils aux non-syndiqués de l’entreprise.

5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 12 janvier 2017 01 h 47

    il faut arrêter la mesquinerie du patronat!

    C'est honteux que la syndicalisation diminue au Québec. Les études démontrent que les pays où se trouve le taux le plus élevé de travailleurs syndiqués ont moins des inégalités. On ne peut pas vivre avec un salaire minimum de 10.45$ l'heure, ce qui nous place sous le seuil de la pauvreté. «C'est indécent» comme l'explique toujours l'entrepreneur, Alexandre Taillefer.
    L'économiste, Thomas Piketty, a démontré que tout le monde perd avec les inégalités sociales. Les pays les plus égalitaires au monde, comme les pays scandinaves, par exemple, sont les états les plus civilisés et les plus performants économiquement. Alors, il faut arrêter la mesquinerie du patronat.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 12 janvier 2017 08 h 37

    Se donner un modèle d'affaires compatible avec l'exercice de tous les droits humains fondamentaux

    Le droit de se syndiquer et de négocier collectivement est un non seulement un droit constitutionnel canadien, mais aussi un droit humain fondamental. Couche-Tard doit se donner un modèle d'affaire compatible avec l'exercice de ce droit et le fait qu'il le fasse ailleurs, par exemple en Norvège, montre qu'il en est capable. Malheureusement, il semble faire le contraire ici et pour cette raison ce succès commercial planétaire ne m'apparaît pas en être un.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 janvier 2017 12 h 48

      L'entreprise a eu aucun problème avec la ''syndicalité'' de ses entreprises acquises en Europe, principalement en Norvège, simplement parce que les conditions de travaille y sont du même ordre que celles de la compétition.

      Aller croire que vous allez occuper une part importante d'un marché, tout en ayant des déboursés salariaux supérieurs aux autres acteurs du secteur est une pure illusion.

      http://corpo.couche-tard.com/unites-daffaires/euro

      http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

  • Georges Tremblay - Abonné 12 janvier 2017 08 h 37

    J'impose une pénalité aux Couche-Tard

    Je "condamne" les couche-Tard à une perte de revenus de $3,000 par année.
    C'est le montant que j'y dépensais annuellement pour y acheter de la gazoline et autres effets.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 janvier 2017 12 h 53

      Bien voilà, c'est toute la beauté du libre commerce !