La facture du «dieselgate» s’envole pour Volkswagen

Le « dieselgate » a déjà fait fondre la capitalisation boursière de Volkswagen, a plombé ses ventes aux États-Unis, et lui a valu en 2015 sa première perte annuelle en vingt ans.
Photo: Paul J. Richards Agence France-Presse Le « dieselgate » a déjà fait fondre la capitalisation boursière de Volkswagen, a plombé ses ventes aux États-Unis, et lui a valu en 2015 sa première perte annuelle en vingt ans.

Le constructeur automobile allemand Volkswagen a affirmé mardi être en discussions avancées avec les autorités américaines pour plaider coupable et verser 4,3 milliards de dollars supplémentaires d’amendes et de pénalités civiles pour refermer l’affaire des moteurs truqués aux États-Unis.

S’il est avalisé, l’accord préliminaire conclu avec le Département de la Justice et les autorités douanières mettrait un terme aux poursuites pénales américaines et viendrait gonfler la facture du scandale qui s’élève déjà à 17,5 milliards sur les seuls États-Unis.

En plein salon de l’automobile de Detroit, le mastodonte aux 12 marques reconnaît dans un communiqué que le montant final devrait donc dépasser les provisions mises de côté pour faire face au scandale, et prévoit un impact encore indéterminé sur ses comptes en 2016. Le « dieselgate » a déjà fait fondre la capitalisation boursière du groupe, a plombé ses ventes aux États-Unis, et lui a valu en 2015 sa première perte annuelle en vingt ans.

Un accord représenterait toutefois une étape cruciale pour le constructeur, dans la tempête depuis fin 2015 quand il avait dû avouer avoir équipé 11 millions de ses voitures dans le monde, dont 600 000 aux États-Unis, d’un logiciel minimisant le niveau réel des émissions de gaz polluants. Depuis que le scandale a éclaté aux États-Unis grâce à une ONG, Volkswagen s’est lancé dans une coûteuse opération de reconquête dans le pays en débloquant notamment un plan d’indemnisation de 14,7 milliards de dollars, prévoyant le rachat de dizaines de milliers de véhicules affectés et des compensations en liquide.

En acceptant de plaider coupable, le groupe échapperait à un procès aux États-Unis aux conséquences imprévisibles, mais cet aveu pourra désormais toutefois être utilisé par d’autres pays, notamment européens, qui ont ouvert des enquêtes contre Volkswagen. Le pré-accord doit désormais être avalisé par le conseil d’administration de VW et la justice américaine.

Les dirigeants inquiétés

Les anciens ou actuels dirigeants du groupe ne sont cependant pas à l’abri aux États-Unis. Lundi, les autorités américaines ont pour la première fois inculpé de fraude un des cadres dirigeants de VW, Olivier Schmidt, qui était en 2015 en liaison avec les autorités environnementales aux États-Unis. Surtout, dans son acte d’accusation, le département de la Justice a mis en cause l’équipe dirigeante du groupe à l’époque, assurant qu’elle avait été informée de la supercherie à la mi-2015 mais qu’elle avait décidé de garder le silence. « Au lieu de plaider pour la reconnaissance de l’existence du logiciel truqueur auprès des autorités américaines, la direction exécutive de VW a autorisé qu’elle continue d’être dissimulée », affirme l’acte d’accusation, sans citer toutefois le nom de responsables.

Patron de Volkswagen au moment des faits, Martin Winterkorn avait dû démissionner après le scandale et a été remplacé fin septembre 2015 par Matthias Müller, qui est toujours aux commandes du groupe.

Au salon automobile de Detroit, qui a officiellement ouvert ses portes lundi, le groupe allemand a assuré qu’il ferait face à ses obligations tout en essayant de tourner la page, en se posant en champion de la voiture électrique et en présentant de nouveaux modèles. Il a ainsi dévoilé deux 4x4 urbains : le gros Atlas, fabriqué dans l’usine de Volkswagen à Chattanooga (Tennessee), et un SUV Tiguan plus petit, mais rallongé et pouvant accueillir jusqu’à sept personnes.

VW a aussi une nouvelle fois tiré sur la corde nostalgique en présentant un prototype électrique, l’ID Buzz, qui reprend la silhouette du fameux Combi, symbole « baba-cool ».


Ventes records en 2016

Les livraisons du groupe automobile allemand Volkswagen, au coude à coude avec le japonais Toyota pour la place du numéro un mondial, ont augmenté de 3,8 % à 10,3 millions de véhicules en 2016, un record malgré une image entachée par le dieselgate.

Volkswagen, maison mère de douze marques automobiles dont Audi, Porsche, Seat, Skoda et Bentley, avait dépassé en 2014 pour la première fois de son histoire la barre symbolique des 10 millions de véhicules écoulés, à 10,14 millions d’unités, avant de retomber à 9,93 millions en 2015, affecté par le scandale de ses moteurs diesel truqués et le ralentissement du marché chinois.

Cela avait profité à Toyota, champion du secteur depuis 2008 à l’exception de l’année du séisme de 2011. Mais selon une estimation donnée par le groupe en décembre, le groupe nippon table sur 10,09 millions de véhicules vendus en 2016, ce qui ferait de Volkswagen le nouveau numéro un mondial pour la première fois.

Le pilier des ventes du groupe, la marque généraliste Volkswagen, a enregistré une progression de 2,8 % sur un an avec près de 6 millions de voitures vendues, mais le fabricant haut de gamme Audi et le tchèque Skoda ont également contribué à la bonne performance du géant allemand de l’automobile.