La réforme de la Coupe du monde de soccer est synonyme de gros sous

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, tend le trophée du Mondial des clubs de la FIFA aux joueurs du Real Madrid dans la ville japonaise de Yokohama le 18 décembre 2016.
Photo: Kazuhiro Nogi Agence France-Presse Le président de la FIFA, Gianni Infantino, tend le trophée du Mondial des clubs de la FIFA aux joueurs du Real Madrid dans la ville japonaise de Yokohama le 18 décembre 2016.

Fidèle à son habitude, la FIFA a annoncé mardi que l’élargissement de la Coupe du monde à 48 pays à partir de 2026 est motivé par son désir de rassembler davantage de nations passionnées du ballon rond dans une grand-messe planétaire. Mais comme le souligne le professeur Romain Roult, qui suit de près l’organisation de grands événements sportifs, la nouvelle formule est avant tout une affaire de politique et de gros sous.

« La FIFA [Fédération internationale de football association], comme toute multinationale, essaie d’engranger de nouveaux revenus et d’ouvrir sa compétition phare à de nouveaux pays. Pour elle, c’est une occasion d’aller chercher de nouveaux marchés », explique M. Roult, qui enseigne à l’Université du Québec à Trois-Rivières et qui a participé à la rédaction de Géopolitique de la Coupe du monde de football 2010, un ouvrage publié il y a six ans.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, est parvenu à faire adopter une première grande réforme depuis son entrée en poste il y a moins d’un an : à partir de 2026, le nombre d’équipes qui prendront part à la phase finale de la Coupe du monde passera de 32 à 48. Le tournoi comptera 80 rencontres plutôt que 64 actuellement, mais la compétition s’échelonnera sur le même nombre de jours (32).

 

Joie en Afrique

Cette refonte majeure permettra à plusieurs pays « de rêver », a fait valoir M. Infantino. Les fédérations africaines de soccer ont crié de joie, tandis que l’Association européenne des clubs a dénoncé une décision « prise pour des raisons politiques ». Un point de vue que partage M. Roult.

« Je pense que c’est une manière pour Gianni Infantino d’asseoir son emprise sur la FIFA et d’aller chercher des votes pour une prochaine élection qui n’est pas gagnée d’avance », dit-il. Chaque pays, peu importe sa taille, ayant droit à un vote au moment d’élire le président, le successeur du controversé Sepp Blatter a ainsi acquis d’importants appuis en Asie et en Afrique, précise le professeur.

Des milliards en plus

Une Coupe du monde rassemblant plus de pays, c’est aussi une formidable occasion pour la FIFA d’accroître ses revenus. Selon un rapport confidentiel de la fédération consulté par l’Agence France-Presse, cette formule à 48 équipes permettra à l’organisation de toucher 845 millions de dollars supplémentaires par rapport au tableau de 32 pays, sans compter l’augmentation prévue des revenus provenant des droits de diffusion (667 millions) et du marketing (488 millions).

« Les nouveaux marchés de téléspectateurs, d’auditeurs et de consommateurs potentiels vont sans doute permettre à la FIFA de renégocier à la hausse ses contrats de commandites et de diffusion », résume Romain Roult.

Chaque nouvelle équipe participant au grand rendez-vous planétaire amène en effet avec elle des diffuseurs nationaux qui sont prêts à payer le gros prix pour voir leurs héros sportifs en action et offre une visibilité élargie aux commanditaires internationaux.

Au tour du Canada ?

Reste à voir si la croissance annoncée du nombre d’équipes, qui gonflera inévitablement la facture liée à l’organisation de l’événement, refroidira les ardeurs de certains pays. D’autant plus que plusieurs évoquent une candidature canadienne ou canado-américaine pour la Coupe du monde 2026. La Ville de Montréal a même adopté une stratégie en matière d’événements sportifs qui cible cette fenêtre d’opportunité.

Le professeur Roult estime que la nouvelle formule de la Coupe du monde fera à tout le moins grimper les dépenses pour les villes qui accueillent les équipes et pour les services de sécurité, mais il ne croit pas que les pays hôtes potentiels se feront rares, comme c’est le cas pour les Jeux olympiques.

« Les coûts des Jeux olympiques, en particulier ceux d’été, ont explosé parce que les disciplines sont très variées et que les exigences des fédérations internationales et du CIO [Comité international olympique] sont telles que la ville hôte doit avoir l’équipement dernier cri pour toutes les compétitions. Pour la Coupe du monde, la complexité est beaucoup moins grande », fait-il remarquer.

Si le Canada souhaite accueillir la planète soccer, il devra cependant construire ou rénover ses installations afin d’avoir à sa disposition une dizaine de stades pouvant accueillir plus de 45 000 personnes, observe Romain Roult.

Mardi, le responsable des sports au comité exécutif de la Ville de Montréal, Dimitrios Jim Beis, a fait savoir qu’il est encore trop tôt pour évaluer les répercussions de l’annonce de la FIFA. « L’Association canadienne de soccer sera elle-même appelée à se positionner et à analyser l’impact des changements annoncés par la FIFA. Cela dit, Montréal se dote de tous les outils pour attirer des événements d’envergure et se positionner comme un leader, tant en ce qui concerne les infrastructures qu’en ce qui a trait aux événements qu’elle accueille », a-t-il déclaré.

1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Inscrit 11 janvier 2017 06 h 35

    Un ballon de soccer politique et économique....

    ...à baptiser «Néolibéraliste» ? Il semble fort bien que «si». «Panem et circenses» Oui, cet immense cirque qu'est celui du néolibéralisme avec au coeur de son stade ce nouveau dieu «dollar». Sur www.citoyens-et-francais.fr j'y ai lu ce qui suit: «Manipulation des masses: Du pain et des jeux pour endormir le peuple» Merci au professeur Roult pour sa participation à cet article.
    Incroyables sont les pouvoirs que l'Homme peut accorder à l'argent ! Et que dire des pouvoirs que ce même Homme s'arroge avec et dans son utilisation de son «dieu» !
    Je pense à la réflexion de Jordi Bonnet ornant un des murs du Grand Théâtre de Québec en ce moment.
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.