Des fournisseurs indépendants saluent les intentions du CRTC

Le CRTC a jugé que l’objectif d’une vitesse de 5 Mbit/s en téléchargement et de 1 Mbit/s en téléversement ne suffit plus.
Photo: Djordje Rusic Getty Images Le CRTC a jugé que l’objectif d’une vitesse de 5 Mbit/s en téléchargement et de 1 Mbit/s en téléversement ne suffit plus.

Ayant pris la pleine mesure de la décision du CRTC au sujet de l’accès à Internet à large bande dans les régions mal desservies, des fournisseurs indépendants saluent l’intention d’éliminer le gouffre numérique entre les milieux urbains et ruraux. Même si plusieurs morceaux doivent encore tomber en place, nuance un regroupement d’entreprises de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.

L’annonce de jeudi est un électrochoc : un an et demi après le début des consultations, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes a jugé que l’objectif d’une vitesse de 5 Mbit/s en téléchargement et de 1 Mbit/s en téléversement ne suffit plus. Non seulement a-t-il établi une nouvelle cible 10 fois plus haute, mais il a décrété qu’une connexion rapide constitue maintenant un service essentiel partout au pays, comme aux États-Unis, en Finlande et en Espagne.

Pour financer l’opération, le CRTC compte réorienter le fonds de 100 millions par année qui subventionne le service vocal dans les régions éloignées. En l’augmentant de 25 millions par année jusqu’à ce qu’il atteigne 200 millions, le CRTC veut que 90 % des ménages aient accès à une connexion de 50 Mbit/s d’ici 2021, comparativement à 82 % aujourd’hui. Enveloppe totale : 750 millions, qui s’ajoutent aux 500 millions promis par Ottawa et aux 100 millions du Québec.

Le plan est-il réaliste ? « Ça va dépendre de tous les joueurs », dit Jonathan Holmes, directeur exécutif de l’Association des fournisseurs de télécommunications indépendants (ITPA), qui réunit une vingtaine d’entreprises en Ontario et en Colombie-Britannique. « Pour accéder au nouveau fonds du CRTC, il faudra d’abord que le fournisseur ait une entente de partenariat avec un gouvernement. Ça, c’est un gros morceau dans la route qui nous mènera — ou pas — à l’objectif de 90 % des ménages. »

Nord du Québec

L’inclusion de l’Internet à large bande dans les services de télécommunication de base est une excellente nouvelle, affirme sans hésiter Alfred Loon, président du Réseau de communications Eeyou (RCE), dont la fibre optique déployée au cours des dernières années dessert des communautés cries du territoire d’Eeyou Istchee et des municipalités de la Baie James.

« Nous sommes très heureux », dit M. Loon. Le branchement des communautés éloignées est une tâche complexe à cause de l’immense superficie du territoire et des coûts élevés, précise-t-il. L’organisation à but non lucratif, qui alimente notamment des établissements de santé, des écoles et des conseils de bande, travaille sur un projet visant à brancher des ménages. « Ça renforce notre désir de continuer dans cette direction », dit M. Loon. D’ici trois ans, 3000 foyers pourraient être branchés, et environ 9000 d’ici cinq ans.

Problèmes près des grands centres

En ce moment, presque toute la clientèle des membres de l’ITPA — situés par exemple en bordure du Lac Huron ou à Prince Rupert — a accès à 5 Mbit/s. Un bon nombre a accès à 100 Mbit/s et certains peuvent avoir 1 Gbit/s si la fibre se rend à domicile. Invité à commenter la situation d’un lecteur du Devoir qui se plaint d’une vitesse de 2 Mbit/s à un prix élevé même s’il habite à seulement 1 h 15 au sud de Montréal, M. Holmes raconte que le CRTC a entendu ce genre de situation tout au long des consultations.

« Ça revient tout simplement, pour le fournisseur, à une question de plan d’affaires », dit Jonathan Holmes. « Lorsqu’ils prolongent leur réseau ou ajoutent de la fibre optique, ils doivent penser au retour sur l’investissement et se demander « combien de temps me faudra-t-il pour entrer dans mes frais ? »» Puisque la construction d’un réseau à large bande en milieu rural coûte cher, une entreprise peut parfois choisir d’amortir sa dépense sur plus longue période, c’est-à-dire 10 ans au lieu de cinq.

Au final, le diable pourrait être dans les détails car le CRTC n’a pas encore fourni le portrait définitif des règles qui s’appliqueront. Par exemple, un suivi devra être fait pour le retrait progressif du régime actuel de subvention à la téléphonie et le mécanisme précis du nouveau financement. « Pour l’instant, il est difficile de dire comment les choses vont évoluer », dit M. Holmes. « Je pense qu’il faudra environ un an pour que les choses commencent à se mettre en place. »

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