Deutsche Bank va débourser 7 milliards de dollars pour tourner la page des «subprimes»

Le p.-d.g. de la Deutsche Bank, John Cryan
Photo: Daniel Roland Agence France-Presse Le p.-d.g. de la Deutsche Bank, John Cryan

Francfort — Deutsche Bank va débourser 7,2 milliards de dollars aux États-Unis, soit moitié moins que redouté, pour son rôle dans la crise des subprimes, ce qui constitue un soulagement pour le groupe allemand et l’ensemble de la finance mondiale.

La première banque allemande a annoncé vendredi un accord de principe avec le ministère américain de la Justice sur le paiement d’une amende de 3,1 milliards, auxquels s’ajoutent 4,1 milliards de mesures destinées aux clients, telles que la révision des conditions de prêts déjà accordés.

« Le président John Cryan s’est fait un cadeau de Noël, ainsi qu’à la Deutsche Bank », a réagi l’analyste Ingo Frommen de LBBW bank, résumant le sentiment de soulagement général. La facture est en effet bien loin des 14 milliards de dollars initialement réclamés à Deutsche Bank, accusée d’avoir vendu en toute connaissance de cause entre 2006 et 2008 des crédits immobiliers toxiques convertis en produits financiers (RMBS).

«Source majeure de risque»

L’évocation de cette amende record avait réveillé les craintes à la fois sur la santé du secteur bancaire européen et sur une nouvelle débâcle financière comme celle engendrée en 2008 par la chute de Lehman Brothers. Un plongeon de Deutsche Bank, institut de premier plan présent partout dans le monde et dans presque toutes les activités financières, aurait des conséquences d’une ampleur inconnue pour le secteur. Le FMI avait d’ailleurs qualifié cet été la banque allemande de « source majeure de risque ».

Cela avait aussi ravivé le spectre d’une augmentation de capital ou d’un sauvetage public de l’établissement, qui a seulement mis de côté 5,5 milliards d’euros (7,8 milliards $CAN) pour affronter ses divers problèmes avec la justice. L’action Deutsche Bank était tombée fin septembre à un point bas historique (9,90 euros) avant de regagner du terrain. Vendredi, elle a clôturé en hausse de 0,3 % à 17,81 euros à la Bourse de Francfort, après un début de séance en hausse de plus de 4 %. « La probabilité d’une augmentation de capital à relativement court terme a diminué », note Michael Seufert, analyste de la banque Nord/LB.

Incertitudes

L’accord va certes entamer de 1,17 milliard de dollars le résultat imposable du quatrième trimestre, mais il n’aura pas d’influence substantielle sur le bilan 2016, a assuré la banque. L’agence de notation Standard and Poor’s juge également vendredi que le géant bancaire allemand sera capable d’absorber ces coûts sans mettre en danger son capital ou ses résultats financiers.

Des incertitudes demeurent toutefois, car l’accord n’est pas définitif. « Il reste une possibilité, quoique petite, que l’accord puisse encore échouer, par exemple en cas d’intervention du nouveau gouvernement américain », souligne M. Frommen de LBBW bank. En outre, « la banque continue de faire face à d’autres contentieux », rappelle Standard and Poor’s. Le nom de l’établissement est cité dans près de 8000 litiges dans le monde.

Selon les calculs de l’agence Bloomberg News, Deutsche Bank a déjà dû verser plus de 9 milliards de dollars depuis 2008, notamment pour manipulations du taux interbancaire Libor et pour violation d’embargos américains contre la Syrie et l’Iran.

Confrontée comme ses concurrentes européennes à un environnement de taux bas et à un durcissement de la réglementation bancaire, elle doit en plus mener à bien un vaste plan de restructuration, qui prévoit la supression de 9000 emplois d’ici 2020 sur un effectif mondial de 100 000 salariés.

Crédit Suisse paiera 5,3 milliards

Dans le même dossier des subprimes, la deuxième banque helvétique Crédit Suisse a annoncé avoir convenu de payer 5,3 milliards de dollars dans le cadre d’un accord avec la justice américaine. Elle devra constituer une provision supplémentaire de 2 milliards qui viendra plomber ses comptes du quatrième trimestre.

La Britannique Barclays est pour sa part poursuivie pour son rôle dans la crise des prêts immobiliers toxiques, a annoncé jeudi le département américain de la Justice. Un fait assez inhabituel, la plupart des banques concernées ayant accepté des règlements financiers à l’amiable pour éviter des actions en justice. « Barclays semble […] espérer obtenir un meilleur résultat devant un tribunal », estime Jasper Lawler, analyste chez LCG.

Quatre grandes banques américaines, JPMorgan Chase, Citigroup, Morgan Stanley et Bank of America ont déjà accepté de payer un montant cumulé de 40 milliards pour solder des poursuites liées aux RMBS.