L’Alberta cherche à diversifier son économie

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley
Photo: Jason Franson La Presse canadienne La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley

Alors que l’Alberta tente d’émerger d’une des pires crises économiques de son histoire, la première ministre Rachel Notley multiplie les efforts pour réduire la dépendance de la province au pétrole et aux cycles de croissance et de repli qui caractérisent ce secteur.

Le gouvernement a mis sur pied diverses subventions et mesures incitatives pour attirer les investissements d’un large éventail d’industries. Les critiques ont plutôt réclamé des baisses de taxes et des reports de politiques environnementales pour tenter de stimuler l’économie albertaine, moribonde.

Voici les principaux efforts mis en avant par le gouvernement de la province, dans cinq de ses secteurs clés.

Pétrochimie

Pour encourager un plus grand traitement local de ses ressources énergétiques, la province a mis sur pied un programme pour attirer les entreprises qui transforment le propane en plastique utilisé dans plusieurs produits, des pièces d’automobiles aux billets de banque canadiens.

Le gouvernement a accordé, plus tôt en décembre, 300 millions en crédits de redevances à Pembine Pipeline pour construire une usine de pétrochimie. Le projet devrait créer environ 2250 emplois lors de sa construction, puis 150 autres emplois de façon permanente. Inter Pipeline s’est vu accorder des crédits totalisant 200 millions pour une installation similaire, qui devrait créer 2000 emplois de construction et 95 postes permanents.

Le gouvernement calcule que ces mesures incitatives sont nécessaires pour maintenir la compétitivité, particulièrement avec les États-Unis, mais leurs opposants affirment que plus d’emplois auraient dû être créés étant donné la quantité d’argent public qui a été offerte.

Haute technologie

La plus grande partie de l’industrie albertaine de la haute technologie se concentre sur l’énergie, alors il n’est pas étonnant que ce secteur ait aussi souffert de la crise du pétrole. Le gouvernement tente d’encourager la croissance en présentant une réserve de crédits d’impôt totalisant 90 millions pour les investissements dans le secteur de la technologie. Ce programme sera disponible à compter de l’an prochain.

Le budget annuel d’Alberta Enterprise, une société de la Couronne qui finance les sociétés de capital de risque spécialisées en technologie, sera aussi doublé à 50 millions pour l’exercice financier 2016-2017. Le secteur albertain de la haute technologie en est toujours à ses balbutiements et peu de grands noms ont investi dans la province à part le géant américain General Electric, qui y a établi un centre d’innovation pour le secteur de l’énergie en 2012.

Agriculture

L’agriculture est un pilier de l’économie albertaine depuis un bon moment. Mais la province espère augmenter le traitement des récoltes par l’entremise de programmes comme Alberta Innovates et Agrivalue Processing Business Incubator, qui aide les fermes à développer de nouveaux produits. Ceapro, qui reçoit 2,4 millions de ces programmes, a doublé son personnel à 60 employés. Son usine d’Edmonton procède en outre à une expansion. La société y extrait des ingrédients naturels qui sont utilisés dans plusieurs produits, des crèmes antirides à base d’avoine aux traitements pour les soins de cheveux à base de lupin.

Hempco a annoncé son intention d’ouvrir, au printemps, une installation de 56 000 pieds carrés qui fabriquera des produits au chanvre comestible et emploiera jusqu’à 12 personnes.

Cavendish Farms a pour sa part indiqué qu’elle investirait 350 millions pour effectuer une mise à jour et une expansion de son usine albertaine de traitement de pommes de terre à Lethbridge. La ville et la province se sont déjà engagées à améliorer les infrastructures dans la région.

Films et télévision

L’industrie albertaine du film et de la télévision, qui a dépensé environ 157 millions dans la province l’an dernier, est relativement petite par rapport à celles de l’Ontario et de la Colombie-Britannique. Mais elle pourrait devenir bien plus importante si l’Alberta retirait la limite sur les subventions publiques de 5 millions par production, estime le directeur général de l’association des industries de productions médiatiques de l’Alberta, Bill Evans.

« Nous pourrions doubler la production dès demain si nous pouvions éliminer ce plafond », fait-il valoir. Selon M. Evans, le système actuel — avec un budget total de 37 millions — réussit à attirer les petites productions, mais si la province veut mettre la main sur des mégaproductions, elle devra augmenter les mesures incitatives pour pouvoir rivaliser avec ce que les autres offrent.

Sa voisine la Colombie-Britannique a vu son industrie cinématographique dépenser environ 2 milliards pendant son exercice financier 2014-2015, ce qui comprenait environ 343 millions en crédits d’impôt. En Ontario, les dépenses de cette industrie se sont élevées à 1,5 milliard l’an dernier, tandis que les crédits d’impôt distribués atteignaient 292 millions.

Énergie

Le gouvernement tente d’effectuer une restructuration complète du secteur de l’énergie de la province, une diversification qui pourrait représenter son plus grand défi. Des centrales au charbon devraient être fermées, pendant que se déroulerait la mise en place d’installations d’énergie renouvelable, ainsi que le développement de carburants alternatifs et d’autres mesures de diversification.

Selon la province, ce plan devrait encourager d’importants investissements dans les centrales alimentées au gaz naturel et dans le développement d’environ 5000 mégawatts en énergie renouvelable. Ce dernier élément devrait attirer à lui seul plus de 10 milliards $ en dépenses et créer au moins 7200 emplois.

Le gouvernement a aussi mis en place un comité consultatif pour explorer de nouvelles façons d’utiliser la richesse en énergie de la province, notamment en ce qui a trait à la création d’emplois, plutôt que de simplement l’exporter. Un rapport est attendu vers la fin de l’année prochaine.

7 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 décembre 2016 08 h 04

    Pourquoi exporter du brut ?


    L'Alberta exporte du pétrole brut destiné à être raffiné aillleurs. Pourquoi exporter du brut ? Pourquoi ce pétrole n'est-il pas raffiné sur place ?

    • David Huggins Daines - Abonné 21 décembre 2016 10 h 16

      Il y en a déjà plusieurs raffineries en Alberta, mais effectivement, il semble que le gouvernement Notley se pose la même question pour ce qui a trait a d'autres emplois du pétrole. Espérons qu'il réussira son pari d'investir dans la transformation locale, car c'est aussi bon pour le reste du continent...

  • Bernard Plante - Abonné 21 décembre 2016 08 h 50

    Le Québec à contresens

    Alors qu'au Québec le gouvernement Couillard tente par tous les moyens de nous entrer les projets pétroliers dans la gorge, la province de l'Alberta submergée dans le pétrole cherche des pistes de sortie pour s'en éloigner!

    Couillard, un vrai visionnaire.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 décembre 2016 18 h 04

      Un visionnaire qui enfourche un cheval moribond des cowboys de l'ouest.

    • Linda Vallée - Abonné 21 décembre 2016 20 h 15

      Non, pas un visionnaire... un sauveur!

  • François Beaulne - Abonné 21 décembre 2016 10 h 18

    Efforts louables

    Il faut saluer les efforts louables du gouvernement NPD de Madame Notley de sortir l'Alberta du statut d'économie du tiers monde dans laquelle l'ont acculé les politiques à courte vues de décennies de gouvernements conservateurs.
    Une économie du tiers monde se définit par une dépendance sur l'exportation de ressources naturelles brutes non tranformées. C'est exactement ce qu'est devenue l'Alberta des conservateurs jadis reconnue mondialement pour la qualité de son beouf d'élevage et sa production agricole.
    Quant au prétole sale des sables bitumineux exploité massivement depuis le deuxième choc pétrolier des années 70 qui a propulsé les prix à la hausse, une question revient constamment en tête: pourquoi ne pas le rafiner sur place plutôt que de l'expédier par pipeline pour exportation, au risque de dénaturer à tout jamais les territoires traversés. Si Madame Notley veut attirer l'industrie pétrochimique qui fabrique des dérivés du prétrole il faudra bien qu'il soit raffiné sur place. Ça éviterait les débats existentiels sur la construction des pipelines Emergie Est et autres et la détérioration de l'image de l'Alberta qu'ils sont en voie de provoquer.

  • Pierre Asselin - Abonné 21 décembre 2016 16 h 44

    C'est trop tard !!!

    Aprês avoir juré par le pétrole pendant des décennies , le gouvernement albertain veut diversifier son économie ..........ce même gouvernement qui menace ouvertement le Québec de représailles si pas acceptation du projet Énergie Est .......mais qu'est ce qui se passe pour que le gouvernement albertain sorte de sa torpeur et de son immobilisme .......serait-ce que les albertains s'ouvrent les yeux ......et font pression sur leur gouvernement