Un nouveau piratage massif fragilise Yahoo ! face à Verizon

La p.-d.g. de Yahoo!, Marissa Mayer, n’a pas trouvé la recette pour renouer avec la croissance de l’entreprise.
Photo: Justin Sullivan Agence France-Presse La p.-d.g. de Yahoo!, Marissa Mayer, n’a pas trouvé la recette pour renouer avec la croissance de l’entreprise.

Décidément, la fin de règne de Marissa Mayer à la tête de Yahoo ! s’apparente de plus en plus à un long chemin de croix. Le mercredi 14 décembre, le portail Internet a indiqué avoir été victime d’un nouveau piratage informatique, « probablement » différent de celui révélé fin septembre et qui concernait 500 millions de comptes d’utilisateurs. La portée de cette deuxième cyberattaque est de plus grande ampleur : plus d’un milliard de comptes ont été compromis. Il s’agit du plus important vol de données de l’histoire.

Selon la direction, l’attaque a été menée en août 2013 mais n’a été détectée que très récemment. Ses auteurs ont pu dérober de nombreuses informations personnelles : noms, dates de naissance, adresses électroniques, numéros de téléphone. Ils ont aussi mis la main sur les réponses aux questions de sécurité qui permettent de modifier le mot de passe en cas d’oubli. Mais ils n’auraient en revanche pas récupéré les coordonnées bancaires. La société indique que les utilisateurs touchés vont être avertis et devront changer leur mot de passe.

Ce n’est pas la première fois que Yahoo ! est victime d’un piratage informatique. En 2012, 450 000 comptes avaient déjà été touchés. Mais l’ampleur de ces deux dernières brèches est sans précédent. En mai, le réseau social MySpace avait révélé que 360 millions de comptes avaient été compromis. Quelques jours plus tôt, la plate-forme dédiée aux professionnels LinkedIn reconnaissait que les données de 117 millions de ses membres pouvaient être achetées sur les sites spécialisés.

La révélation de ce deuxième piratage tombe particulièrement mal pour la société de Sunnyvale. Elle est en effet en passe de vendre ses activités Internet à Verizon pour 4,8 milliards de dollars. Annoncée fin juillet, la transaction n’a toujours pas été finalisée. Le premier opérateur mobile américain attend en particulier le résultat de l’enquête interne lancée par Yahoo. « Nous allons étudier l’impact de ce nouvel épisode avant de prendre une décision définitive », a-t-il indiqué mercredi.

Perte d’utilisateurs

Verizon cherchera aussi à savoir si Yahoo ! lui a sciemment caché des informations. Le portail assure qu’il n’avait pas connaissance de ces attaques lorsqu’il a accepté l’offre de rachat. Certes, à cette époque, une enquête interne portant sur un autre piratage potentiel était bien en cours, mais aucune preuve n’avait été trouvée. Le 9 septembre, dans un document adressé au gendarme boursier américain, l’entreprise affirmait ainsi ne pas avoir connaissance de la moindre « faille de sécurité » et d'« accès non autorisé » aux données de ses utilisateurs.

Peu d’observateurs pensent que Verizon va renoncer à mettre la main sur Yahoo ! Ce rachat doit lui permettre d’atteindre une taille critique sur le marché de la publicité en ligne, afin de mieux rivaliser avec Google et Facebook. Mais l’opérateur pourrait renégocier le prix de vente pour tenir compte de l’impact attendu des deux cyberattaques. En septembre, à la suite du premier piratage, Robert Peck, analyste chez SunTrust, tablait sur un rabais compris entre 100 et 200 millions.

À la table des négociations, Verizon pourra mettre en avant les effets de ces révélations sur l’image de marque du portail Internet, qui risque de perdre des utilisateurs. Or, le service de courriers électroniques constitue son principal atout, en rendant captifs une grande partie de ses membres. En outre, Verizon devra prendre à sa charge les coûts liés à la vingtaine d’actions en justice lancées ces trois derniers mois.

Relance ratée

Recrutée en juillet 2012, Mme Mayer avait pour mission de relancer le pionnier du Web, en perte de vitesse depuis des années. Si elle est parvenue à stopper l’hémorragie du chiffre d’affaires, l’ancienne employée de Google n’a en revanche pas trouvé la recette pour renouer avec la croissance. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Mme Mayer a en effet mené de nombreuses acquisitions et lancé de nouveaux services. Elle a aussi tenté de réorienter la société vers la vidéo, le mobile, la publicité en ligne et les réseaux sociaux.

Mais la majorité de ses paris ont échoué, à l’image de Tumblr, le réseau social racheté pour 1,1 milliard en 2013. Depuis, sa valeur a été dépréciée à hauteur de 712 millions. Le coup de grâce est intervenu fin 2015 lorsque Yahoo ! a abandonné un projet de scission de sa participation dans Alibaba, réclamé par de nombreux investisseurs. Une fois l’opération écartée, le démantèlement de la société n’était alors plus qu’une question de mois. L’avenir de Mme Mayer reste encore inconnu.

Des Canadiens demandent un action collective

Toronto —  Des Canadiens dont les informations personnelles pourraient avoir été volées lors d’une faille informatique de Yahoo demandent une action collective de 50 millions contre le géant internet. Un cabinet d’avocats établi à Toronto affirme que l’avis de demande en justice a été déposé vendredi. L'action collective comprendra des Canadiens dont les données d’utilisateurs ont été volées ou dont les comptes ont été piratés. La représentante des demandeurs utilisait Yahoo pour sa correspondance électronique. Cette demande d'action collective survient après le dépôt d’une requête similaire aux États-Unis.