L’utilisation des technologies vertes est infime au Canada

Au Québec, les technologies vertes le plus souvent utilisées concernent la gestion des déchets ou des émissions atmosphériques.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Au Québec, les technologies vertes le plus souvent utilisées concernent la gestion des déchets ou des émissions atmosphériques.

Le premier portrait exhaustif de l’utilisation des technologies de pointe au Québec publié jeudi par l’ISQ démontre que le recours aux technologies vertes demeure marginal à travers le Canada, et particulièrement au Québec.

Les données compilées par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), qui proviennent de l’Enquête sur les technologies de pointe 2014 menée par Statistique Canada, indiquent que moins de 10 % des entreprises canadiennes de dix employés et plus utilisent au moins une technologie de pointe verte. Les entreprises ontariennes font légèrement mieux (12 %), tandis que les compagnies québécoises tirent de l’arrière (6 %).

Au Québec, les technologies vertes le plus souvent utilisées concernent la gestion des déchets ou des émissions atmosphériques. Les entreprises des secteurs du pétrole et du charbon et de la fabrication de papier se distinguent avec des taux d’utilisation dépassant les 20 %.



Question d’argent

« L’obstacle le plus fréquent chez les entreprises qui utilisent les technologies vertes est d’ordre financier », indique le rapport de l’ISQ, qu’il s’agisse du faible retour sur investissement ou encore de la longue période de recouvrement de l’argent dépensé.

Une étude publiée en juillet dernier par le MIT Energy Initiative a en quelque sorte confirmé les craintes financières des entreprises en démontrant que des firmes de capital de risque qui ont investi 25 milliards de dollars américains dans des entreprises du domaine des technologies propres entre 2006 et 2011 ont perdu la moitié de leur argent.

Fait intéressant, la résistance des employés, qui est citée comme le principal obstacle lorsqu’il est question d’implanter d’autres types de technologies de pointe, ne représente pas un défi majeur pour l’utilisation des technologies vertes.

Bonne performance

L’étude publiée par l’ISQ indique néanmoins que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le Québec fait bonne figure en matière d’utilisation des technologies de pointe.

Le rapport sépare les différentes technologies de pointe en quatre catégories : logistique, conception et fabrication, informatique décisionnelle et technologies vertes.

Si le Québec accuse un retard dans la dernière catégorie, il surpasse légèrement le Canada dans les trois autres et fait mieux que l’Ontario dans deux catégories.

« Pour une fois, ça va plutôt bien au Québec. On n’a pas de différence significative avec l’Ontario et le reste du Canada. Les technologies de pointe sont utilisées dans des proportions semblables et le Québec n’est pas en retard par rapport aux autres », observe Marianne Bernier, économiste à l’ISQ et auteure du rapport.

Document de référence

En utilisant les données de Statistique Canada, l’ISQ est parvenue à publier le rapport le plus complet réalisé à ce jour au sujet de l’utilisation des technologies de pointe au Québec.

Statistique Canada avait réalisé une enquête à ce sujet en 2007, mais seulement auprès d’entreprises du secteur manufacturier. « C’est la première fois qu’on a accès à des données sur autant de secteurs industriels au Québec », précise Mme Bernier.

L’utilisation des technologies de pointe devrait s’accélérer au cours des prochaines années, et le bulletin d’information publié jeudi par l’ISQ se veut rassurant. « Bien que les obstacles soient nombreux pour l’adoption des technologies de pointe, que ce soit le manque de formation des employés ou la difficulté à intégrer ces nouvelles technologies aux systèmes, normes et processus existants, plusieurs entreprises qui utilisent des technologies de pointe affirment n’avoir rencontré aucun obstacle », écrit-on.


Quelques technologies sous la loupe

Le rapport de l’ISQ démontre que l’utilisation de plusieurs technologies émergentes demeure très limitée au Québec. C’est notamment le cas de la fabrication additive (ou impression 3D) : 1,4 % des entreprises québécoises sondées y ont recours pour les plastiques, 0,7 % pour les métaux et 0,6 % pour des matériaux autres que les plastiques et les métaux. Ces proportions augmentent légèrement lorsqu’on isole le secteur de la fabrication (3,4 %). Il en va de même pour les drones, qui ne sont utilisés que par 0,5 % de l’ensemble des entreprises. Cette technologie est cependant plus répandue dans celles du secteur de la fabrication de produits du pétrole et du charbon (5,6 %) et des services publics (3,4 %).