L’autopublication des avis publics par les villes inquiète des entreprises de presse

La perte du revenu des avis publics inquète les entreprises de presse.
Photo: Istock La perte du revenu des avis publics inquète les entreprises de presse.

Le projet de loi qui permettrait aux villes de publier leurs avis publics en ligne, sans passer par les journaux comme l’exigent les règles actuelles, inquiète les entreprises de presse écrite, qui craignent une baisse notable de leurs revenus de même qu’une diminution de la transparence.

Présenté la semaine dernière, le projet de loi 122, qui confère aux municipalités un statut de gouvernement de proximité, prévoit qu’une ville pourrait « déterminer les modalités de publication de ses avis publics » et que son règlement « doit prévoir une publication sur Internet ». Le texte ajoute que le gouvernement pourrait « fixer des normes minimales » à cet effet.

 

« Il n’y a personne qui va aller voir les avis publics sur les sites des municipalités »,laisse tomber le directeur général d’Hebdos Québec, Gilber Paquette, dont l’organisation regroupe 31 hebdos indépendants francophones. « Cette information-là doit être poussée vers le public, et non l’inverse. Il y a un enjeu de transparence, mais aussi de revenus. »

Revenus de 20 millions

Pour les journaux du Québec, la publication d’avis publics génère dans l’ensemble des revenus d’environ 20 millions, selon M. Paquette, ce qui représenterait de 0,1 % à 0,25 % du budget d’une ville moyenne. « Les avis publics, c’est ce qui informe les gens, par exemple, d’un changement de zonage, et dans les petites localités, ce sont souvent des enjeux majeurs. C’est la seule façon pour le public de prendre connaissance de ça et de manifester son opposition », dit M. Paquette.

Les inquiétudes ont débuté à l’automne 2014 après la publication d’un article d’ICI Radio-Canada dans lequel on apprenait qu’une dizaine de villes de la Montérégie ne souhaitaient plus être soumises à cette obligation et qu’elles l’avaient fait savoir au ministère des Affaires municipales. L’argument avancé à l’époque reposait sur la nécessité de réaliser des économies.

Chez Transcontinental, qui compte une centaine d’hebdos, on estime que l’impact sera « négatif et matériel », selon son vice-président aux finances, Donald LeCavalier. « Ça va à contresens de nos demandes actuelles » pour une aide aux médias imprimés qui font la transition vers le numérique, a-t-il dit en entrevue, une référence à la Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec, à laquelle appartient également Le Devoir.

Le Devoir a effectué une demande d’information auprès du cabinet du ministre des Affaires municipales afin d’obtenir des détails concernant la mise en application éventuelle de ce projet de loi.

Le pouvoir de choisir

Le coût annuel de la publication des avis publics serait plutôt de 5 à 10 millions par année, a affirmé le porte-parole de l’Union des municipalités du Québec, Patrick Lemieux. Les villes devant équilibrer leurs budgets, il serait normal qu’elles puissent déterminer le canal de leur choix afin de respecter la capacité de payer de leurs citoyens, selon l’UMQ, qui croit que bon nombre de villes continueront quand même de faire affaire avec les journaux.

Dès 2014, la section montérégienne de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) avait dénoncé le souhait des villes de la Montérégie en faisant valoir que les journaux représentent la meilleure façon d’informer la population et que, « si le gouvernement adopte la demande des municipalités, cela pourrait mettre en péril la survie de certains hebdomadaires », car ceux-ci se financent uniquement par la publicité.

« Les journaux, ce sont des quotidiens et des hebdomadaires qui créent une habitude et une fréquentation régulière chez l’ensemble de la population, ce qui maximise la visibilité de l’avis public »,dit le propriétaire du Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon, dont l’entreprise regroupe Le Soleil, Le Droit, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste et Le Quotidien. « On est dans un univers de transparence, on ne parle que de ça. »

L’autopublication des avis publics arrive au moment où les budgets publicitaires des deux ordres de gouvernement « se désengagent de nos plateformes, ajoute M. Cauchon. On n’est pas seulement papier, on est multiplateforme, mais malgré cela, ils vont sur d’autres plateformes. Pour ajouter à ça, ils vont nous enlever les avis publics, à l’encontre d’une logique actuelle qui prêche pour une transparence accrue. Je me dis qu’il doit y avoir une solution heureuse pour nous dans le prochain budget, c’est ce à quoi je m’accroche. »