Bill Gates met 1 milliard au service de la planète

Bill Gates a réuni de riches investisseurs autour du projet.
Photo: Kamil Zihnioglu Associated Press Bill Gates a réuni de riches investisseurs autour du projet.

Le nouveau fonds d’investissement consacré aux énergies propres lancé lundi par un groupe de milliardaires mené par Bill Gates arrive à point, avec l’élection de Donald Trump, et donnera une impulsion au secteur des technologies vertes à l’échelle planétaire, selon la fondatrice et associée directeure de Cycle Capital Management, Andrée-Lise Méthot.

Le fondateur de Microsoft a officiellement mis sur pied lundi Breakthrough Energy Ventures, un fonds d’investissement doté de plus d’un milliard de dollars qui financera « des percées scientifiques qui ont le potentiel de produire de l’énergie propre, fiable et abordable pour l’ensemble de la planète ».

Pour concrétiser cette initiative évoquée pour la première fois il y a un an, M. Gates a réuni de riches investisseurs qui se passent de présentation : le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, la vedette du monde de la finance George Soros et l’homme d’affaires Richard Branson, entre autres.

Pour toute la planète

« C’est une très bonne nouvelle pour l’ensemble du secteur des technologies propres et pour le climat, se réjouit Mme Méthot. Ça veut dire qu’ils vont financer des innovations de partout dans le monde. Avec des sommes pareilles, ça va s’adresser à tous les joueurs mondiaux. »

« C’est très bien pour nous parce qu’on va pouvoir essayer de les convaincre d’investir dans nos entreprises », ajoute-t-elle. Cycle Capital Management investit au Québec et ailleurs en Amérique du Nord dans des entreprises qui développent et commercialisent des technologies propres. Son actif sous gestion s’élève à 230 millions de dollars.

Mme Méthot ne croit pas que le lancement du nouveau fonds d’investissement soit directement lié à l’élection de Donald Trump, mais elle juge néanmoins qu’en s’affichant maintenant, les milliardaires « envoient un message très fort » au président désigné qui ne cache pas son penchant pour les énergies fossiles.

Cela dit, la fondatrice de Cycle Capital Management ne s’inquiète pas trop de l’arrivée du républicain à la Maison-Blanche. « Les faits sont têtus et M. Trump va s’en rendre compte, dit-elle. Il peut bien dire ce qu’il veut, mais la mise en place d’une économie décarbonisée est une chose réelle. »

Elle fait par exemple remarquer que la production d’électricité avec un parc éolien de grande envergure coûte aujourd’hui 4 ou 5 cents le kWh, comparativement à environ 12 cents le kWh avec une centrale au charbon.

Le Canada en retard

Le nouveau fonds d’investissement pourrait bénéficier à des entreprises canadiennes, mais cette contribution ne changerait sans doute rien au retard qu’accuse le Canada en matière de commercialisation de ses innovations.

Une étude publiée la semaine dernière par Cycle Capital Management et Technologies du développement durable Canada (TDDC) a démontré que le nombre de publications scientifiques canadiennes consacrées aux technologies propres représente 15 % des publications américaines. « On publie une fois et demie notre poids, compte tenu de la taille de notre population, explique Mme Méthot. Nous sommes très bons pour publier nos idées, mais nous sommes moins bons pour les protéger. »

Pour 1000 publications liées aux technologies propres, le Canada enregistre 16 « familles de brevet », soit bien moins que les États-Unis (37) ou la Chine (239), énumère-t-elle.

« Je ne dis pas qu’il faut instrumentaliser la recherche, conclut Mme Méthot. Mais lorsque la recherche est appliquée et qu’elle peut devenir une innovation réelle, elle doit être protégée. »

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 13 décembre 2016 02 h 07

    Au ciel un jour j'irai

    Oh! commence-il a avoir peur, les nouveaux moyens de communications ont ils exacerbé certains aspects de l'humain qu'il déplorent, l'imagination débridée serait elle une tare, au ciel un jour j'irai, enfin je ne serai plus la, pour m'en rende compte

  • Raymond Lutz - Inscrit 13 décembre 2016 06 h 26

    Et le pétrole, lui, qui va l'aider?

    Nous tous, pardi! Et pas juste avec une cagnotte de 1 milliard (qui va être siphonnée assez vite, merci). Nos gouvernements donnent 450 milliards À CHAQUE ANNÉE aux industries pétrolières [CBC, nov. 2015].

    Ça met les choses en perspective...

  • Jean Duchesneau - Abonné 13 décembre 2016 10 h 50

    Quelle comparaison?

    Le fonds de 1 milliard en question sert à la recherche et développement pour la production d'énergie verte alors que les 450 milliards dont vous parlez correspondent à la dépense de consommation du pétrole. Ce qui est encourageant à l'échelle mondiale c'est l'augmentation constante des dépendes de consommation en énergies propres et cette progression est tributaire des efforts en recherche et développment. L'ombre au tableau, à cause de l'augmentation globale des besoins énergétiques, la consommation de pétrole n'est pas globalement à la baisse.

    • Raymond Lutz - Inscrit 14 décembre 2016 11 h 13

      Pardon? "Dépenses de consommation"? Confondez-vous vraiment le revenu des ventes de pétrole avec le montant global des subsides? Nos gouvernements leur DONNENT (sous forme de crédits d’impôt, subventions et aides financières diverses) 450 G$ par année. Montant que les actionnaires pétroliers mettent dans leur poche, EN PLUS des profits associés à la vente. (Désolé pour les majuscules).

      Tant qu'à donner des comparatifs, en voici d'autres.

      En 2015 globalement 11 G$ (US) ont été dépensés en R&D pour les énergies renouvelables et 31 G$ pour la R&D en forage et traitement d'hydrocarbures non-conventionnels. Le fond de 1 G$ de Gates (qui distribuera, quoi, 0.1 G$ par année?) est donc négligeable et constitue une non-nouvelle qui vient polluer notre compréhension.

      Sources: "Global Trends in Renewable Energy Investment 2016" Frankfurt School of Finance & Management; "The Global Innovation 1000: Comparison of R&D Spending", PwC Strategy&

  • Pascal Barrette - Abonné 13 décembre 2016 14 h 07

    Un vent d'espoir

    Cette nouvelle de Karl Rettino-Parazelli et celle de François Desjardins, «Le désinvestissement des énergies fossiles continue de faire des adeptes», les deux apposées l’une à l’autre soufflent en ces temps sombres un vent d’espoir. Bien vu, Le Devoir!

    Pascal Barrette, Ottawa