Le désinvestissement des énergies fossiles continue de faire des adeptes

Le mouvement de désinvestissement a d’abord été mis en avant par des institutions pour des impératifs moraux, mais la deuxième vague mentionne également des risques financiers.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le mouvement de désinvestissement a d’abord été mis en avant par des institutions pour des impératifs moraux, mais la deuxième vague mentionne également des risques financiers.

Le mouvement en faveur du désinvestissement des énergies fossiles est plus vaste que prévu : l’actif des investisseurs institutionnels et individuels qui veulent retirer leurs billes se situe à plus de 5000 milliards de dollars américains, selon une nouvelle estimation.

Un an jour pour jour après la fin de la conférence climatique de Paris, l’organisation DivestInvest rapporte que 688 institutions et 58 000 personnes souhaitent aujourd’hui réduire ou annuler leurs positions dans des entreprises du secteur des combustibles fossiles.

« Les régimes de retraite et les sociétés d’assurances représentent maintenant les plus gros secteurs souhaitant se désinvestir, ce qui reflète une augmentation des risques financiers et fiduciaires associés à l’investissement dans les énergies fossiles dans un monde qui veut limiter le réchauffement à deux degrés », a écrit l’organisme dans une troisième mise à jour annuelle de ses données.

L’an dernier à pareille date, le mouvement comptait 500 investisseurs dont l’actif s’élevait à 3400 milliards.

La provenance des investisseurs se ventile comme suit : organisations religieuses (23 %), fondations philanthropiques (23 %), gouvernements régionaux (17 %), institutions d’enseignement (14 %), régimes de retraite (12 %), organisations non gouvernementales (6 %), gestionnaires privés (3 %), établissements de santé (2 %).

Le rapport mentionne d’entrée de jeu l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, au terme d’une campagne où le nouveau politicien a exprimé le souhait de retirer les États-Unis de l’accord conclu à la fin de la conférence climatique de Paris en décembre 2015. Cet accord, que même des entreprises comme ExxonMobil estiment pertinent, est entré en vigueur au début du mois de novembre.

Rôle financier

Selon DivestInvest, qui agit comme le carrefour d’une multitude de campagnes en faveur du désinvestissement, le rôle joué par les mouvements de capitaux pourrait prendre de l’ampleur dans la transition énergétique si jamais l’administration Trump imprimait un changement important dans la politique climatique américaine.

« Bien que l’élection de Donald Trump remette en question les engagements des États-Unis concernant la réduction des émissions, cela n’affecte pas les changements structurels plus larges qui éloignent le secteur énergétique des combustibles fossiles », a écrit l’organisme.

Double motif

Le mouvement de désinvestissement, cousin de l’investissement durable, a d’abord été mis en avant par des institutions pour des impératifs moraux il y a quelques années, mais la deuxième vague mentionne également des risques financiers. L’argumentaire repose sur une baisse de valeur de ces actifs au fur et à mesure que le monde prend les moyens d’une transition vers des énergies renouvelables. Au Canada, la campagne s’est déroulée notamment sur les campus, dont ceux de McGill et de Concordia.

Le désinvestissement n’équivaut pas nécessairement à un retrait total et immédiat. Le rapport rappelle qu’il peut d’abord consister à exclure des entreprises qui tirent une majorité de leurs revenus des sables bitumineux ou du charbon, par exemple, et ensuite ratisser plus large dans le secteur. La méthodologie de DivestInvest a consisté à recenser tous les investisseurs ayant publiquement affirmé leur désir de se désinvestir.

Souvent, de grands investisseurs institutionnels refusent les appels au désinvestissement pur et simple en faisant valoir le dialogue qu’ils peuvent entreprendre avec les entreprises du secteur. Cette position est celle de la Caisse de dépôt et placement, pour ne nommer que cette institution.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 13 décembre 2016 03 h 00

    On investit moins dans des projets à propos desquels le ministre fédéral responsable évoque la possibilité de faire intervenir les forces policières et l'armée.

    Un jour prochain, la Caisse de dépôt et de placement du Québec retirera tranquillement elle aussi ses billes. Elle le fera principalement pour des raisons financières et d'acceptabilité sociale locale, nationale et internationale, l'industrie des sables bitumineux et des oléoducs ayant énormément d'appuis et d'argent pour se maintenir. Ces industries ont et auront de plus en plus de difficultés à remplacer les anciens oléoducs par de nouveaux beaucoup plus gros. Il leur sera encore plus ardu d'entretenir un matériel existant de plus en plus gros et un jour ou l'autre, vétuste, décrépit et défectueux.