BMPS, la troisième banque d’Italie, dans la tourmente

La Monte, symbole de la crise bancaire en Italie, a affiché les pires résultats aux tests de résistance publiés fin juillet par l’Autorité bancaire européenne.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse La Monte, symbole de la crise bancaire en Italie, a affiché les pires résultats aux tests de résistance publiés fin juillet par l’Autorité bancaire européenne.

Milan — La BMPS, troisième établissement financier italien, se retrouvait vendredi dans une situation délicate après une décision de la Banque centrale européenne (BCE) qui risque d’aggraver la crise bancaire en Italie, par ailleurs en pleine crise politique.

La Monte dei Paschi di Siena (BMPS), plus vieille banque du monde, est le maillon faible du système bancaire italien, dont la fragilité inquiète déjà les marchés. La banque italienne avait demandé à la BCE mercredi, le même jour que la démission du chef du gouvernement Matteo Renzi, un délai jusqu’au 20 janvier — au lieu du 31 décembre — pour mener une augmentation de capital, un des éléments clés de son plan de sauvetage. Mais ce délai a été refusé vendredi par la Banque centrale européenne, selon des sources financières anonymes, citées par des agences de presse italiennes.

Interrogées par l’AFP, BMPS — dont un conseil d’administration se tenait en fin de journée — et la BCE se sont refusées à tout commentaire sur cette information, qui pourrait encore aggraver la crise bancaire dans la péninsule. Conséquence : le titre de la banque a fini en recul de 10,6 % à 19,5 euros.

Une telle décision compromettrait le plan de sauvetage de la BMPS qui prévoit un recours au marché pour son augmentation de capital. Elle se dirigerait alors vers un soutien de l’État. Mais celui-ci inclurait une mise à contribution des détenteurs de titres, ce que l’État italien voudrait limiter au maximum. Le sauvetage de quatre petites banques italiennes avait entraîné l’an dernier des pertes lourdes pour des petits épargnants, provoquant manifestations et au moins un suicide, et le gouvernement veut éviter la répétition d’un tel scénario.

Symbole de la crise

La Monte, symbole de la crise bancaire en Italie, a affiché les pires résultats aux tests de résistance publiés fin juillet par l’Autorité bancaire européenne. Pour redresser la situation, BMPS, dont le titre a chuté de plus de 80 % depuis début 2016, a lancé un vaste plan de sauvetage prévoyant la cession de 27,6 milliards (38,4 milliards $CAN) de créances douteuses — ces prêts non remboursés dont le risque est très élevé qu’ils ne le soient jamais — et une augmentation de capital pouvant aller jusqu’à 5 milliards d’euros.

Le premier acte de ce plan, une opération de conversion volontaire d’obligations en actions, a déjà permis de récolter plus d’un milliard d’euros. Mais il reste 4 milliards d’euros à trouver.

L’augmentation de capital proprement dite devait être lancée mercredi ou jeudi derniers, selon le plan annoncé par son patron, Marco Morelli, en novembre. Mais l’instabilité politique générée par la démission de M. Renzi, après la victoire dimanche du non au référendum constitutionnel, a changé la donne : celle-ci a refroidi les potentiels investisseurs, dont le fonds du Qatar Qia. D’où le délai réclamé par la banque dans l’attente d’un nouveau gouvernement, afin de rassurer ces investisseurs.

Mais 20 jours supplémentaires n’auraient « rien changé », d’après Carlo Alberto Carnevale Maffè, professeur à l’Université Bocconi de Milan, qui évoque une « décision correcte [de la BCE] car l’Europe doit faire respecter les règles » pour « crédibiliser » l’Union bancaire. Interrogé par l’AFP, il a souligné que la BMPS n’était « pas en faillite », mais avait « besoin d’être renforcée » : « elle a une rentabilité opérationnelle acceptable, mais a un problème de capital » à cause des créances douteuses.

Le système bancaire italien dans son ensemble est dans l’oeil du cyclone, en raison de son éclatement avec la présence de quelque 700 établissements différents et de l’importance des créances douteuses dans son portefeuille (360 milliards d’euros, soit près d’un tiers de la zone euro). Depuis le début de l’année, l’indice des banques italiennes a perdu près de 50 % à la Bourse de Milan.