Les ménages sans enfant ont besoin d’un coup de pouce

Le soutien minimal aux ménages sans enfant (et sans revenu) couvre aujourd’hui à peine plus de 50 % de la mesure de faible revenu, un seuil inférieur aux années 2000.
Photo: Andrey Popov Getty Images Le soutien minimal aux ménages sans enfant (et sans revenu) couvre aujourd’hui à peine plus de 50 % de la mesure de faible revenu, un seuil inférieur aux années 2000.

Si le gouvernement décidait de mettre en place des mesures pour augmenter le soutien minimal de l’État, il devrait prioriser les ménages sans enfant, selon une nouvelle étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Cet avis part du constat selon lequel les gouvernements successifs, de 2000 à 2016, ont eu tendance à fortement orienter le renforcement du soutien vers les ménages avec enfants, observent le professeur Luc Godbout et la chercheuse Suzie St-Cerny.

« Les ménages sans enfant sont ceux qui sont le plus loin de la mesure du seuil de pauvreté, selon la mesure du panier de consommation », a dit M. Godbout, qui a présenté l’analyse avec sa collègue jeudi midi au campus de Longueuil. La MPC est une mesure de faible revenu qui découle du coût d’un panier de biens et services de base.

Par exemple, en 2016, souligne l’étude, le soutien minimal de l’État pour les ménages sans revenu est de :

  • 29 264 $ pour un couple avec deux enfants (+44,2 % depuis 2000);
  • 20 464 $ pour une famille monoparentale avec un enfant (+28,8 %);
  • 9192 $ pour une personne seule (+7,3 %);
  • 13 355 $ pour un couple sans enfant (+1,7 %).

À peine la moitié

À ce niveau, cela signifie que le soutien minimal aux ménages sans enfant (et sans revenu) couvre aujourd’hui à peine plus de 50 % de la MPC, un seuil inférieur aux années 2000. Chez les autres ménages sans revenu, le soutien minimal couvre plus de 80 % de la MPC.

Par ailleurs, dans les ménages à salaire minimum, les gains les plus importants par rapport à l’an 2000 ont également été faits par les ménages avec enfants. La situation par rapport à la MPC est moins critique : dans les quatre familles types, le soutien couvre présentement plus de 100 % de la MPC.

Pas de recommandations

L’étude n’avance pas de recommandations sur les façons de procéder ou sur l’arrimage de nouvelles mesures avec celles déjà en place, notamment au niveau fédéral. Mais elle survient au moment où un comité d’experts se penche sur la question d’un revenu minimum garanti à la demande de Québec.

« Le principal défi dans la mise en place d’un revenu minimal n’est pas sa pertinence, mais la transformation du système en place qu’un tel changement nécessite, écrivent M. Godbout et Mme St-Cerny. Au-delà des embûches, il faut dire que la réflexion mérite d’être menée. »

De plus, une campagne pour un salaire minimum de 15 $ l’heure fait beaucoup de bruit depuis quelques mois, bien que celle-ci ratisse plus large en faisant valoir la nécessité de connaître son horaire cinq jours à l’avance et le besoin d’avoir 10 jours de congés payés par année.

Le salaire minimum est présentement de 10,75 $ au Québec, suivant une hausse de 20 ¢ au printemps dernier.

2 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 9 décembre 2016 13 h 09

    L’essentiel, c’est le revenu disponible.


    Le salaire lui, qui est une référence commune primaire, dit et informe dans les faits de bien de peu de chose sur la position de chacun sur l’échiquier social financier.

    A ce titre cette étude est le bienvenue dans ce débat car elle permet de mettre en lumière les redistributions de richesse faites par l’État, qui en principe sont les plus justes parce qu’elles passent par la progressivité des taxes et impôts. Ce que ne fait pas du tout une augmentation salariale qui elle passe par le libre commerce, particulièrement pour les faibles revenus qui sont très concentrés dans le commerce de détails.

    Une fois que l’on sait que la personne seule au salaire minimum paye 10.6% d'impôt sur les 22,360$ que procure les 40 heures de travail/semaine au salire minimum on se doit de savoir aussi que le point zéro impôt est a 18,000$ (0.8% d’impôt 2015). Il faut savoir la chose parce que bien des gens à ces bas revenus ne travailent pas 40h/sem.

    Ainsi de 18,000$ à 22,000$ les 4,000$ supplémentaires n’ajouteront que 1,821$ de revenu disponible. Donc 55.5% iront du coté de l’État…

    Cela indique on ne peut plus clairement que l’idée d’augmenter le salaire minimum est aussi une idée d'augmenter les revenus de l’État par retrait de soutient aux moins nantis.

    Le Centre québécois de formation en fiscalité, cqff.com, utilise les mêmes méthodes calcule que l’étude ici, et donne des présentations graphiques et chiffrés de l’effet de la fiscalité et soutient de l’État.

    Graphique, salaires, impôts et revenu réel pour une personne seule,
    http://www.cqff.com/claude_laferriere/courbes2015/

    En chiffres (ils sont nombreux…),
    http://www.cqff.com/claude_laferriere/tableaux2016

    Base de données offert par le Centre, qui fait travail remarquable et salutaire pour une meilleure compréhension des relations financières entre l'état et ses citoyens,

    http://www.cqff.com/claude_laferriere/accueil_cour

    Et l’étude de la Chaire en fisc