Des magasins sans caisses bientôt près de chez vous?

Les magasins sans caisses peuvent en effet permettre à Amazon de recueillir de précieuses données sur les habitudes de consommation de ses clients.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les magasins sans caisses peuvent en effet permettre à Amazon de recueillir de précieuses données sur les habitudes de consommation de ses clients.

Amazon a fait tourner bien des têtes en annonçant lundi qu’elle ouvrira un premier magasin sans caisses aux États-Unis au début de 2017. Le concept devra faire ses preuves, mais il ne tardera pas à traverser la frontière pour se répandre au Québec, estime la professeure de marketing JoAnne Labrecque.

« C’est le genre de technologie qui va devenir incontournable au fil des ans, affirme Mme Labrecque, qui enseigne à HEC Montréal. Je n’ai pas l’impression que ça va tarder. »

Le nouveau concept dévoilé par Amazon, « Amazon Go », est résumé dans une vidéo diffusée lundi : vous entrez dans le magasin en utilisant l’application mobile de la compagnie américaine, vous prenez les produits que vous désirez et vous partez sans attendre en ligne pour passer à la caisse. Votre téléphone enregistre chacun de vos articles et procède automatiquement au paiement à votre sortie.

Le géant du commerce électronique explique que sa technologie s’apparente à celle qu’utilisent les voitures autonomes. Elle s’appuie notamment sur l’intelligence artificielle et sur un système de capteurs qui vous permettent par exemple de choisir un produit, puis de le reposer sur la tablette si vous changez d’idée, sans qu’il s’ajoute à votre facture.

Un début

Le premier magasin sans caisses, situé à Seattle, est déjà utilisé par les employés d’Amazon et sera ouvert au grand public au « début de 2017 », indique la compagnie, sans donner plus de détails.

Il s’agit sans aucun doute d’un début pour Amazon, puisque des documents internes obtenus récemment par le site spécialisé Business Insider révèlent que la compagnie a l’intention d’ouvrir 20 magasins au cours des deux prochaines années et jusqu’à 2000 à travers les États-Unis au cours de la prochaine décennie.

Ces nouveaux magasins physiques n’utiliseront sans doute pas tous la technologie Amazon Go, puisque d’autres concepts sont également mis à l’épreuve par l’entreprise, mais il y a fort à parier que le paiement sans caisses s’étendra à plusieurs succursales.

Prochaine étape

Selon la professeure JoAnne Labrecque, la vitesse avec laquelle ce type de technologie se démocratisera dépendra de la fiabilité du système et de son acceptabilité sociale. « Ces technologies-là sont très attrayantes, mais en tant que client, il faut mesurer les impacts […] sur la confidentialité de nos informations et notre propension à dépenser. […] Ça devient tellement facile que tu n’as plus l’impression que tu achètes quelque chose. »

Les magasins sans caisses peuvent en effet permettre à Amazon de recueillir de précieuses données sur les habitudes de consommation de ses clients, par l’entremise du téléphone intelligent, pour ensuite ajuster son offre ou faire du marketing ciblé.

Mme Labrecque croit que les inquiétudes concernant les nouveaux modes de paiement électronique se dissipent peu à peu, de sorte qu’après le paiement par contact — avec votre carte de crédit, votre téléphone ou votre montre intelligente —, le paiement sans caisses devrait s’imposer comme la manière la plus efficace d’améliorer l’expérience de l’acheteur.

« C’est certain que des joueurs commencent à regarder ça au Québec, dit-elle. Il faut faciliter de plus en plus l’achat en magasin, parce que le consommateur a le choix d’acheter en ligne en un seul clic. »


Grands joueurs à l’affût  


Chez Sobeys, qui est notamment propriétaire des marchés IGA, Tradition et Rachelle-Béry, la porte-parole Anne-Hélène Lavoie soutient que la compagnie est intéressée par les nouvelles technologies, sans en dire plus sur ses intentions. « On observe. On suit toujours ce qui se fait un peu partout, explique-t-elle. Je ne vous le cacherai pas, notre but est de gagner de l’efficacité dans le processus de paiement. »

Du côté de Loblaw, qui chapeaute les enseignes Loblaws, Maxi et Provigo, on refuse d’indiquer si le concept des magasins sans caisses est dans la ligne de mire du groupe, ou si on y travaille déjà. « Il s’agit malheureusement d’informations stratégiques que nous ne pouvons dévoiler, mais sachez que nous sommes toujours à la recherche de moyens d’innover et de bien servir notre clientèle », répond la porte-parole Geneviève Poirier.

« Ce n’est pas facile pour les commerçants, parce que ce genre de technologie implique de gros investissements, note JoAnne Labrecque, de HEC Montréal. Ce sera toujours les plus grands joueurs qui seront capables d’y adhérer en premier et ce ne sera pas facile pour le détaillant petit ou moyen, qui devra trouver une façon de se différencier. »

1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 7 décembre 2016 15 h 50

    Erreurs

    Et comment pourra-t-on contester si on nous charge plus cher que le prix affiché?