Le syndicat des facteurs tourne son regard vers les prochaines négociations

Les préoccupations des facteurs sont marquées par de fortes différences provinciales et régionales.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les préoccupations des facteurs sont marquées par de fortes différences provinciales et régionales.

Le syndicat des facteurs de Postes Canada comprend que certains membres ne trouvent pas leur compte dans les nouvelles conventions collectives, mais il insiste sur le fait que la prochaine négociation surviendra dès l’an prochain.

Pour la deuxième fois depuis 2012, des ententes de principe pour les facteurs urbains et leurs collègues suburbains/ruraux ont récolté un appui relativement faible, selon les résultats publiés lundi : 63 % pour le premier groupe et 55 % pour le deuxième.

« Personne ne s’attendait à avoir un résultat de 85 ou 90 % »,a indiqué au Devoir mardi le porte-parole du Syndicat des travailleuses et travailleurs des postes (STTP), Denis Lemelin, président de 2008 à 2015.

« On a dit à nos membres que, dans les deux conventions collectives, il n’y a pas de recul, a poursuivi M. Lemelin. Mais aussi que le contexte de négociation n’était pas facile : Postes Canada ne voulait pas bouger et le gouvernement a décidé d’intervenir. On a signé un contrat de deux ans, ce qui nous met en position de renégocier l’an prochain. »

Deux ans seulement

Postes Canada compte environ 64 000 employés, dont 50 000 sont représentés par le STTP. De ce nombre, 42 000 font partie de l’unité urbaine, comparativement à 8000 pour les autres. Les deux conventions, d’une durée de seulement deux ans contrairement à d’habitude, prendront fin en décembre 2017 et janvier 2018.

Les préoccupations des facteurs sont parfois marquées par de fortes différences provinciales et régionales, ce qui explique le grand écart dans les appuis d’un endroit à l’autre. Par exemple, en 2012, la convention urbaine avait récolté 67 % d’appuis à Montréal, mais seulement 24 % à Toronto, ce qui serait une conséquence du fonctionnement des centres de traitement. La ventilation précise des résultats de cette année sera dévoilée après leur confirmation par un vérificateur externe, a indiqué le STTP lundi.

« Je peux vous dire que le sud de l’Ontario a voté contre, qu’une grande majorité du Québec a voté pour et que l’Atlantique était divisée », a indiqué M. Lemelin. Une des particularités de la couronne ontarienne du 905, selon lui, tient notamment au fait que les sacs de circulaires y sont moins implantés qu’ailleurs, ce qui entraîne une charge de travail considérable pour les facteurs, dont les heures faites au-delà de l’estimation de leur route ne sont pas payées.

Certitude

De son côté, Postes Canada s’est dite « heureuse » du résultat. « Ce dénouement apporte de la certitude à nos clients et à nos employés alors que nous travaillons avec acharnement à livrer la joie des Fêtes aux Canadiens »,a indiqué par courriel son service des communications mardi matin.

Les négociations ont été marquées par des accusations mutuelles de mauvaise foi, l’entrée en scène d’un médiateur spécial, l’intervention inhabituelle d’eBay Canada et un préavis de grève. Finalement, les conventions prévoient des gains salariaux, mais certains enjeux considérés comme majeurs seront traités plus tard : le régime de retraite et l’équité salariale des facteurs suburbains/ruraux.

« C’est un peu comme une trêve », estime M. Lemelin. L’équité salariale fera l’objet d’un examen au cours de la prochaine année. Dans l’intervalle, le comité parlementaire qui a mené des consultations partout au pays doit bientôt remettre son rapport au gouvernement, lequel pourra s’en inspirer pour prendre des décisions stratégiques pour l’avenir de Postes Canada.

Le gouvernement Harper avait imposé un plan en cinq points, qui prévoyait notamment la conversion de la livraison à domicile vers l’installation de boîtes communautaires. Cette décision a semé la colère au sein des villes, qui ont vu dans ce geste une intrusion dans leur pouvoir lié à l’aménagement municipal. Le gouvernement Trudeau a ensuite décrété un moratoire.

La société d’État a récemment estimé que la menace d’un arrêt de travail cet été avait eu un impact financier d’environ 100 millions de dollars. Même son secteur des colis, un élément fort des dernières années, a écopé, alors que des clients habituels ont pris des mesures préventives. Le volume de lettres traditionnelles, lui, est en déclin depuis des années.