Les banques italiennes face au scénario du pire

Le dossier explosif de la banque Monte Dei Paschi di Siena revient au premier plan à la suite de la victoire du non.
Photo: Luca Bruno Associated Press Le dossier explosif de la banque Monte Dei Paschi di Siena revient au premier plan à la suite de la victoire du non.

C’était le scénario du pire pour la stabilité financière de l’Europe, et voilà qu’il se concrétise. La victoire du non au référendum italien, dimanche, ouvre une période d’incertitude politique préjudiciable à l’économie de la Péninsule. Une incertitude possiblement catastrophique pour son secteur bancaire.

Avec ce non, c’est en effet toute l’action engagée par le gouvernement de Matteo Renzi dans le domaine financier, pour assainir des banques plombées par des mauvaises créances, qui se voit sinon compromise du moins stoppée net. Ce dommage collatéral est lourd de conséquences, tant il y a urgence à nettoyer un secteur bancaire entravé par près de 360 milliards d’euros (515 $CAN) de crédits compromis — l’équivalent de 20 % du PIB de l’Italie ou de l’intégralité de celui de l’Autriche. Car non seulement les banques peinent à financer l’économie, donc à soutenir le redémarrage de la croissance, mais leurs difficultés menacent de déstabiliser le reste du système bancaire européen.

Dossier explosif

Le dossier « BMPS », du nom de la Banca Monte dei Paschi di Siena, au bord de la faillite, est le plus explosif. Le 24 novembre, l’horizon s’était pourtant éclairci pour le plus vieil établissement financier du pays, troisième par la taille, miné par des actifs à risques et sous-capitalisé. BMPS avait obtenu le feu vert de ses actionnaires à un plan de sauvetage géant, passant par une recapitalisation de 5 milliards d’euros auprès d’investisseurs sur les marchés. Cette recapitalisation devait se dérouler au plus vite et servir d’exemple pour d’autres banques et d’autres levées de fonds. Mais la nouvelle donne politique rebat les cartes.

« Il sera difficile pour BMPS de trouver de l’argent dans ce contexte. Les investisseurs ont besoin de clarté. Ils veulent savoir de quoi demain sera fait », estime Silvia Merler, économiste au sein du think tank européen Bruegel.

De là à ce que la crise de confiance se propage aux autres banques, il n’y a qu’un pas, redoute-t-elle : « Les banques sont interconnectées, elles possèdent toutes des obligations [des titres de dettes] de leurs concurrentes… »

Projet Atlante

Au-delà du cas BMPS, la victoire du non risque aussi de porter un coup d’arrêt au processus d’apurement de l’énorme stock de crédits irrécouvrables des banques, lancé par Matteo Renzi. Le volume de ces crédits n’a cessé d’augmenter avec la crise, jusqu’à représenter plus du tiers du portefeuille total de prêts du secteur (35 %).

Or que va-t-il advenir du projet Atlante, ce fonds créé par les banques pour racheter une partie des créances, grâce à la garantie de l’État ? La future majorité reprendra-t-elle le projet à son compte ? Le Mouvement 5 étoiles populiste a pour sa part déjà annoncé son intention de nationaliser les banques, s’il accédait au pouvoir… « Par manque de volonté politique, l’Italie a tardé à traiter son problème bancaire. Beaucoup de temps a été perdu. Il ne faudrait pas que les choses s’aggravent », met en garde Mme Merler.

De fait, si la crise bancaire devait enfler et menacer la stabilité de la zone euro, la question d’une intervention de l’État se poserait. Un tel sauvetage public ne serait pas seulement critique pour les finances de l’Italie, mais représenterait un risque pour les petits épargnants.

Nouvelles règles

Tirant les leçons de la coûteuse crise bancaire de 2007-2008, l’Union européenne a en effet fixé de nouvelles règles pour le sauvetage des banques. Ces règles, en vigueur depuis le 1er janvier, imposent de ne faire appel à l’argent public qu’une fois les actionnaires et créanciers privés mis à contribution. Ce qui, en Italie, désigne notamment des ménages et des retraités modestes, à qui ont été vendues, ces dernières années, des obligations bancaires à la fiscalité avantageuse. Sans qu’ils aient été avertis des risques encourus. La régulation en matière d’aides d’État s’est aussi durcie.

« Le oui au référendum aurait entraîné le retour au calme et celui de la confiance envers le système bancaire. Au contraire, le non fait basculer l’Italie dans l’instabilité politique et financière, car les banques sont poreuses à leur environnement », analyse Jésus Castillo, spécialiste de l’Europe du Sud chez Natixis. Qui prendra le relais de Matteo Renzi autour de la large coalition actuelle ? Pour quelle capacité de réforme ? Le risque de blocage institutionnel est grand.

« L’Italie a besoin d’une réforme bancaire rapide, pour que l’économie décolle et cesse de générer des créances douteuses. La Banque centrale européenne ne pourra pas tout », avertit M. Castillo.

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