BHP Billiton remporte le gros lot des enchères pétrolières

Le ministre mexicain de l’Énergie, Pedro Joaquín Codwell, au cours de la conférence de presse qui a suivi la vente aux enchères
Photo: Alfredo Estrella Agence France-Presse Le ministre mexicain de l’Énergie, Pedro Joaquín Codwell, au cours de la conférence de presse qui a suivi la vente aux enchères

Mexico — Le groupe minier BHP Billiton a mis la main sur le gros morceau dans la mise aux enchères de l’actif pétrolier en eau profonde du Mexique. L’Australienne l’emporte sur BP pour cette coentreprise avec la compagnie pétrolière publique mexicaine Petroleos Mexicanos (Pemex).

L’agence Dow Jones a mentionné lundi que BHP Billiton l’a emporté pour devenir le premier partenaire privé de Pemex pour l’exploration et la production d’un bloc en eaux profondes au large du Mexique incluant le gisement géant de Trion. Les réserves du champ pétrolier de Trion, découvert en 2012, pourraient atteindre 485 millions de barils, selon la Commission nationale des hydrocarbures (CNH), le régulateur du secteur au Mexique. Le coût de développement du gisement est évalué à 11 milliards de dollars pour des dépenses d’investissement de 7,5 milliards, selon le régulateur, rappelle l’agence de persse financière.

Huit autres blocs

Le Mexique avait mis aux enchères huit autres blocs en eaux profondes. Le groupe pétrolier chinois, China Offshore Oil (Cnooc), en a obtenu deux. D’autres blocs ont été respectivement attribués à un consortium formé de Total et Exxon Mobil et à un groupement constitué de Statoil, BP et Total. Le groupe pétrolier américain Chevron s’est également vu attribuer un bloc en coentreprise avec Pemex.

Cette mise aux enchères était la quatrième depuis l’ouverture à la concurrence du secteur pétrolier mexicain en 2013, mais la première à porter sur des réserves en eaux profondes et également la première à attirer l’intérêt de grands groupes étrangers. Tous les poids lourds du secteur étaient en lice. Le sauvetage de Pemex en dépend. « Ce sont les joyaux de la couronne », a annoncé le ministre de l’Énergie, Pedro Joaquín Coldwell. Ces champs situés dans le Golfe du Mexique, dont la profondeur varie entre 500 et 3 100 mètres, n’ont pas encore été explorés. Les perspectives sont néanmoins attrayantes, la CNH estimant les réserves potentielles cumulées à 10,8 milliards de barils.

Clou de la vente

Clou de cette vente : le second appel d’offres pour Trion. Ce champ de 12 350 kilomètres carrés, proche des eaux américaines, pourrait, dès 2022, entamer sa production en association avec Pemex. À la différence des autres zones en jeu, les réserves de Trion ont déjà été explorées par Pemex à 2 500 mètres de profondeur. « C’est la valeur sûre du lot », commente Carlos Zepeda, président de la CNH, qui organise la vente. Le champ renfermerait un potentiel de 537 millions de barils supplémentaires.

« C’est la première fois que les majors s’intéressent au Mexique depuis l’ouverture du marché à la concurrence », commente M. Zepeda. Fin 2013, les législateurs ont voté la fin du monopole public, instauré depuis 1938. Pour M. Zepeda, « l’objectif est de construire un secteur privé qui sera complémentaire à Pemex qui n’a pas d’expérience en eau profonde, où se trouve le pétrole ».

L’enjeu est de taille pour l’industrie pétrolière mexicaine. En douze ans, sa production a fondu de 3,4 millions à 2,1 millions de barils par jour (b/j). En 2017, Pemex ne devrait produire que 1,9 million de b/j. Frappée par la chute des prix du pétrole, la compagnie a affiché des pertes, en 2015, de 712 milliards de pesos (45  milliards $CAN).

Sa dette atteint 99 milliards de dollars. « Les prélèvements colossaux de l’État ont asphyxié Pemex, l’empêchant de développer des activités en eau profonde », explique Leticia Armenta, spécialiste du pétrole à l’Institut technologique de Monterrey. La compagnie a longtemps financé un tiers du budget de l’État, contre 18 % aujourd’hui à cause des prix bas du pétrole.