Histoire d'une OPA réussie

Alcan a pu finalement réussir une offre publique d'achat hostile sur les actions de Pechiney, qui est un joyau de l'industrie française et partenaire important du secteur de la défense militaire, non seulement parce que la multinationale canadienne était la mieux placée pour le faire mais aussi grâce à un heureux concours de circonstances.

David McAusland, vice-président principal aux fusions et acquisitions et chef des affaires juridiques chez Alcan, a pour la première fois présenté comment l'évolution de ce dossier a été perçue de l'intérieur chez Alcan. Il l'a fait d'ailleurs devant un auditoire particulièrement sensible à la question, à savoir la Chambre de commerce française au Canada.

Première tentative

Le conférencier a évidemment rappelé la première tentative de fusion d'Alcan, de Pechiney et de la compagnie suisse AlGroup en 2000. La Commission européenne avait alors refusé l'intégration de Pechiney aux deux autres. Selon lui, cet échec était attribuable à une absence de définition précise des marchés. Alcan soutenait qu'il y avait concurrence entre l'aluminium et l'acier, alors que la commission prétendait le contraire. Alcan a été très déçu de ce refus, qui lui a tout de même laissé une expérience, voire «une carte routière» qui allait lui servir lors de la seconde tentative, laquelle a réussi l'an passé.

Pourquoi être revenu à la charge alors que Pechiney ne voulait plus fusionner avec Alcan? «Nous avions bon espoir. Nous avions fait plusieurs approches et en 2003, le temps était venu d'agir. Selon nous, Pechiney était vulnérable», a confié M. McAusland. Par exemple, le prix du métal était moins élevé, ce qui rendait la situation encore plus précaire pour Pechiney, mais favorisait le lancement d'une OPA, même hostile. Aujourd'hui, le prix de l'aluminium est 300 $ de plus la tonne qu'il ne l'était alors.

Il y a eu aussi l'impact de l'inscription du titre de Pechiney à la Bourse de New York, ce qui a conduit au fait que plus de 50 % des actions étaient détenues à l'extérieur de la France. «Pechiney ne pouvait plus alors se mettre à l'abri des conséquences d'une situation problématique. Elle devait maintenir sa performance à la hauteur des attentes des marchés», explique le vice-président d'Alcan.

Droit de veto

Néanmoins, le gouvernement français conservait un droit de veto, parce que Pechiney faisait partie du secteur de la défense. «Nous avions bon espoir que les investisseurs réagiraient mal à un refus du gouvernement français. L'économie mondialisée est bien réelle. Il y a une concurrence sans fin pour attirer les capitaux», explique M. McAusland.

Cette perception s'applique d'ailleurs à Alcan, comme le dit le vice-président: «La croissance d'Alcan n'est pas axée sur une région en particulier mais sur celles qui offrent le potentiel le plus intéressant». Par exemple, la Chine où Alcan a investi 150 millions pour une participation de 50 % dans une usine d'électrolyse ultramoderne, avec option de développement futur.

Ajustements

de la réglementation

D'autres dossiers de fusions en France et dans la communauté européenne qui n'ont pas connu de dénouement heureux ont forcé à des ajustements de réglementation et ont ainsi eu un impact sur le cas d'Alcan-Pechiney. Alcan a utilisé tous les arguments possibles, dont ceux de sa bonne réputation et de ses racines québécoises.

Les dirigeants d'Alcan ont pu également avoir des discussions officieuses avec les autorités réglementaires européennes, ce qui leur a permis d'éviter les malentendus du premier essai. M. McAusland pense toutefois que la France et la Communauté européenne ont encore beaucoup de chemin à faire en ce qui concerne la réglementation pour les fusions. Pour l'instant, croit-il, «ils sont plus flexibles parce qu'ils n'ont plus le choix», c'est-à-dire plus flexibles par rapport au contexte nord-américain.

En ce qui concerne Alcan et Pechiney, l'intégration est en train de se faire. Alcan a estimé qu'il y aurait une synergie de 250 millions, mais comme il n'y a pas eu de vérification diligente, parce que c'était une OPA hostile, le calcul précis de cette synergie reste à être complété. «On verra ce que ça va donner», conclut le conférencier.