Les temps sont durs pour Lula da Silva

Les temps ont beau être difficiles pour le président du Brésil, il n'en garde pas moins toute la confiance de son camarade et ami, Luiz Marinho.

De passage ces jours-ci au Québec à l'invitation de la CSN, le président de la Centrale unique des travailleurs (CUT-Brésil) dit comprendre l'impatience de certains de ses compatriotes un an après l'élection d'Ignácio Lula da Silva. «Les espoirs étaient grands. Beaucoup plus grands que ce qui pouvait être réellement fait, plus grands que les pouvoirs du gouvernement, a-t-il constaté cette semaine lors d'une entrevue au Devoir. Il faut dire que le Brésil fait aussi face à de grands problèmes de chômage, de pauvreté et d'inégalités.»

De nombreuses réformes sont donc à faire. Il y a celle des régimes de pension qui a déjà été mise en branle. Il y a aussi celle du droit du travail, celle de la fiscalité, celle des pouvoirs judiciaires, celle du système politique... Les moyens dont dispose le président sont, quant à eux, limités. Ces pouvoirs reposent en bonne part sur une coalition dont font partie des formations de droite lui étant fondamentalement opposées.

La priorité, dit Luiz Miranho, s'avère toutefois la réduction de l'inflation et la relance de l'économie brésilienne. «La croissance a été nulle l'année dernière, rappelle-t-il. On prévoit qu'elle atteindra entre 3 % et 3,5 % en 2004. C'est bien, mais c'est insuffisant.»

Pas étonnant que des critiques à l'endroit du président Lula se fassent de plus en plus entendre, particulièrement à gauche. Des députés de son propre Parti des travailleurs ont même déjà claqué la porte, ou ont dû se la faire montrer.

«Je connais Lula depuis 20 ans», confie celui qui a occupé, comme lui, le poste de président du Syndicat des métallurgistes de São Bernardo do Campo et de Diadema avant d'être élu, comme lui, président de la plus importante centrale syndicale du pays. «J'ai le plaisir de compter parmi ses amis. Je connais l'homme. Je crois en ses valeurs.»

Il n'en conserve pas moins une distance critique par rapport à ses réalisations, assure-t-il. La CUT ne s'est d'ailleurs par gênée pour dénoncer les arrangements passés avec le Fonds monétaire international quant au rythme du remboursement de la dette du pays. «Nous avons aidé Lula à se faire élire, mais nous tenons à préserver notre autonomie et notre capacité à le critiquer. Je crois que c'est le meilleur moyen que nous ayons pour continuer de l'aider.»

Au centre de l'attention

Cela fait 15 ans que la CUT et la CSN entretiennent des liens entre elles. À la centrale québécoise, on entend parler aux visiteurs des problèmes posés par l'arrivée à Québec du nouveau gouvernement libéral. Du côté brésilien, on partagera son expérience des derniers mois et, qui sait, on trouvera peut-être conseil sur la façon de mettre en place certaines réformes.

Au Brésil, on profite, par exemple, de la récente réorganisation des régimes de pension dans le secteur public pour essayer de mettre en place les premiers régimes de retraite dans le secteur privé. On s'est également attaqué à la délicate question des relations de travail et de l'habitude de s'en remettre presque chaque fois aux tribunaux pour arbitrer les négociations de conventions collectives.

Luiz Marinho constate, comme tout le monde, le grand intérêt suscité à l'étranger par l'arrivée au pouvoir dans son pays d'un président ayant promis de faire les choses différemment. Il se réjouit que ce président ait déjà réussi à rallier autour du Brésil d'autres nations pour faire obstacle aux vues hégémoniques des États-Unis ou de l'Union européenne au sein notamment de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ou dans la cadre des négociations de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). «Le conflit est parfois la seule façon d'arriver à résoudre un problème», philosophe-t-il.

C'est toutefois à l'aune de ses succès en politique intérieure que le président Lula sera jugé. Et à ce chapitre, le temps file.

«Il ne reste plus que trois ans», observe Luiz Marinho en pensant déjà aux prochaines élections présidentielles. «Mais les solutions aux problèmes du Brésil prendront beaucoup plus de temps... »

Il se montre néanmoins, encore une fois, confiant dans les capacités de son président et ami de mener le pays à bon port. «On sent déjà que les choses s'améliorent», assure-t-il.