Gaspésia a jusqu'au 8 avril pour trouver un acheteur

Il semble que la relance de Papiers Gaspésia soit encore possible. Le contrôleur nommé par le tribunal pour superviser la liquidation du projet a obtenu hier un délai de 40 jours supplémentaires — soit jusqu'au 8 avril — pour dénicher un investisseur prêt à racheter l'usine ou ses actifs.

Or plusieurs groupes auraient déjà démontré de l'intérêt pour l'établissement situé à Chandler, en Gaspésie. «Le téléphone a sonné dès qu'il y a eu une annonce comme quoi les partenaires voulaient liquider», a confié à sa sortie du tribunal Pierre Laporte, spécialiste des restructurations pour la firme Ernst & Young.

La plupart de ces acquéreurs potentiels seraient basés aux États-Unis. «C'est un très gros projet. Les compagnies canadiennes qui peuvent faire ça, il y en a quelques-unes, mais on s'attend à ce qu'il y ait des intérêts étrangers», a dit le comptable.

Des délais

Papiers Gaspésia s'est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies au début du mois de février, après avoir englouti 300 millions. Le premier délai octroyé par la Cour supérieure expirait hier après-midi.

La prolongation a été approuvée in extremis par le juge Jean Guibeault, après que le contrôleur eût réussi à s'entendre avec 32 entreprises de construction ayant participé au chantier. Ces derniers voulaient avoir la possibilité de résilier les contrats les liant à la Gaspésia afin de pouvoir solliciter d'autres mandats. Ce droit leur a été accordé par le magistrat. Les compagnies concernées «évitent des conséquences néfastes — la faillite possible pour certains d'entre eux — et ils peuvent reprendre leur activité commerciale normale», a souligné leur avocat, Éric Lalanne.

Si les travaux reprennent à l'usine, la plupart des entrepreneurs souhaiteront sans doute y participer. «Mais les contrats se négocieront en vertu des prix du marché à ce moment-là», a souligné le procureur. Au moment de l'arrêt des travaux, il y a un mois, environ 700 personnes oeuvraient sur le chantier de la Gaspésia.

Les investissements consentis par la Société générale de financement (SGF), le Fonds de solidarité FTQ et la firme Tembec devaient permettre à l'ancienne usine d'Abitibi-Consolidated de passer de la fabrication de papier journal à celle de papier glacé. Cette transformation aurait permis de récupérer 230 emplois permanents dans une région en difficulté. D'après des évaluations récentes, il aurait toutefois fallu plus de 265 millions de plus que prévu pour mener le projet à terme.

Jugeant que ces investissements compromettaient la rentabilité du projet, Tembec a laissé savoir mercredi qu'elle fermait les robinets et radiait son investissement de 36,8 millions dans l'usine.

La SGF et le Fonds l'ont imité mais se sont dits prêts à travailler de concert avec un nouveau partenaire possédant l'expertise et les fonds nécessaires pour relancer la Gaspésia.

Selon le p.-d.g. par intérim de la SGF, Henri A. Roy, les trois partenaires ont néanmoins investi sept millions afin de financer le délai. De cette somme, un million de dollars servira à renouveler la police d'assurance du chantier et des installations. Le reste sera consacré au chauffage, à l'éclairage et au maintien de la sécurité des installations.

Pour le chef de l'opposition officielle à Québec, Bernard Landry, les Québécois ont un devoir de solidarité envers les Gaspésiens. Faisant allusion au drame qui touche les travailleurs de l'usine Gaspésia, à Chandler, M. Landry dit espérer que le gouvernement de Jean Charest trouvera le moyen d'éviter le désastre dans une région éprouvée sur le plan économique.

Le chef péquiste rappelle que son gouvernement avait, il n'y a pas si longtemps, trouvé un moyen de venir en aide aux Gaspésiens, sachant que toute la province y perdrait s'il ne faisait rien.

Bernard Landry soutient qu'il ne faut pas baisser les bras. Selon lui, personne ne peut rester insensible aux cris du coeur entendus, ces derniers temps, à Chandler.