Postes Canada: l’incertitude a eu un impact de 100 millions

Le gouvernement fédéral a récemment entrepris une évaluation stratégique de Postes Canada afin de déterminer les priorités des prochaines années.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le gouvernement fédéral a récemment entrepris une évaluation stratégique de Postes Canada afin de déterminer les priorités des prochaines années.

La menace d’un arrêt de travail chez Postes Canada a creusé un trou de 100 millions, a estimé la société d’État vendredi en dévoilant des résultats trimestriels qui font même état d’une baisse des livraisons de colis, pourtant son point fort des dernières années.

Trois mois après s’être entendue avec ses facteurs sur une nouvelle convention collective, Postes Canada a indiqué que les volumes de lettres au troisième trimestre ont diminué de 14 % par rapport à 2015 et que les colis ont baissé de 5 %.

Dans l’ensemble, la société a affiché une perte nette avant impôt de 25 millions, résultat d’un profit de 32 millions chez Purolator qui a été incapable de neutraliser la perte de 60 millions de Postes Canada. Les revenus ont atteint 1,76 milliard, en baisse de 8 % sur un an.

Postes Canada, qui fait présentement l’objet d’une réflexion stratégique au gouvernement fédéral, a souligné que l’impact négatif de 100 millions découlant de l’incertitude est le résultat d’une chute des revenus mais « tient compte aussi des coûts légèrement plus bas qui découlent, par exemple, d’un recours moins fréquent à des heures supplémentaires et à des employés temporaires ». Même à la suite des ententes conclues au mois d’août, les volumes ont pris du temps à se remettre du choc, selon la société.

Propulsé par le commerce électronique alors que le courrier transactionnel est en chute libre (publicité, envois de chèques, etc.), le secteur des colis a connu sa première baisse depuis le début de 2014. En fait, d’une année à l’autre, il vient de vivre son premier recul depuis le début de 2012.

Longues négociations

Les ententes entre Postes Canada et le Syndicat des travailleurs et travailleuses des Postes (STTP) sont survenues le 30 août au terme d’un marathon de négociations de plusieurs mois, ponctuées par une demande d’arbitrage (refusée), un vote de grève, des accusations mutuelles de mauvaise foi et l’intervention étonnante d’eBay Canada. Un des principaux points de discorde portait sur le régime de retraite, l’employeur souhaitant comme tant d’autres soumettre les nouveaux employés à un régime à cotisations déterminées, plutôt que les intégrer au régime à prestations.

Postes Canada compte 64 000 employés, dont plus de 50 000 sont membres du STTP. En gros, les parties ont accepté une convention plus courte que d’habitude (deux ans au lieu de quatre), l’objectif étant de garder les sujets plus complexes, comme le régime de retraite, pour une négociation prochaine. Chez les membres, la ratification a débuté à la fin du mois d’octobre et doit prendre fin au début du mois prochain.

Unité urbaine

Pour l’unité urbaine, qui compte 42 000 membres, l’entente prévoit une hausse de salaire de 1 % rétroactive au 1er février 2016 et une augmentation de 1,5 % en février 2017. Pour les facteurs ruraux et suburbains, les parties se sont entendues sur un processus de révision d’équité salariale.

Postes Canada a indiqué vendredi que le déficit de solvabilité de son régime de retraite est encore de 8,1 milliards. Cela désigne le trou financier qui surviendrait dans le cas d’une fermeture immédiate du régime. Le syndicat préférait cet été se fier à un calcul reposant sur une base de continuité, qui fait état d’un excédent de 1,1 milliard.

Le gouvernement fédéral a récemment entrepris une évaluation stratégique de Postes Canada afin de déterminer les priorités des prochaines années dans un contexte difficile pour ses activités traditionnelles. Le comité parlementaire qui a mené les consultations publiera son rapport au mois de décembre, après quoi le gouvernement Trudeau pourra prendre position.

Le comité a notamment entendu certains groupes sur l’enjeu de la livraison à domicile, que le gouvernement Harper a tenté de supprimer grâce à une conversion aux boîtes communautaires. Aussitôt élu, le Parti libéral a imposé un moratoire sur cette conversion et annoncé une consultation.