Le Fonds de solidarité FTQ veut relancer le débat sur les sièges sociaux

Le président du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin, estime que la diminution de sièges sociaux au Québec demeure préoccupante.
Photo: Jacques Nadeau le Devoir Le président du Fonds de solidarité FTQ, Gaétan Morin, estime que la diminution de sièges sociaux au Québec demeure préoccupante.

Estimant que la poussière est « retombée » dans le dossier du maintien des sièges sociaux au Québec, le Fonds de solidarité FTQ affirme qu’il est temps de relancer les discussions sur cet enjeu.

Après une année marquée par des débats houleux à la suite des ventes de Rona à l’Américaine Lowe’s et des rôtisseries Saint-Hubert à l’Ontarienne Cara, le président et chef de la direction du Fonds, Gaétan Morin, croit que le temps est venu d’interpeller les gestionnaires et les investisseurs particuliers au sujet de l’importance de s’éloigner des stratégies à court terme lorsqu’ils détiennent des actions de sociétés québécoises.

« J’interpelle l’ensemble des gestionnaires de fonds, des caisses de retraite ainsi que les particuliers pour qu’ils reviennent vers une notion d’actionnaire propriétaire […] pas pour deux ou trois mois, mais pour un investissement à long terme », a-t-il expliqué, lundi, en entrevue, en marge d’une allocution devant le Cercle canadien de Montréal.

Devant un parterre de gens d’affaires, M. Morin a dit qu’une approche d’investissement sur un horizon plus lointain permettrait aux entreprises locales de se développer sur des assises solides.

Il a rappelé que les compagnies québécoises sont « extrêmement actives » à l’étranger en réalisant plus d’acquisitions que l’inverse. Selon des données récentes du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec, de 2010 à 2016 87 entreprises québécoises sont passées aux mains d’intérêts hors Québec alors que 258 entreprises hors Québec ont été acquises par des entreprises d’ici. « C’est un ratio de 1 pour 3. »

Selon la valeur des transactions, pour les ventes d’entreprises québécoises, la valeur moyenne des transactions s’élevait à 392 millions. En comparaison, la valeur moyenne des acquisitions réalisées par des entreprises d’ici, s’établissait à près de 447 millions de dollars.

Préoccupant

Le président du Fonds a néanmoins estimé que la diminution de sièges sociaux au Québec demeure préoccupante. De 2012 à 2014, selon Statistique Canada, le nombre de sièges sociaux établis dans la province est passé de 577 à 568. Tout au plus peut-on se réjouir qu’ils employaient 52 000 personnes en 2014 contre 51 000 en 2011.

Sentiment de fierté érodé

Selon M. Morin, au cours des 30 dernières années, le sentiment de fierté entourant la détention d’actions de sociétés québécoises s’est graduellement érodé en raison de la robotisation des transactions ainsi que de la popularité grandissante d’instruments financiers comme les fonds communs de placement et les fonds négociés en bourse. « Nous sommes devenus des investisseurs dans un instrument financier qui, malheureusement, investit souvent à court terme », a-t-il expliqué.

Il a évoqué l’importance de la notion d’actionnaire propriétaire, qui peut se diluer lorsque l’entreprise est inscrite en Bourse. Si la durée moyenne de détention d’actions a déjà été de dix ans, elle n’est plus que de quatre mois aujourd’hui. « Quelque chose a donc changé dans notre rapport aux entreprises. »

En vendant des actions et obligations, le Fonds de solidarité FTQ a déjà annoncé qu’il comptait, d’ici 2020, acquérir des blocs d’actions de sociétés québécoises inscrites en Bourse jugées susceptibles d’être ciblées par des investisseurs étrangers. Jusqu’à présent, environ 120 millions ont été déployés dans le cadre de cette stratégie, selon M. Morin. L’enveloppe globale doit atteindre les 500 millions.

Celui-ci croit également que le Québec doit demander des changements aux autorités pancanadiennes en valeurs mobilières afin de mieux outiller les conseils d’administration pour leur permettre de repousser des offres hostiles.

Dans ses conclusions, Gaétan Morin invite les institutionnels à « investir davantage dans nos sociétés publiques », et à demander « plus de pouvoirs décisionnels pour les conseils d’administration qui font face à une offre d’achat hostile ». Nous devons nous assurer que la rémunération des dirigeants soit alignée avec les objectifs et les intérêts à long terme des entreprises et de leurs parties prenantes. Et « nous devons bâtir un Québec toujours plus entrepreneurial », a-t-il ajouté.

Banque de l’infrastructure

Par ailleurs, il serait surprenant de voir le Fonds de solidarité FTQ s’intéresser à la banque de l’infrastructure dans laquelle le gouvernement Trudeau devrait investir 35 milliards sur dix ans pour attirer des capitaux détenus par des investisseurs institutionnels. Compte tenu de la taille de son actif de 11,7 milliards, le Fonds préfère se tourner vers des projets à vocation socio-économique comme des écoles, des résidences pour étudiants ainsi que des complexes sportifs.

« Cela nous permet de participer, à notre façon, au renouvellement des infrastructures au Québec », a expliqué M. Morin. Le Fonds prévoit investir 400 millions dans cette initiative. Les investissements seront assurés par le Fonds immobilier ainsi qu’un promoteur privé local, qui seront propriétaires de l’actif. Les baux varieront entre 25 et 30 ans. Une fois le bail terminé, le Fonds demeurera propriétaire de l’actif.

M. Morin n’a pas complètement fermé la porte à la banque de l’infrastructure fédérale, prévenant qu’une éventuelle participation se ferait à la hauteur des moyens de l’investisseur institutionnel.

1 commentaire
  • Robert Laroche - Inscrit 22 novembre 2016 13 h 18

    Et si on allait un peu plus loin

    La réflexion est intéressante et doit se poursuivre. Peut-on aller plus loin et amorcer une action du type «Fond de restructuration financière des entreprises québécois» pour aider à protéger et à développer les sièges sociaux au Québec.

    Le fond dont il est question à la fois par son ampleur et par sa stratégie sera le résultat d’un effort concerté des principaux acteurs de l’épargne québécoise et compris celle du gouvernement québécois.

    Je crois qu’il est plus que temps d’aller dans cette direction.