Hydro-Québec met fin aux bonis de son vérificateur interne

Le vérificateur interne a obtenu une rémunération incitative chaque année depuis cinq ans. Les primes annuelles, variant entre 33 400$ et 50 000$, se sont ajoutées à son salaire de base, qui avoisine les 200 000$.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le vérificateur interne a obtenu une rémunération incitative chaque année depuis cinq ans. Les primes annuelles, variant entre 33 400$ et 50 000$, se sont ajoutées à son salaire de base, qui avoisine les 200 000$.

Hydro-Québec a versé des bonis à la performance pendant des années à son vérificateur interne, dont le mandat est d’évaluer la fiabilité de ses états financiers et sa gouvernance. La société d’État a décidé de mettre fin à cette pratique en mai dernier, suivant les recommandations de l’Institut des auditeurs internes, a constaté Le Devoir.

La Politique de rémunération incitative du personnel d’Hydro-Québec prévoyait jusqu’à tout récemment que le vérificateur interne fait partie des employés qui peuvent toucher une prime salariale si la société d’État atteint les objectifs fixés par son actionnaire, le gouvernement du Québec.

Le vérificateur interne a ainsi obtenu une rémunération incitative chaque année depuis cinq ans. Les primes annuelles, variant entre 33 400 $ et 50 000 $, se sont ajoutées à son salaire de base, qui avoisine les 200 000 $.

L’ancien patron de la Sûreté du Québec, Mario Laprise, est vérificateur interne chez Hydro-Québec depuis le 1er octobre 2014. Il a remplacé Élie Rabbat, entré en poste en 2007.

Cadre de référence

Un décret daté du 26 octobre et publié mercredi dernier dans la Gazette officielle indique que le gouvernement du Québec a approuvé des modifications apportées par Hydro-Québec à sa politique de rémunération incitative. Le 20 mai dernier, le conseil d’administration de la société d’État a décidé d’exclure le vérificateur interne de cette politique à compter du 1er janvier 2016, ce qui signifie qu’il ne touchera aucune prime dès cette année.

Le porte-parole d’Hydro-Québec Louis-Olivier Batty explique que la société d’État a envisagé une modification de ses pratiques après avoir consulté le nouveau cadre de référence publié en 2015 par l’Institut des auditeurs internes (IAI), une organisation internationale qui régit le travail de ces professionnels.

Pour en avoir le coeur net, Hydro-Québec a demandé plus tôt cette année à la professeure de l’Université Laval Mélanie Roussy, une spécialiste de la gouvernance organisationnelle, de lui fournir un avis au sujet de la rémunération de son vérificateur interne. Celle-ci a conclu qu’« il est préférable d’adopter un mode de rémunération fixe afin de contribuer à la mise en place d’un contexte organisationnel favorisant l’indépendance et l’objectivité, […] deux principes fondamentaux essentiels à une fonction de vérification interne », rapporte M. Batty.

Assurer l’indépendance

« L’idéal, c’est qu’il n’y ait pas de rémunération incitative du tout, comme ça, on peut être certain que l’indépendance de l’auditeur interne n’est pas menacée », explique Mme Roussy en entrevue.

Elle précise cependant que la société d’État n’est pas la seule à agir de la sorte, rappelant que le dernier sondage de l’IAI indiquait que 67 % des directeurs d’audit interne sont rémunérés sur une base incitative.

« La mission de l’auditeur interne, c’est d’émettre des recommandations pour permettre à l’organisation de s’améliorer au niveau de ses processus. Donc qu’il y ait des critères de performance concernant la manière avec laquelle il a contribué à l’amélioration des processus, ça ne m’empêche pas de dormir », dit-elle.

La société d’État affirme qu’elle a décidé de mettre un terme à la rémunération incitative de son vérificateur interne cette année parce qu’elle est « à l’affût des meilleures pratiques en matière de saine gestion ».

Le surveillant et les surveillés

Selon l’IAI, « l’audit interne est une activité indépendante et objective qui donne à une organisation une assurance concernant le degré de maîtrise de ses opérations, lui dispense des conseils pour les améliorer et contribue à créer de la valeur ajoutée ».

« C’est un peu le chien de garde des programmes, des budgets et des procédures qui impliquent le p.-d.g. et les dirigeants en dessous de lui », résume le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau.

« Le vérificateur interne vérifie si le p.-d.g. et ses collègues respectent les budgets. Donc si c’est eux qui lui disent “n’ouvre pas trop grand les yeux ou ferme un peu les yeux et tu auras ton beau 30 000 $ à la fin de l’année”, ça ne marche pas », illustre-t-il.

Comme Mme Roussy, M. Nadeau souligne qu’il n’est pas nécessairement problématique que le vérificateur interne touche un boni. « La grande question, c’est de savoir de qui il relève, précise-t-il. Les objectifs de surveillance et les bonis ne peuvent pas être déterminés par les surveillés. »

« La rémunération incitative du vérificateur interne était établie selon des objectifs corporatifs et individuels approuvés par le conseil d’administration d’Hydro-Québec », répond le porte-parole de la société d’État Louis-Olivier Batty.

Or, selon Michel Nadeau, le vérificateur interne aurait dû toucher des bonis basés sur des objectifs individuels et non sur ceux de l’entreprise, puisqu’il « ne fait pas partie de la machine à produire des profits ».

1 commentaire
  • Nicole Delisle - Abonné 22 novembre 2016 15 h 19

    Sociétés d'état= Avantages multiples

    Hydro-Québec en mène très large avec l'argent des contribuables! Les bonis à la performance, les privilèges aux employés, les salaires plus que généreux et les avantages sociaux en font une société d'état qui navigue au-dessus du commun des mortels grâce aux bons soins de notre gouvernement! Et pour payer tous ces beaux avantages, on nous demande une augmentation des tarifs à chaque année! Combien nous demanderont-ils encore cette prochaine année?