Plus de 360 multinationales demandent à Trump de respecter l’accord sur le climat

John Kerry a livré une intervention en forme de testament.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse John Kerry a livré une intervention en forme de testament.

Marrakech — John Kerry, le secrétaire d’État américain, appuyé par des centaines d’entreprises de son pays, a affiché mercredi à la COP22 à Marrakech sa foi dans la transition vers les énergies renouvelables et mise sur l’économie pour faire revenir Donald Trump sur ses positions climatosceptiques.

« Le monde entier se dirige vers un avenir avec des énergies propres » et « je vois cette transformation se faire dans mon pays », a lancé cet ardent défenseur de la lutte contre le réchauffement climatique au cours d’une intervention en forme de testament. Les énergies renouvelables étant de plus en plus compétitives, ce sont les marchés, selon lui, qui vont orienter les choix énergétiques et climatiques des pays, à commencer par les États-Unis.

Profond engagement

Plus de 360 entreprises, pour la plupart américaines, parmi lesquelles DuPont, Gap, Hewlett Packard, Kellog, Hilton, Nike ou Mars, ont écrit une lettre au président élu Donald Trump pour lui demander de respecter l’accord sur le climat adopté par la communauté internationale fin 2015. « Nous, membres de la communauté des affaires et investisseurs aux États-Unis, réaffirmons notre engagement profond à répondre au changement climatique à travers la mise en oeuvre de l’accord historique de Paris », écrivent-elles dans cet appel publié mercredi en marge de la conférence climat de l’ONU à Marrakech.

« Nous appelons nos élus américains à soutenir avec force la poursuite des politiques [de réduction des émissions de gaz à effet de serre] pour permettre aux États-Unis de remplir ou dépasser leurs engagements » en la matière, dit la lettre, également adressée aux parlementaires américains et qui commence par « Chers président désigné Trump, président Obama, membres du Congrès américain et leaders du monde à la COP22 ».

« Nous appelons [nos élus] à soutenir les investissements en faveur d’une économie bas carbone aux États-Unis et à l’étranger, afin de donner plus de clarté aux décideurs financiers et de renforcer la confiance des investisseurs dans le monde », ajoute l’appel. « Nous voulons que l’économie américaine soit efficiente sur le plan énergétique et basée sur une énergie bas carbone.

Des solutions innovantes et abordables peuvent nous le permettre. Ne pas favoriser une économie bas-carbone mettra en danger la prospérité américaine. Agir maintenant créera des emplois et renforcera la compétitivité américaine.

« Nous nous engageons à faire notre part, pour remplir l’objectif de Paris d’une économie mondiale limitant le réchauffement bien en deçà de 2°C » ; disent-elles encore. Parmi les autres signataires figurent General Mills, Levi Strauss, L’Oréal USA, Schneider Electric, Unilever.

« C’est très important pour notre activité », a expliqué lors d’une conférence de presse à Marrakech Kevin Rabinovich, directeur du développement durable pour Mars : « La science est très claire, et cela a des conséquences économiques. En outre, nous sommes dans l’industrie alimentaire, à la base de toute entreprise alimentaire, il y a une ferme ».

« Les entreprises n’aiment pas l’incertitude », a rappelé Gilles Vermot Desroche, son homologue chez Schneider Electric : la lutte climatique « est une très bonne occasion pour l’innovation, et ce qui se passe dans le secteur de l’énergie est la clé dans le monde d’aujourd’hui. Nous savons que pour avancer ensemble nous avons besoin des États, des villes… Or de nombreux réseaux sont américains : il y a l’engagement de la Californie, de New York… et nous aimerions continuer ce beau chemin ensemble. »

Crise climatique

Pour John Kerry, les États-Unis sont en bonne voie de respecter leurs engagements dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Je ne pense pas que cela puisse ou que cela sera inversé », en particulier pour des raisons économiques, liées aux forces du marché, a-t-il dit. La révolution des énergies renouvelables arrive « dans mon propre pays. C’est pourquoi j’ai confiance en l’avenir, quelle que soit la politique suivie, en raison [des forces] du marché ».

« Depuis le début de cette COP, une élection a eu lieu, et je sais que cela a laissé à certains un sentiment d’incertitude face à l’avenir », a-t-il poursuivi, devant un parterre international. « Je ne peux me perdre en conjectures ici sur les politiques que le président élu va suivre. Ce que je peux vous dire est ceci : certaines questions prennent un aspect bien différent, quand vous êtes au pouvoir, de l’aspect qu’elles avaient pendant la campagne ».

« Personne n’a le droit de prendre des décisions affectant des milliards de personnes sur la base de la seule idéologie », a encore estimé M. Kerry, très applaudi, appelant à consulter ceux qui savent, tels que les victimes du réchauffement ou encore, et en premier lieu, les scientifiques du climat : « les faits, pas les opinions ». Fonte de la calotte glaciaire antarctique, déplacement de populations dans les îles… « Au bout d’un moment, même les plus sceptiques doivent reconnaître qu’il y a un problème ».

Cette crise climatique « ne nous est pas imposée, c’est une question de choix politique », a-t-il relevé, appelant toutes les nations à se mobiliser : si le monde ne répond pas à l’urgence, « ce ne sera pas juste un échec politique, ce sera un échec moral, une trahison. Nous devons poursuivre ce combat, mes amis, assurer la transition vers une économie fondée sur des énergies propres et continuer à nous surveiller mutuellement », a finalement lancé le secrétaire d’État, qui espère assister en 2017 à la COP23 « en tant que citoyen Kerry ».

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2016 09 h 20

    qu'ils en crèvent tous

    A-t-il le jugement qu'il faut, n'est-il pas un opportuniste appartenant a une vision d'un monde passé, enfin, je ne serai plus la, pour voire ca, et c'est tant mieux, qu'ils en crèvent tous, c'est tout ce qu'ils méritent

  • Pierre Brosseau - Abonné 17 novembre 2016 11 h 45

    ÉLÉVATION DU NIVEAU DES OCÉANS

    Il y a sûrement quelqu'un dans l'entourage du président désigné qui lui montrera une carte de quoi auront l'air d'ici 20-25 ans les rives atlantiques inondées, les centres-villes de New York et Miami par exemple, sans compter les bases militaires navales américaines.

    Le magazine National Geographic, dans son édition de septembre 2013, consacrait plusieurs pages au phénomène de la crue des eaux et de ses conséquences.

    Déjà en ce moment en Floride, des quartiers dans certaines villes ont les pieds dans l'eau à une fréquence inquiétante et la nappe phréatique (d'eau douce) qui alimente les quelque 20 000 000 d'habitants est menacée par la hausse de la salinité pour le quart d'entre eux.

    Le réchauffement de la planète est un fait. Mais Donald Trump peut-il accepter des faits qui vont à l'encontre de ses convictions ?