Les places financières de Montréal et de Lyon se rencontrent

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Mario Albert, directeur général de Finance Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Mario Albert, directeur général de Finance Montréal

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

Les Entretiens Jacques Cartier seront le lieu de rencontre de Finance Montréal et de Lyon Place Financière et Tertiaire. Ces deux associations, qui représentent les membres de la communauté financière de Montréal, dans le premier cas, et de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dans le second cas, participeront à un colloque.

Ce colloque, intitulé Visions croisées des écosystèmes financiers du Québec et d’Auvergne-Rhône-Alpes, permettra de comparer les deux places financières, de faire le point sur l’évolution des technologies de l’information dans le milieu financier, soit les fintechs, et d’explorer la possibilité d’investissements croisés entre les deux régions.

« Notre place financière a vu le jour il y a trente ans, raconte Jean-Pierre Lac, président de Lyon Place Financière et Tertiaire, au moment où Lyon a perdu sa Bourse. L’idée vient de Raymond Barre, qui fut aussi maire de Lyon, et qui ne voulait pas que l’expertise financière régionale regroupée autour de la Bourse disparaisse en même temps qu’elle. » Aujourd’hui, Lyon Place Financière et Tertiaire comprend plus de 300 adhérents. « La nature de nos adhérents est très variée ; on y trouve des banques et autres institutions financières, des associations en tout genre, les pouvoirs publics, dont la métropole de Lyon, des professionnels financiers, conseillers, avocats, comptables, etc. »

L’un des rôles que s’est donné Lyon Place Financière et Tertiaire est de soutenir le milieu entrepreneurial. « Nos PME n’ont pas les ressources internes nécessaires pour aller frapper à la porte des grandes places financières que sont Paris, New York et même Montréal. On essaie de les outiller et de les accompagner dans leurs recherches de financement. »

De son côté, Finance Montréal, créée en 2010, se veut la grappe financière du Québec, dont plusieurs des acteurs principaux se trouvent précisément à Montréal. L’organisme, tout comme son confrère lyonnais, comprend plus de 300 membres de nature variée. « La différence se situe au niveau de la taille du secteur financier, souligne Jean-Pierre Lac. Montréal a de grands investisseurs institutionnels, comme la Caisse de dépôt et placement, le Mouvement Desjardins, les fonds de travailleurs, et vous avez conservé votre Bourse. » Une situation qu’admet Mario Albert, directeur général de Finance Montréal. « C’est la présence de nos gros joueurs institutionnels qui constitue la principale différence. Mais je ne crois pas que cette différence fasse ombrage à Lyon Place Financière et Tertiaire, car il y a plusieurs ressemblances entre les deux régions, ce qui autorise les rapprochements entre nos deux places financières. »

Technologies financières

Les technologies de l’information et des communications (TIC) ont fait leur entrée dans le domaine financier depuis plusieurs années — les transactions bancaires par Internet en sont un bon exemple — mais les technologies financières, ou fintechs, comme on les appelle maintenant, ont pris beaucoup d’essor ces derniers temps. Et Montréal, dans ce secteur, est bien placée. « Les TIC à Montréal ne sont pas toutes dans le secteur des jeux vidéo et des effets visuels, note Mario Albert. Il se crée de plus en plus de jeunes entreprises à Montréal qui se lancent dans le domaine des fintechs. Et elles couvrent tous les aspects, allant des solutions entre entreprises, le B to B, ou entre consommateurs et entreprises, le B to C, mais aussi dans des domaines comme les robots conseillers pour investisseurs. »

Une situation qui n’est pas du tout la même en Auvergne-Rhône-Alpes. « Chez nous, les fintechs aujourd’hui se sont surtout développées dans le secteur du B to B, souligne Jean-Pierre Lac. Mais il faudra peu de temps, je crois, pour se rattraper et se mettre au diapason de l’Amérique du Nord. Lyon n’est pas en reste. » Affirmation à laquelle acquiesce Mario Albert. « Les TIC sont très développées à Lyon. Il ne faut pas oublier que Lyon est le deuxième centre en importance en TIC en France, après Paris. »

Investissements croisés

L’un des sujets abordés est la façon de favoriser les investissements croisés, c’est-à-dire des investisseurs québécois qui investissent dans des entreprises en Auvergne-Rhône-Alpes, et vice versa. D’ailleurs, c’est déjà une réalité. « Mais ce sont surtout des investisseurs québécois qui viennent investir chez nous, précise Jean-Pierre Lac. Le Mouvement Desjardins comme le Fonds de solidarité sont déjà des investisseurs en Auvergne-Rhône-Alpes. Par contre, le retour du balancier est plus difficile. »

Ce dernier sera sans doute favorisé par la création bientôt d’un nouveau fonds d’investissement établi en partenariat avec le Mouvement Desjardins et Siparex, un groupe français indépendant de capital d’investissement spécialisé dans le financement des PME. « C’est un fonds bilatéral venant des deux côtés de l’Atlantique et doté d’une cagnotte de 100 millions d’euros », précise Jean-Pierre Lac. Pareille initiative pourrait se répéter, ou, sinon, stimuler l’investissement croisé, croit Jean-Pierre Lac, du fait des ressemblances entre le Québec et l’Auvergne-Rhône-Alpes. « Lorsqu’on compare les deux régions, poursuit-il, on remarque aussitôt les similitudes. Par exemple, la population des deux régions est similaire, environ 8 millions de personnes, le PIB des deux est comparable, le tissu entrepreneurial est essentiellement composé de PME. Même les deux régions ont développé des expertises en technologies de l’information et des communications. Des lieux de rencontre existent donc. »

Montréal Finance pourrait-elle favoriser les investissements croisés ? « Ce n’est pas dans le mandat de Montréal Finance de favoriser les investissements. Notre rôle est plutôt d’attirer à Montréal des institutions financières étrangères. Évidemment, celles de Lyon sont bienvenues à Montréal. Par contre, nous n’hésitons pas à accompagner nos membres qui désirent investir en Auvergne-Rhône-Alpes. Les Entretiens Jacques Cartier sont une première pour Finance Montréal et une occasion de tisser des liens et d’établir de prochaines collaborations avec Lyon Place Financière et Tertiaire. »